Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 109 - N° 18, Septembre 2018 La problématique de cette étude est de savoir par comment le Tchad qui a une ribambelle d’identités nationales (ethnies, religions, langues, cultures, or igines, histoires et même races différentes), est parvenu à une culture nationale véhiculée par une littérature d’expression française ? Le français aurait été privilégié au détriment de l’arabe et des autres langues. Pour trouver la solution à cette interrogation, notre méthodologie a consisté à faire une fouille documentaire et des interviews ciblées afin de déterm iner l’origine historique de la littérature tchadienne d’expression française. Il s’agit pour nous, à la manière de Kola, de montrer "les liens qui existent entre l’affirmation de la conscience nationale, la proclamation de l’identité culturelle et la production littéraire" (1). Les résultats montrent à juste titre que la colonisation et l’implantation de l’école française avaient régenté la culture et la littérature au service de la nation. Mais le développement des genres littéraires sont fonctions des contextes littéraires et historiques particuliers à chacun d’eux. 1 - Identités nationales tchadiennes : "L’identité est ce par quoi l’individu se perçoit et tente de se construire, contre les assignations diverses qui tendent à le contraindre de jouer des partitions imposées. Elle est une interprétation subjective des données sociales de l’individu, se manifestant par ailleurs souvent sous la forme d’un décalage" (2). L’identité nationale est cette capacité ou spécificité d’englober les cultures en une nation homogène. La famille, l’ethnie et la religion sont des instances génératrices des valeurs identitaires quelquefois contradictoires analysables et prometteuses pour vérifier l’existence, la visibilité et l’efficacité de la littérature nationale. Le Tchad regroupe sur un même territoire des peuples aux identités très variées. Plusieurs ethnies, religions et langues y trouvent leur place. Cependant, deux cultures dominantes tentent de diviser le pays en groupes. Il s’agit de la culture
عدد الصفحات ٣٦٩Robert Mamadi - 110 - Revue Annales du patrimoine d’inspiration judéo-chrétienne au Sud et celle arabo-islamique au Nord. Plusieurs personnes pensent que les cultures étrangères sont plus ségrégationnistes que les cultures identitaires locales. Une homogénéité culturelle est à envisager pour arriver à une identité nationale digne de ce nom. Avant la colonisation, chaque groupe ethnique était organisé en empire, royaume, chefferie etc., d’où la présence des Mban g, (Bédaya, Massenya), de Gong (Léré), de Wang Doré (Fianga) et des sultans (Kanem, Ouaddaï, Baguirmi), etc. Ces différents Etat s précoloniaux regroupaient en eux des sous-groupes ethniques fiers d’être sous leur autorité et protection. Les lois et les règles de ces groupes et sous-groupes sont différentes les unes des autres. Dans les faits actuellement, il faut que l’identité culturelle soit homogène ou nationale. Ceci est un profit pour l’unité nationale et la production littéraire. 1. Identités culturelles : Georges M. Ngal définit l’identité comme "un espace intérieur, psychologique, social, non lié nécessairement à la présence physique et géographique sur un territoire national" (3). Cependant en droit civil cette notion renvoie à "un ensemble des composantes grâce auxquelles il est établi qu’une personne est bien celle qui se dit ou que l’on présume telle" (4). Ces éléments qui prennent appui sur la culture ethnique et atavique dans un espace donné comportent le nom, les prénoms, la nationalité et la filiation, etc. C’est pour cette raison qu’ils méritent d’être étudiés pour une culture nationale. Le dictionnaire du littéraire définit la culture comme "un ensemble de connaissances qui distinguent l’homme cultivé de l’homme inculte, à savoir un patrimoine philosophique, artistique et littéraire" (5). Cette définition met en exergue un certain nombre de connaissances acquises lors de la vie en société et utiles pour le commerce d’idées entre les membres de cette société. Si les cultures locales ne sont pas un obstacle à l’unité, l’influence extérieure divise cependant le peuple tchadien. Les jeunes du Nord gardent les mode s vestimentaires, les cultures
عدد الصفحات ٣٧٠Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 111 - N° 18, Septembre 2018 alimentaires, musicales et religieuses copiées majoritairement sur le modèle des pays arabes de l’Est. Ceci contrairement à ceux du Sud qui imitent le plus les valeurs occidentales. Une symbiose de ces cultures constitue une richesse tant intellectuelle que morale pour un peuple qui aspire à une unité nationale via une prise de conscience collective, mê me si l’école, la religion, la langue, l’administration et les frontières ont été imposés. 2. Notion de culture nationale : Une nation est "Un groupement d’hommes ayant entre eux des affinités tenant à des éléments communs à la fois objectifs (race, langue, religion, mode de vie) et subjectifs (souvenirs communs, sentiment de parenté spirituelle, désir de vivre ensemble) qui les unissent et les distinguent des hommes appartenant aux autres groupements nationaux" (6). Il faut un peuple, une histoire commune, un territoire et une volonté de vivre ensemble pour une nation. Or, c’est au moment des indépendances qu’il était admis que les sociétés hétérogènes africaines s’organisent en un mo dèle étatique. L’Etat sera le dénominateur commun. Dans ce cas, Thierry Michalon affirme : "L’Etat peut ne plus recouvrir une seule nation mais plusieurs, englobant des populations hétérogènes qui se différencient par la langue, la culture et l’histoire. L’Etat se dote alors d’institutions très fortement décentralisées afin de respecter la diversité nationale" (7). D’où l’importance d’une culture nationale. La notion de culture nationale est basée sur des éléments communs au peuple tchadien. Ce peuple a en commun les ancêtres tels que Toumaï, Lucy et la civilisation Sao. Il a subi la souffrance et l’humiliation sous la colonisation. Pour une unité, le Tchad a besoin de promouvoir une identité culturelle nationale en faisant la somme des cultures à tendance judéo-chrétiennes, arabo-islamiques et traditionnelles locales. Par la littérature, les jeunes tchadiens ont réussi à représenter le Tchad aux concours internationaux et gagner des prix au nom de leur pays. Ils ne se sont point présentés comme Chréti ens ou Musulmans, "Nordistes"
عدد الصفحات ٣٧١Robert Mamadi - 112 - Revue Annales du patrimoine ou "Sudistes", etc. Mais comm e Tchadiens tout court. Cela réhabilite la culture et l’identité nationales. 3. La littérature, élément culturel au service de la nation : La littérature, quand elle est au service de la nation, joue un rôle culturel très important. Le concept "nation" est actuellement vulgarisé puisque reconnu par les littéraires. La "littérature nationale" désigne "l’ensemble des traits thématiques et linguistiques qui permettent de rattacher un corpus d’œuvres et de pratiques à un groupe ou une communauté historiquement et politiquement constituée" (8). Le Tchad utilise la littérature pour l’homogénéité culturelle, l’unification nationale. Les auteurs, par des œuvres de fiction, affirment l’identité tchadienne. La colonisation, par l’école, a imposé la langue française. Les écrivains l’utilisent pour transmettre des valeurs nationales. Ils invitent les lecteurs à un sentiment de cohésion et de prise de conscience nationale. Antoine Bangui estime en écrivant "Les Ombres de Kôh" que l’histoire de son récit se passe à Bodo, mais peut être utile pour les voisins. Pour lui, il faut que la mémoire, qui renaît après les affres des guerres patriarcales, devienne "le miroir vivant de tous les enfants du Tchad" (9). Cette volonté d’unification et de valorisation de la richesse culturelle tchadienne se lit à travers "Au Tchad sous les étoiles" de J. B. Seid. Dans la préface, l’auteur présente le Tchad avec ses saisons, sa géographie, son histoire et dit en fin que : "les innombrables enfants du Tchad, par la voix de l’un des leurs, vous invitent, cher lecteur, à venir vous asseoir parmi eux… partager avec eux la joie de leur candeur et de leur innocence" (10). Après la guerre de 1979, pl usieurs écrivains tchadiens réclament la paix. Baba Mousta pha, M. Christine Koundja, N. Nétonon N’Djékéry et Nock y Djédanoum présentent deux sociétés balkanisées en Nord-S ud, Chrétien-Musulman, Jeune- Vieux. En choisissant comme toile de fond l’amour entre les jeunes des deux camps séparés, ils ont réussi à proposer leur
عدد الصفحات ٣٧٢Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 113 - N° 18, Septembre 2018 point de vue sur l’unité, les mariages interreligieux et interethniques. L’unité ne peut passer que par ce canal. Une littérature au service d’une culture nationale constituée de diversités est un leitmotiv pour la cohésion sociale et la culture de la paix. Salaka ayant étudié la situation des écrivains individuellement (biogr aphie, bibliographie, lieu de résidence, niveau d’instruction) et collectivement (les différentes formes d’organisations qu’ils créent), parvient à la conclusion selon laquelle ils participent à l’éducation. Pour lui, "la littérature existe parce qu’il y a au point de départ un créateur, une personne, une subjectivité qui décide de partager ses sentiments, son expérience, ses réflexions avec d’autres personnes : c’est l’écrivain" (11). L ’ é c r i v a i n p e u t , d a n s l e c a s tchadien, lutter contre les antagonismes socioculturels. Seulement, il y a, dans les doma ines linguistique, religieux et culturel, des difficultés qui gênent l’émergence et l’épanouissement de la littérature tchadienne. 2 - Emergence de la littérature tchadienne : La littérature tchadienne est périphérique par rapport à celle française dite du Centre. Or, l’essor de la littérature dans un contexte postcolonial pose non seulement "un problème de ses rapports avec la littérature du pays colonisateur, mais aussi celui du cadre institutionnel dans lequel elle va se développer" (12). Comment les écrivains tchadiens ont pu perpétuer l’habitude scripturale coloniale ? Il y a une littérature coloniale publiée en France, fruit des séjours des occidentaux au Tchad dans le cadre de l’armée, de la religion, des voyages d’aventures et de stages au ministère des colonies. Ces œuvres ont permis aux Tchadiens nouvellement instruis de savoir qu’il est aisé d’écrire des textes avec pour ancrages référentiels le Tchad. Dans ce cas, l’école et l’existence des écrits d’auteurs exilés en France sont un facteur non négligeable à l’émergence de cette littérature. D’ailleurs, "la colonisation française, dans sa mise en œuvre, avait des
عدد الصفحات ٣٧٣Robert Mamadi - 114 - Revue Annales du patrimoine intentions assimilationnistes, c’est-à-dire qu’elle visait à transformer les élites locales en français de seconde zone. La visée assimilationniste était un des corollaires de la "mission civilisatrice" de la colonisation" (13). L’école est le levier de cette politique. Le contexte colonial a donné une inspiration littéraire très florissante. 1. Ecole et écriture enjeux coloniaux : A la période précoloniale, il est créé des royaumes qui vont, non seulement s’affronter mais, attaquer le colonisateur plus tard : le royaume de Kanem, le sultanat de Baguirmi, l’empire du Ouaddaï, etc. La rivalité entre les Ouaddéens et les Baguirmiens à la fin du XIX e siècle a favorisé la pénétration coloniale. La culture de l’écriture en langue française naîtra par là. La première école nouvelle au Tc had est implantée à Mao en 1911. Les colonisateurs ont mené des ac tions multiformes pendant leur séjour colonial au Tchad. Ce qui nous intéresse c’est l’imposition de la langue, et donc de l’écriture par l’école française. Ayant appris à lire, écrire et à compter, les écoliers vont écrire pour sauvegarder les richesses intarissables de l’oralité. C’est dans ce contexte qu’est née la littérature tchadienne. Les diversités vont permettre aux auteurs et chercheurs de doter le Tchad d’une littérature orale riche et variée, mais non publiée, donc inaccessible à tous. Pour produire une œuvre de qualité, il faut bénéficier d’une éducation conséquente. Donc, le contexte colonial a inspiré les écrivains. 2. Contexte colonial et inspiration littéraire : L’image de l’Occident et de l’Occidental est décrite par les écrivains tchadiens en rapport avec le Tchad et le Tchadien à cette époque comme l’ont fait les français André Gide et Romain Gary dans "Voyage au Congo, Retour du Tchad" et "Les racines du ciel" (14). Autour des années 1900, les troupes coloniales françaises ont livré bataille à Rabah et à Mbang Gaourang, conquérant et roi résistants qu’ils ont rencontré au Tchad à cette époque. L’histoire de "Mbang Gaourang, le roi du Baguirmi", est réécrite
عدد الصفحات ٣٧٤Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 115 - N° 18, Septembre 2018 par Palou Bebnoné dans la pièce éponyme en 1974. Il y fait allusion à l’invasion du royaume baguirmien par Rabah à la fin du XIXe siècle. Dans "Le commandant Chaka" (Clé, Yaoundé, 1983), Baba Moustapha fait la représentation d’un autre maître du pouvoir. Il fait allusion aux révolutions novatrices qui ont suivi les indépendances : "l’époque des libérations nationales, celles des révolutionnaires progressistes. Une période où se cachent comme dans toutes les révolutions des personnages incultes, opportunistes" (15). Un travail anthologique peut être à cela. 3. Bilan partielle de la littérature tchadienne : La littérature tchadienne francophone écrite est née deux ans après l’indépendance. Il y a eu au commencement des collectes des textes oraux, en médiane, la génération des concours internationaux et enfin la phase actuelle qu’on peut appeler la nouvelle génération. Les écrivains tchadiens de la première génération ont transcrit et traduit des textes oraux pour la sauvegarde du patrimoine culturel traditionnel. Ouaga-Ballé Danaï, traitant de cette époque, adjoint les auto biographes des années 80 aux conteurs des années 60. Pour lu i, les textes de M. Ngangbet Kosnaye, M. Hassan Abakar, Ahmet Kotoko, Z. Fadoul Khitir et A. Abdel-Rahmane Haggar, autobiographiques soient-ils, s’inscrivent dans une logique de sauvegarde du patrimoine culturel (16). En ce qui concerne la deuxième génération, la littérature tchadienne, après la sauvegarde des valeurs traditionnelles à ses débuts par le biais du conte et de l’autobiographie s’est tournée vers le théâtre et la nouvelle autour des années 80 pour une raison bien connue : ces genres ont été sollicités aux concours internationaux de Radio France Internationale (RFI). Citons, à titre d’exemple, Baba Moustapha et Maoundoé Naindouba. La troisième génération, celle des années 2000, est selon Ouaga-Ballé "le prolongement naturel de la deuxième puisse que ces auteurs constituent aujourd’hui le vivier de la littérature tchadienne" (17). Le critique note la prés ence des jeunes écrivains
عدد الصفحات ٣٧٥Robert Mamadi - 116 - Revue Annales du patrimoine comme Mahamat Idriss Ghazali et le franco-tchadien Ryam Thomté mais également celle remarquable de la gent féminine. La première romancière, Marie Christine Koundja publie "Al- Istifackh ou l’idylle de mes amis" en 2001 tandis que Hinda Déby Itno, la deuxième femme commet "La main sur le cœur" en 2008. Il faut dire que l’école a perm is aux Tchadiens d’écrire en s’inspirant du contexte colonial. La littérature tchadienne est alors fille de la colonisation. Un regroupement des écrivains tchadiens par genres littéraires nous permet en fin de connaitre l’évolution de chaque genre. 3 - Regroupement des écrivains par genres littéraires : Les genres sont des cadres littéraires légués par la tradition et qui ont l’avantage de bien mettre en valeur une inspiration dominante. Ils sont selon le dictionnaire du littéraire "un usage théorique qui, pour les textes comme pour les autres langages, définit des règles des forme, contenu et but visés" (18). Il y a un caractère conventionnel des attentes liées au genre. Il s’agit de conventions variables dans le temps et dans l’espace. De ces legs de la poétique, nous avons choisi : théâtre, roman, autobiographie, nouvelle et poésie. La mise en scène, la prose narrative et la création poétique nous permettent de classer les écrivains tchadiens en trois groupes. Loin de faire une étude diachronique, nous avons préfér é procéder par visibilité de l’écrivain, parlant d’"écrivain de renom" pour les plus connus et "en herbe" pour les débutants. Il faut noter que ce travail est sélectif parce que fruit de l’analyse des ouvrages anthologiques. 1. Les dramaturges tchadiens : Est dramaturge, celui qui produit des pièces dramatiques ou qui a l’art de composer des pièces de théâtre. Nous traitons de six dramaturges de renom et d’une pépinière d’écrivains. Les dramaturges tchadiens de renom sont ceux qui ont été édités par Hatier, c’est-à-dire les lauréats du Concours Théâtral Interafricain de la Radio France Internationale (RFI). Une bonne place leur est accordée dans le panorama critique d’Ahmad
عدد الصفحات ٣٧٦Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 117 - N° 18, Septembre 2018 Taboye publié en 2003. Palou Bebnoné, avec "La dot" (1962), "Kaltouma" (1965) et "Mbang Gaourang, le roi du Ba guirmi" (1974) occupe la bonne place dans le classement. Le juriste, dramaturge Baba Moustapha a connu une renommée internationale lors de sa participation aux CTI organisés par RFI. De ses pièces, la plus connue est "Achta ou le drame d’une fille mère" (1980). Maoundoé Naindouba, professeur d’histoire de son état a produit "L’étudiant de Soweto" (1981) pour le 9 e CTI de RFI. Koulsy Lamko est reconnu par ses quatre pièces représentatives : "M on fils de mon frère" (1990) ; "Comme les flèches" (1996) "Ndo Kela, ou l’initiation avortée" (1993) et "Tout bas, si bas" ( 1995). Nocky a publié "Illusions" (1984) et "L’aubade des coqs" (1997). Noël Nétonon N’Djékéry est l’auteur de "Goudangou" (1980) et "Bois, mon cher ami bois !" (1980). Il y a aussi des dramaturges "en herbe" qui écrivent dans l’anonymat parce que leurs œuvres ne sont pas éditées dans une grande maison d’édition. Ces dern iers sont soit des enseignants, éditeurs et comédiens, metteur en scène, soit des journalistes, économistes, agents de développement, mais leur ardeur pour la littérature les place au-devant de la scène en matière de théâtre à N’Djaména où ils vivent pour la plupart. Si le théâtre est écris depuis 1962, c’est 20 ans après qu’il s’impose. 2. Les prosateurs tchadiens : Ceux qui écrivent principalement en prose sont les romanciers, autobiographes et nouvellistes. La narration et la prose rapproche ces genres littéraire. - Huit grandes figures du roman tchadien : Pour la promotion de la culture tchadienne, il arrive qu’un témoignage ou une autobiographie porte le nom de roman, surtout quand il ne sort pas d’une maison spécialisée. Il est donc nécessaire de classer sous ce vo cable les auteurs de tout texte littéraire traitant toute sorte de sujets reconnu par les éditeurs
عدد الصفحات ٣٧٧Robert Mamadi - 118 - Revue Annales du patrimoine comme roman. Ali Abdel-Rhamane Haggar est reconnu premier romancier tchadien pour avoir publié "Le me ndiant de l’espoir" (1998) chez Al-Mouna. Il publie également "Le prix du rêve" et "Hadjer-Marfa- ine" chez Sao (2002). Nimrod écrit "Les jambes d’Alice" chez Acte Sud (2001). Baba Moustapha, avant de mourir a écrit "Le souffle de l’harmattan" qui sera édité à titre posthume par l’association "Pour mieux connaitre le Tchad" en 2000 chez Sépia. Koulsy Lamko a écrit "La phalène des collines" par devoir de mémoire pour le Rwanda, dans le cadre de Fest’Africa. Le texte est publié chez Kuljaama au Rwanda en 2000 et réédité chez le Serpent à la plume en 2002. La même année, N’Djékéry produit "Sang de kola" chez L’Harmattan. Marie Christine Koundja, la première femme tchadienne écrivaine publie "Al-Istifack ou l’idylle de mes amis" à Yaoundé chez CLE en 2001 et "Kam-Ndjaha la dévoreuse" huit ans après auprès de Menaibuc. Isaac Tedambé met sur le marché "République à vendre" (2003) et "La femme aux pieds en sabot" (2011) via l’Harmattan. - Sept autobiographes reconnus : Véritables héros de leurs œuvres, les autobiographes décrivent le bonheur ou le malheur personnel. Joseph Brahim Seid publie "L’enfant du Tchad" aux éditions Segerep, en 1962. C’est la prem ière œuvre autobiographique, mais introuvable. Antoine Bangui signe "Prisonnier de Tombalbaye" (1980) et "Les ombr es de Kôh" (1983) avec le concours de Hatier. Ahmed Kotoko a produit "Le destin de Hamaï ou le long chemin vers l’indépendance du Tchad" (1989). Grâce à "Loin de moi-même" (1989) et "Les moments difficiles" (1998) chez L’Harmattan et Sépia, Zakaria Fadoul Khidir est une grande figure de l’autobiographie tchadienne. Mahamat Hassan Abakar, l’auteur d’"Un Tchadien à l’aventure" (1992) est aussi une figure représentative. Michel N’Gangbet Kosnaye a gagné une popularité avec "Tribulation d’un jeune tchadien" (1993). Enfin, Hinda Deby Itno a été classée parmi les autobiographes tchadiens après la
عدد الصفحات ٣٧٨Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 119 - N° 18, Septembre 2018 publication de "La main sur le cœ ur", en 2008 chez Continentales. L’expérience a montré que c’est dans les moments difficiles que les textes autobiographiques foisonnent pour témoigner. - Quatre nouvellistes de renom : La nouvelle n’est pas beaucoup développée au Tchad certainement à cause de son volume ou de sa complexité. Maoundoé Naindouba est le plus ancien, le premier à écrire une nouvelle au Tchad, mais ses œuvres "La double détresse" et "La lèpre" sont introuvables. Baba Moustapha est reconnu nouvelliste grâce à "La couture de Paris" et "Sortilèges dans les ténèbres" (2 e et 5 e prix du concours de la meilleure nouvelle, 1980 et 1981). Les talents de N’Djékéry sont confirmés par la Radio France Internationale avec ses prix de la meilleure nouvelle de la langue française : "Les trouvailles de Bemba" (5 e prix du 3 e concours), "La descente aux enfers" (Grand Prix du 7 e concours), "La carte du parti" (6 e prix du 8 e concours) etc. (entre 1980 et 1986). Le talent de nouvelliste du dramaturge de Koulsy Lamko est reconnu grâce à "Le regard dans une larme" (1990), "Aurore" (1994) et "Un cadavre sur l’épaule" (1996). Quelques autres nouvellistes en herbe travaillant seul ou répondant aux ateliers lancés par les centres de recherche ou de formation tardent de franchir le cap de la renommée et de la r e c o n n a i s s a n c e . L a r a i s o n d e l a r a r e t é d e l a n o u v e l l e a u T c h a d mérite une étude à part entière. 3. Les poètes tchadiens : Au Tchad, la poésie ou l’art du langage fabriqué est l’enfant pauvre de la famille littéraire. A l’écrit, elle n’est pas le genre qui attire le plus. Selon nos en quêtes, elle vient en cinquième position après le théâtre, l’au tobiographie, le roman et la nouvelle. Le premier recueil de poèmes est édité en 1986. Cinq poètes de renom remplissent le paysage poétique tchadien. Moïse Mougnan est le deuxième poète prolifique après Nimrod, mais il est moins lu au Tchad. Il vit à Montréal, c’est lui le pionnier. Ses textes représentatifs sont "Le rythme du silence"
عدد الصفحات ٣٧٩Robert Mamadi - 120 - Revue Annales du patrimoine et "Des mots à dire" (Orphée, 1986 et 1987). Abdias Nébardoum Derlemari voit en la poésie, une arme pour délivrer les opprimés. "Cris sonore" (Orphée, 1987) est le premier texte qu’il publie. Le philosophe Nimrod Bena Djanrang est une grande figure en poésie tchadienne. Il s’impose dans ce domaine par "Silence des chemins" (Pensée universelle, 1987), "Pierre, poussière" (Obsidiane, 1989) et "Passage à l’infini" (Obsidiane, 1999). Koulsy Lamko est dramaturge mais, il o ccupe une bonne place parmi les poètes grâce à des poèmes engagés qu’il rédige, déclame et place quelquefois dans ses pièces de théâtre. Ces poèmes les plus célèbres sont "La danse du lab" et "Terre bois ton sang", tous deux parus dans "Exil" en 1994. On retrouve également le premier poème dans "Mon fils de mon frèr e" (pièce de théâtre). Dans le cadre du projet collectif "Rwanda : écrire par devoir de mémoire", Nocky Djédanoum écrit Nyamirambo (Lille, Fest’Africa et Bamako, le figuier, 2000). Au niveau local, il n’est pas rare de voir un lycéen déclamer un poème lors d’une cérémonie ou à la radio, mais les recueils édités sont moins nombreux. Pour finir, nous trouvons que les identités nationales tchadiennes exprimées en diversités ethniques, religieuses, linguistiques, historiques et raciales peuvent être drainées autour d’une culture nationale véhiculée par la littérature. Cette dernière est fille de l’école française et des institutions littéraires francophones. La colo nisation et l’implantation de l’école française avaient régenté la culture et la littérature au service de la nation. Des liens existent donc entre l’affirmation de la conscience nationale, la proclamation de l’identité culturelle et la production littéraire au Tchad. Il n’y a pas eu au niveau local des instances de production littéraire avant 2000, année de la création des éditio n s S a o . C e l a a f a i t q u e l e développement des genres littéraires est fonctions des contextes littéraires et historiques différents.
عدد الصفحات ٣٨٠Histoire de la littérature tchadienne d’expression française - 121 - N° 18, Septembre 2018 Notes : 1 - Jean-François Kola : Identité et in stitution de la littérature en Côte d’Ivoire, thèse de doctorat à l’université de Cocody, Côte d’Ivoire 2005, p. 184. 2 - Jean-Claude Kaufmann : L’invention de soi, une théorie de l’identité, "Individu et société", Ed. Armand Colin, Paris 2004, p. 99. 3 - Georges M. Ngal : La critique et les anthologies littéraires nationales, in Research in african literatures, N° 3, volume 18, 1986, p. 42. 4 - Raymond Guillien et Jean Vincen t : Lexique des termes juridiques, 8 e édition, Dalloz, Paris 1990, p. 261. 5 - Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala : Le dictionnaire du littéraire, P.U.F., Paris 2002, p. 129. 6 - Raymond Guillien et Jean Vincent : op. cit., p. 307. 7 - Thierry Michalon : Quel Etat pour l’Afrique ?, Ed. L’Harmattan, Paris 1984, p. 28. 8 - Paul Aron et alii : op. cit., p. 393. 9 - Antoine Bangui : Les Ombres des Kôh, Monde noir, Poche, Ed. Hatier, Paris 1980, quatrième de couverture. 10 - Joseph Brahim Seid : Au Tchad sous les étoiles, Présence africaine, Paris, quatrième de couverture. 11 - Salaka Sanou : L’institution littéraire au Burkina Faso, rapport de synthèse en vue de l’HDR, Limoges 2003, p. 59. 12 - Ibid., p. 4. 13 - Jean-François Kola : op. cit., p. 428. 14 - Lire à propos Abdelbassit Abdelsad ik : L’image du Tchad et du Tchadien dans la littérature française, relecture de "Voyage au Congo, Retour du Tchad" de André Gide et "Les racines du ciel " de Romain Gary, mémoire de master, Ngaoundéré 2015. 15 - Ahmad Taboye : Panorama critique de la littérature tchadienne, Ed. Al Mouna, N’Djaména 2003, p. 34. 16 - Ouaga-Ballé Danaï : Tchad, cinquante ans de littérature, in "Tchad, 50 ans de culture", Carrefour, bimestriel du Centre Al-Mouna, N’Djaména 2010. 17 - Ouaga-Ballé Danaï : op. cit., p. 34. 18 - Paul Aron et alii : op. cit., p. 320. Références : 1 - Abdelsadik, Abdelbassit : L’image du Tchad et du Tchadien dans la littérature française, relecture de "Voy age au Congo, Retour du Tchad" de André Gide et "Les racines du ciel" de Romain Gary, mémoire de master, Ngaoundéré 2015.
عدد الصفحات ٣٨١Robert Mamadi - 122 - Revue Annales du patrimoine 2 - Aron, Paul et al.: Le dictionnaire du littéraire, P.U.F., Paris 2002. 3 - Bangui, Antoine : Les Ombres des Kôh, Monde noir, Poche, Ed. Hatier, Paris 1980. 4 - Danaï, Ouaga-Ballé: Tchad, cinquante ans de littérature, in "Tchad, 50 ans de culture", Carrefour, bimestriel du Centre Al-Mouna, N’Djaména 2010. 5 - Guillien, Raymond et Jean Vincen t : Lexique des termes juridiques, 8 e édition, Dalloz, Paris 1990. 6 - Kaufmann, Jean-Claude : L’invention de soi, une théorie de l’identité, "Individu et société", Ed. Armand Colin, Paris 2004. 7 - Kola, Jean-François : Identité et in stitution de la littérature en Côte d’Ivoire, thèse de doctorat à l’université de Cocody, Côte d’Ivoire 2005. 8 - Michalon, Thierry : Quel Etat pour l’Afrique ?, Ed. L’Harmattan, Paris 1984. 9 - Ngal, Georges M.: La critique et les anthologies littéraires nationales, in Research in african literatures, N° 3, volume 18, 1986. 10 - Sanou, Salaka : L’institution littéraire au Burkina Faso, rapport de synthèse en vue de l’HDR, Limoges 2003. 11 - Seid, Joseph Brahim : Au Tchad sous les étoiles, Présence africaine, Paris. 12 - Taboye, Ahmad : Panorama critique de la littérature tchadienne, Ed. Al Mouna, N’Djaména 2003. o
عدد الصفحات ٣٨٢Revue Annales du patrimoine, N° 18, 2018, pp. 123 - 134 P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945 Reçu le : 23/4/2018 - Accepté le : 3/6/2018 rabehi_samira@yahoo.fr © Université de Mostaganem, Algérie 2018 Les textes littéraires entre langue commune et ailleurs culturel Dr Samira Rabehi Université de Batna 2, Algérie Résumé : En situation de communication inte rculturelle, la la ngue véhiculaire utilisée pour communiquer peut être aussi bien source d’incompréhension que d’interprétation erronée, de discours lus et/ou écoutés, de comportements inattendus et des codes sociaux générateurs de représentations qui touchent à l’identité. Ce constat souligne alors l’impérieuse nécessité d’une prise en compte de la dimension culturelle qui doit faire l’objet de traitements et d’approches spécifiques tenant compte de l’interprétation des attitudes et des connotations. De ce fait, cet article expose une difficulté soulevée par la lecture des textes littéraires tenant au référent sur lequel ils s’appuient. S’agissant d’éléments désignés explicitement par le texte, il suffit souvent de chercher leur explication dans les dictio nnaires. La difficulté est plus délicate quand il s’agit de comprendre l’implicite culturel, ce que l’écrivain ne prend pas la peine de détailler parce qu’il esti me qu’il le partage avec les lecteurs qu’il vise. Ce constat nous invite à savoir comment un apprenant pourrait-il comprendre des textes littéraires ? Co mment l’amener à maîtriser le plus possible des situations de communication ? Mots-clés : littérature, FLE, enseignement, interculturel, représentations. o Literary texts between common language and other cultural areas Dr Samira Rabehi University of Batna 2, Algeria Abstract: In a situation of intercultural c ommunication, the ve hicular language used to communicate can be as much a source of misunderstanding as of erroneous interpretation, of speeches read and/or heard, of unexpected behavior and of social codes generating representations that affect identity. This observation then underlines the ur gent need to take into account the cultural dimension which must be the subject of specific treatments and approaches taking into account th e interpretation of attitudes and
عدد الصفحات ٣٨٣Dr Samira Rabehi - 124 - Revue Annales du patrimoine connotations. Therefore, this article ex poses a difficulty raised by the reading of literary texts relating to the referent on which they are based. As these are items explicitly designated by the text, it is often sufficient to look for their explanation in dictionaries. The difficulty is more delicate when it comes to understanding the cultural implicit, which the writer does not bother to detail because he feels he shares it with the readers he is targeting. This observation invites us to know how a learner could understand literary texts? How can we get him to master communication situations as much as possible? Keywords: literature, FFL, teaching, intercultural, representations. o La diversité culturelle est présente à l’intérieur de tout ensemble de personnes. Un travail sur l’interculturel est important dans tout groupe en construction, en ce que les appartenances culturelles de chacun sont multiples, les identités complexes et en mouvement ne se limitent pas aux frontières d’un pays. En effet, quand on communique, plusieurs scénarios sont possibles : il peut y avoir accord réciproque entre le locuteur et l’interlocuteur à travers les normes contenues dans la langue, on dit alors que les conditions de la compréhension sont réussies. Il peut y avoir en revanche, des évidences non partagées, des normes et des valeurs variables, comme c’est le cas lorsque des individus porteurs de différentes cultures entrent en contact, nos visions du monde s’affronte nt et c’est la rencontre de l’étranger, l’étrange. De ce qui précède, un travail sur l’interculturel s’avère nécessaire dans l’enseignement des langues-cultures, car à travers l’approche interculturelle l’accent est dorénavant mis sur l’enseignant jouant le rôle d’initiateur et de médiateur, en aval et en amont. En effet, comment tenir compte des valeurs socioculturelles dans les pratiques pédagogiques ? Comment aider les apprenants à se situer par rapport aux valeurs sociales que transmettent les discours qu’ils lisent et qu’ils écoutent ? Pourquoi un travail sur l’interculturel est-il particulièrement important au secondaire, notamment en classe de FLE (1)?
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