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Peyvand Goharpey - 30 - Revue Annales du patrimoine est l’annihilation du "Moi" (Nafs). La mort. Dans l’histoire du Sheikh Sanan, Attar présente bien la mort d a n s l e s e n s m y s t i q u e d u t e r m e . L à , o n v o i t l e c h a n g e m e n t spirituel du Sheikh et sa et sa mort intérieure. Cette mort est également présentée dans l’œuvre de Gide: dès le début du roman, Alissa se tourne vers la mort pour pouvoir arriver à la perfection et aussi pour transformer cet amour en un amour céleste. Sur ce chemin, Al issa, tente beaucoup le chemin de la vertu. D’ailleurs, elle tâ che de se refuser à son instinct. Pourtant, elle ne voit qu’une se ule solution pour atteindre la perfection: la mort. Elle abandonne l’amour et la vie terrestre et choisit la mort pour arriver à la perfection (31). "Etant seule chez elle, elle parle avec Dieu ! O Seigneur! Puissé-je atteindre jusqu’au bout... je voudrais mourir à présent vite, avant d’avoir à nouveau compris que je suis seule"(32). "Ah! Pourtant vous le promettiez, seigneur, à l’âme renonciatrice et pure. Heureux dès à présent ceux qui meurent dans le seigneur"(33). Bref, la notion de la mort da ns les deux œuvres, c’est la mort de l’âme pour arriver à Dieu et à l’éternité. Pour arriver à la perfection, on a besoin d’une connaissance mystique qui ne sera possible que par la découverte faite par le cœur et non pas par les voies scientifiques. "Le langage des oiseaux" parle de cette connaissance. "C’est une connaissance par laquelle l’âme est en conflit avec son mauvais côté"(34). Chez Attar, ce conflit a été bien présenté. Selon lui, ce conflit passe dans l’âme humaine et pour pouvoir le présenter, il se sert d’une allégorie intéressante dans "Le langage des oiseaux" : être avec le chien. Le chien est la concupiscence qui agit comme le Satan(35). "My passion is my enemy. This dog of passion never cares for my inclinations and instructions. So long as the dog of passion runs infront of you, your own desires are your satan" (36).

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 31 - N° 11, Septembre 2011 Ce conflit est aussi présent chez les européens. André Gide se sert de son art pour concilier ces deux côtés. "Souvent je me suis persuadé que j’avais été contraint à l’œuvre d’art, parce que je ne pouvais réaliser que par elle l’accord de ces éléments trop divers, qui sinon fussent restés à se combattre, ou tout au moins à dialoguer en moi"(37). Dans "La porte étroite", ce conflit est bien montré entre Alissa et sa mère, l’une est l’Ange, le bien et l’autre le Démon, le mal. "Alissa était pareille à cette perle de grand prix dont m’avait parlé l’Evangile ; j’étais celui qui rend tout ce qu’il a pour l’avoir"(38). "J’éprouvais un singulier malaise auprès de ma tante, un sentiment fait de trouble, d’une sorte d’admiration et d’effroi. Peut- être un obscur instinct me prévenait-il contre elle"(39). Conclusion : La corrélation entre la littérature et le mysticisme est un des sujets qui a donné naissance à beaucoup d’ouvrages car elle permet de répondre aux questions posées depuis toujours par les humains, des questions qui sont en relation directe avec la nature humaine. Un des aspects de la nature humaine s’avère dans le désir pour arriver à l’origine. Il est bien présent dans "La porte étroite" et "Le langage des oiseaux". Pour les oiseaux d’Attar, l’origine est "Le Mont Ghâaf". et pour Alissa d’André Gide l’origine est "La porte étroite". Comme leur but est clair, ils commencent un voyage dur et difficile pour y arri ver. En arrivant à leur origine, ils abordent la perfection et l’éternité. A la fin de l’histoire, les deux personnages meurent, cette mort est une mort intentionnelle et une annihilation mystique qui s’appelle la nouvelle renaissance, celle qui guide les disciples jusqu’à la perfection. Ainsi, les disciples du cœur deviennent les héros triomphant dans chacune des histoires. Nous pouvons dire que le désir de la perfection, le fait

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Peyvand Goharpey - 32 - Revue Annales du patrimoine d’obtenir une expérience spirituelle, la transformation de l’amour terrestre en l’amour céleste, l’annihilation et l’éternité sont présents dans chacune de ces deux histoires. Cependant il y a des différences essentielles entre le regard d’Attar qui vivait au XIIe siècle et le regard de Gide vivant au XX e siècle. Attar, poète notable iran ien, considère la vie humaine sous un conflit intérieur et il la guide jusqu’au ciel. À ce moment- là, l’être humain mérite Dieu ma is il semble qu e Gide, enfant élevé par le christianisme, a un re gard de front sur Alissa, tandis que dans ses autres œuvres il insiste sur la vie et la présence de Dieu. En d’autres termes, nous disons qu’Attar encourage les gens à voyager dans le monde spirituel mais Gide les encourage à faire un voyage en dehors de ce monde (40). Donc, le regard de chaque auteur sur la vie et la perfection est bien sûr autant en contraste que leur ressemblance est épatante. Selon Hassan Honnarmandi : "Les hommes et leurs expériences de la vie annoncen t cette vérité, que nous sommes comme une famille avec différentes cultures et religions qui nous ont séparés pendant la vie" (41). Nous pouvons dire que Gide est un écrivain qui insiste sur la recherche et la connaissance pendant la vie pour arriver à la perfection et l’éternité. "Il semblait que tout mon être eût comme un immense besoin de se retremper dans le neuf" (42). Dans notre modeste mémoire, nous avons comparé un des chefs-d'œuvre de la littérature persane avec un autre de la littérature française. Nous nous demandons pourquoi dans leur monde littéraire, Attar et Gide ont opté chacun pour des symboles si différents : Attar, comme on l’a vu, évoque les oiseaux, la Huppe (Hod-hod), l’Alcyon (Simorgh) et le mont Ghâaf tandis que Gide parle de la porte. La réponse à cette question appartiendra au domaine de la sémiologie qui dépasse les cadres de notre actuelle recherche et laissera la voie à d’autres chercheurs souhaitant travailler dans ce domaine. Nous pouvons ajouter que Gide est un mystique av ec une vision terrestre et ses

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 33 - N° 11, Septembre 2011 idées ressemblent également à celles de Hafîz qui concilie les deux aspects religieux et matériel s très présents chez les deux auteurs. Notes : 1 - Hassan Honarmandi : André Gide et la littérature persane, la lettre chez la revue Pars, Téhéran, Kavian, 1349, pp. 230-231. 2 - Farid al-Din Attar : Le langage des oiseaux, p. 289. 3 - André Gide : La porte étroite, Folio, Paris, p. 27. 4 – Attar : op. cit., p. 289. 5 - André Gide : op. cit., p. 27. 6 - Attar : Mantiq al-Teir, le résumé. 7 - Ibid., p. 101. 8 - Ghader Fazeli : La critique de Mant iq al-Teir, Téhéran, Fajr Islam, 1374, p. 11. 9 - Le poète persan du quatrième siècle. 10 - Thomas Campus : Imiter le Christ, Téhéran, Tarhe no, 1382, p. 23. 11 - Mantiq al-Teir, La vallée du panthéisme. 12 - André Gide : op. cit., p. 100. 13 - Attar : Le langage des oiseaux, p. 291. 14 - André Gide : op. cit., p. 177. 15 - Jalal Sattari : L’amour mystique, Téhéran, Markaz, 1374, p. 371. 16 - Ibid., p. 388. 17 - Jalal Sattari : L’histoire du Shei kh Sanan et Dokhtar Tarsa, Téhéran, Markaz, 1374, p. 38 et 51. 18 - Le langage des oiseaux, la vallée d’annihilation. 19 - André Gide : op. cit., p. 120. 20 - Jalal Sattari : op. cit., p. 5. 21 - André Gide : op. cit., p. 101. 22 - Ibid., p. 32. 23 - Ibid., p. 36. 24 - L’histoire du Sheikh Sanan et Dokh tar Tarsa, in la Revue de Téhéran, N° 53, avril 2010. 25 - Ibid. 26 - Yahya Yasrebi : La philosophie du mysticisme, Ghom, Daftar Tablighat Eslami, 1372, p. 33. 27 - Ibid., p. 33. 28 - Taghi Pournamdarian : L’énigme et les histoires énigmatiques, Téhéran, Markaz, 1364, p. 13. 29 - Tarighat.

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Peyvand Goharpey - 34 - Revue Annales du patrimoine 30 - Taghi Pournamdarian : op. cit., p. 15. 31 - Hassan Honarmandi : André Gide et la littérature persane, Téhéran, Zavar, 1348, p. 36. 32 - Anuradha Bhattacharjee : Le journal d’Alissa, feuillets d’Automne. 33 - André Gide : La porte étroite, p. 180. 34 - Hossein Elahi Ghomshei : Shahna meye Ferdowsi, Téhéran, Mohammad, 1382, introduction. 35 - Jalal Sattari : L’histoire du Sheikh Sanan et Dokhtar Tarsa, p. 190. 36 - Attar : Le langage des oiseaux, p. 20. 37 - André Gide : Si le grain ne meurt, Gallimard, Paris 1972, p. 15. 38 - Ibid., p. 18. 39 - Ibid., p. 37. 40 - Ibid., p. 231. 41 - Hassan Honarmandi : Un voyage sur la pensée, Téhéran, 1351, p. 286. 42 - Les nourritures terrestres, op. cit., p. 27. Références : 1 - Attar, Farid al-Din : Le langage des oiseaux. 2 - Attar, Farid al-Din : Mantiq al-Teir. 3 - Bhattacharjee, Anuradha : Le journal d’Alissa, feuillets d’Automne. 4 - Campus, Thomas : Imiter le Christ, Téhéran, Tarhe no, 1382. 5 - Fazeli, Ghader : La critique de Mantiq al-Teir, Téhéran, Fajr Islam, 1374. 6 - Ghomshei, Hossein Elahi: Shahnameye Ferdowsi, Téhéran 1382. 7 - Gide, André : La porte étroite, Folio, Paris. 8 - Gide, André : Si le grain ne meurt, Gallimard, Paris 1972. 9 - Honarmandi, Hassan : André Gide et la littérature persane, la lettre chez la revue Pars, Téhéran, Kavian, 1349. 10 - Honarmandi, Hassan : André Gide et la littérature persane, Téhéran, Zavar, 1348. 11 - Honarmandi, Hassan : Un voyage sur la pensée, Téhéran, 1351. 12 - La Revue de Téhéran, N° 53, avril 2010. 13 - Pournamdarian, Taghi : L’énigme et les histoires énigmatiques, Téhéran, Markaz, 1364. 14 - Sattari, Jalal : L’amour mystique, Téhéran, Markaz, 1374. 15 - Sattari, Jalal : L’histoire du Sheikh Sanan et Dokhtar Tarsa, Téhéran, Markaz, 1374. 16 - Yasrebi, Yahya : La philosophie du mysticisme, Ghom, Daftar Tablighat Eslami, 1372. o

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Revue Annales du patrimoine, N° 11, 2011, pp. 35 - 49 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2011 douniamimouni@yahoo.fr © Université de Mostaganem, Algérie 2011 L’image du Hammam dans la littérature algérienne Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem Université d’Oran, Algérie Résumé : Le Hammam fait partie intégrante de la culture maghrébine et algérienne car c’est un lieu où les individus se retrouvent certes pour se laver mais aussi pour se voir, discuter et raconter les événements heureux ou malheureux qui jalonnent leurs vies. Nous nous sommes donc intéressés, dans le cadre de cet article, à l’image du hammam dans deux œuvres littéraires : "Les alouettes naïves" d’Assia Djebar et "Une femme pour mon fils" de Ali Ghalem. Dans ces deux œuvres, l’image du hammam varie entre rite et espace de liberté pour les perso nnages féminins, le bain ma ure joue sur ces deux symboliques et dévoile ainsi son importance dans cette culture. Mots-clés : littérature algérienne, hammam, bain maure, Maghreb, rites. o The image of the Hammam in Algerian literature Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem University of Oran, Algeria Abstract: The Hammam is an integral part of the Maghreb and Algerian culture because it is a place where individuals meet to wash themselves but also to see each other, discuss and recount th e happy or unhappy events that mark their lives. In this article, we therefore focused on the image of the Hammam in two literary works: "The naive larks" by Assia Djebar and "A woman for my son" by Ali Ghalem. In these two work s, the image of the Hammam varies between rite and space of freedom fo r the female characters, the Moorish bath plays on these two symbolisms and thus reveals its importance in this culture. Keywords: Algerian literature, Hammam, Moorish bath, Maghreb, rites. o En Algérie, quasiment chaque quartier a son bain. A la création d’un nouveau quartier, les habitants déplorent avant

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Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem - 36 - Revue Annales du patrimoine tout l’absence de bain, et ensuite la viabilisation des routes et autres. Bien que la salle de bain soit disponible dans la plupart des appartements en milieu urbain, les femmes, en particulier, et ce même quand elles prennent des douches régulières préfèrent le bain hebdomadaire qui "nettoie en profondeur", a "un effet de massage" et de "détente" physique et psychologique. Le Hammam revêt ainsi une grande importance dans la vie de la cité et fait l’objet d’écrits, de descriptions, de discussions qui ont mis en exergue ses différentes fonctions. Ce sont ces fonctions que nous allons donc aborder dans ce travail à travers deux œuvres litté raires : "Les alouettes naïves" de Assia Djebar et "Une femme pour mon fils" de Ali Ghalem. Comment le Hammam est présenté dans ces deux ouvrages ? Comment s’expriment ces auteurs qui sont des deux sexes ? Pour répondre à ces questions nous présenterons dans un premier temps les différentes définitions du Hammam. Nous passerons ensuite dans un deuxiè me temps à la représentation qui est faite du bain maure dans des extraits de ces deux œuvres en commençant par la vision d’ Assia Djebar avant de passer à celle de Ali Ghalem. 1 - Définition du Hammam : Le Hammam, ou bain maure, est un bain de vapeur, tel que le sauna, très humide où les gens peuvent se laver. La chaleur alliée à l’humidité permet de ne ttoyer la peau en profondeur grâce à la dilatation des pores. Il existe depuis l’antiquité : A l’origine, dans l’antiquité, les premiers bains à vapeur furent créés en jetant des pierres chauffées dans l’eau froide. C’est en Inde que furent découverts sur des sites archéologiques, des systèmes d’évacuation des eaux usagées avec les premières canalisations faites de terre cuite, deux mille ans avant l’arrivée des Romains. Avec la civilisa tion pharaonique, les anciens Egyptiens perfectionnèrent les premiers hammams. Plutôt qu’une grande salle, ils préférèrent cr éer des petites pièces étanches,

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L’image du Hammam dans la littérature algérienne - 37 - N° 11, Septembre 2011 construites en pierres. Les Grecs suivirent cette tradition de bains de vapeur qui convenait à leurs gymnases(1). L’empire romain a ensuite, de par son extension, permis l’apparition du bain maure dans toute la Méditerranée et de ce f a i t a u M a g h r e b . O r , l e H a m m a m e s t l o i n d e s e c a n t o n n e r a u Maghreb à une simple fonction d’hygiène : sa fonction n’est pas uniquement physique mais aussi et peut être surtout morale. Il a une fonction sociale et psychologique : le Hammam "solutionnait en plus les problèmes de santé morale et physique grâce à la chaleur et l’usage de l’eau, source de vie et de joie ainsi qu’un lieu de célébrations familiales" (2). C’est un fait culturel, une tradition basée sur des rituels qui marquent les étapes de la vie : le premier bain du bébé, le bain après la circoncision du garçon, le bain pré et postnuptial, le bain de l’accouchée, etc. De ce fait, rien de plus naturel alors qu’il soit représenté dans certains écrits littéraires maghrébins. C’est le cas dans les deux œuvres sur lesquelles nous nous penchons dans cet article : "Les alouettes naïves" (1997) de Assia Djebar et "Une femme pour mon fils" (1979) de Ali Ghalem. Ainsi ces deux auteurs, un homme et une femme, abordent dans une œuvre littéraire le bain maure : tous les deux le traitent suivant le point de vue d’un personnage féminin, y a-t-il néanmoins des différences entre les deux approches ? Le roman de A. Djebar traite de la participation de la jeunesse algérienne à l’indépendan ce de l’Algérie mais aussi de la déception ressentie après l’indépendance quant à leurs vies, leurs rapports de couples et certains de leurs rêves. Le roman traite aussi de la cohabitation en tre traditions et modernité dont le bain est une des manifestations : cela apparaît lorsque le personnage "indépendant et mo derne" de Nfissa, héroïne du roman, en donne une vision posi tive car c’est un aspect de sa culture auquel elle est restée très attachée. Quant au roman de Ali Ghalem, il traite d’un mariage

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Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem - 38 - Revue Annales du patrimoine arrangé entre la jeune Fatiha et Hocine qui travaille en France. Ce mariage qui finit par un divorce montre l’impossibilité de l’atteinte du bonheur quand la femme se trouve opprimée par des traditions séculaires (le fait de ne sortir de la maison de sa belle-famille qu’accompagnée alors que ce n’était pas le cas quand elle vivait chez ses parent s, d’être toujours surveillée, d’être obligée d’avoir plusieurs enfants (3), de ne pas avoir le soutien d’un mari absent et n’obéir qu’aux ordres de la belle mère, de ne pas pouvoir travailler...) qui l’empêchent de se réaliser. Nous avons ainsi choisi deux extraits qui traitaient du bain d’un point de vue féminin mais chacun de façon légèrement différente. Ce point de vue féminin est très présent car les personnages principaux dans ces deux romans sont des femmes : dans le roman de A. Dj ebar, il s’agit de la situation de la femme, du couple et de leur évolution dans une société algérienne encore ancrée dans les traditions sur un e période située avant et après l’indépendance ; dans le roman de Ali Ghalem il en va de même car c’est la situation de la femme dans une société encore attachée à des traditions qui ne sont pas en adéquation avec la modernité et le désir de liberté, d’indépendance de la femme algérienne. Néanmoins, la vision des femmes dans le roman d’Ali Ghalem est marquée par le fait qu’il soit un homme et les hommes, de par l’aspect très pudique qu’ils entretiennent les uns avec les autres, n’ont pas de ce fait le même rapport que les femmes avec le hammam. Commençons par l’extrait du roman "Les alouettes naïves" (4). Dans cet extrait deux des personnages féminins se retrouvent au bain : Nfissa et Nadjia qui sont sœurs. Nfissa se remémore son enfance quand elle partait avec sa sœur et sa mère Lalla Aicha au hammam. Le premier point que nous relevons c’est l’aspect nostalgique qui prime dans la description qu’elle fait du bain : "Tu te souviens, demande Nfissa à Nadjia qui sourit à peine de

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L’image du Hammam dans la littérature algérienne - 39 - N° 11, Septembre 2011 cet attendrissement, la caissière nous offrait une orange, une mandarine" (A. Djebar, p. 145) : la notion de souvenir est très présente étant donnée que Nfissa se remémore son enfance au bain maure. Un souvenir qui est positif comme l’indique l’attendrissement que remarque Nadjia dans le discours de Nfissa. On poussait la porte de la sa lle chaude - aujourd’hui, Nfissa redécouvre cette porte : un bois ancien et noir, au-dessus une roue sur laquelle joue une corde, au bout de celle-ci une énorme pierre bat contre la porte et la referme. - Tu te souviens ? dit Nfissa à Nadjia qui finit de se laver pour sortir. - Oui ? demande la sœur avec patience. - La porte… Tu te souviens ce que nous nous disions de la porte quand nous étions petites et que nous suivions mère pour entrer ici ? Nadjia sourit, mutine en vérité, presque attendrie (Les souvenirs te touchent enfin, pense Nfissa). "Nous disions, évoque Nadjia, c’est la porte de l’enfer". (A. Djebar, p. 146). On en revient à la mémoire, au souvenir attendrissant qui apparaît à travers le sourire de Nadjia s’amusant de l’imagination de deux fillettes qui, pour décrire cette chaleur qui émane du bain, comparaient la salle chaude à un enfer. Effet dramatique accentué par l’imagination des fillettes pour lesquelles le hammam renvoie à un lieu magique, fascinant et effrayant. Or, en Algérie, cette porte est l’une des choses les plus marquantes au sein du bain, tout Algérien ayant grandi en fréquentant un hammam ne pouvait l’ignorer car, en plus d’être l’entrée de la pièce chaude ou infernale, elle était assez lourde pour que les enfants ne puissent l’ouvrir pa r eux-mêmes ou du moins très difficilement, et le battant de la porte qui la faisait revenir à sa place représentait le risque perpétuel de se faire pincer par cette porte contre l’embrasure, l’enfant s e v o y a n t d é j à c o i n c é e t n e

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Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem - 40 - Revue Annales du patrimoine pouvant accéder à la salle chaude. Les enfants attendent alors sagement le passage d’un adulte pour qu’ils puissent, garçons ou filles, se faufiler rapidement, n’étant jamais coincés et toujours fiers d’avoir battu "la porte de l’enfer". De ce fait, Assia Djebar en faisant référence à cette porte réveille les souvenirs des lectrices qui se retrouvent dans cette enfance parfois oubliée et dans une douce nostalgie. 2 - Rituels du bain : Le Hammam apparaît, tel qu’indiqué dans l’œuvre de A. Djebar, comme un fait culturel qui a une consonance positive. Elle décrit le bain comme étant une série de rituels et de codes. La notion de rituel est donc vite rattachée à celle du bain maure, de ce fait il nous semble pertinent de nous pencher sur la définition de ce terme. Le rituel est défini généralement comme renvoyant au rite : "a rapport aux rites... Réglé comme par un rite , habituel et précis" (5). Intéressons nous donc d’abord à la notion de rite. Les rites peuvent être définis comme étant des : "Comportements codifiés et impo sés par le groupe social, se répétant selon un schéma fixé chaque fois que se produisent les circonstances auxquelles ils sont rattachés. Les gestes, paroles, postures et objets qui les comp osent n’ont pas de justification utilitaire mais une portée symbolique orientée vers la communication avec les puissances surnaturelles"(6). C’est le cas par exemple avec le rituel de la "tesmia" qui à la naissance d’un enfant permet de lui donner un nom et de le placer de plain pied dans sa famille et dans cette société maghrébine à laquelle désormais il appartient. Ainsi, les pratiques sociales auprès du berceau du nouveau-né ont plusieurs fonctions qui peuvent être résumées comme suit : 1 - fonction de reconnaissance de cet être. 2 - de protection contre les esprits malfaisants et d’attirer les bonnes grâces des bons et mauvais esprits par les dons,

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L’image du Hammam dans la littérature algérienne - 41 - N° 11, Septembre 2011 sacrifices, senteurs (encens, cumin, fliou, harmel,) etc. 3 - lancement du processus de socialisation et renforcement des liens affectifs car en valorisant l’enfant, ses parents, sa famille, on confirme leur statut de parents, on renforce leur sentiment de responsabilité, on nourrit leur désir d’être de bons parents et on renforce leur attachement à leur enfant. 4 - de communication comme le souligne justement Pascal Lardelier (2003) le rituel est un e occasion de communication et de communion entre les membre s du groupe. Les liens sont renforcés par le partage du sel, du copieux repas, de l’affection, des cadeaux et des informations sur les présents et les absents, les morts et les vivants" (7). La notion de rite obéit à un code dicté par des croyances religieuses ou superstitieuses qui permettent à l’individu de garder un lien avec sa religion , ses coutumes ou traditions, de mieux appréhender les choses qui l’entourent et surtout d’organiser sa vie à la fois sociale et spirituelle. Le rite a donc un sens, une fonction très souvent dictée par une instance religieuse. Le bain est ainsi le li e u o ù o n l a v e l a j e u n e m a r i é e avant et après le mariage. Il obéit aussi à une série de rituels bien définis lors du tout premier bain d’un bébé où par exemple on allume une bougie, on dit la "besmallah" ou autre sourate protectrice, on pousse des youyous pour marquer la fête, à l’entrée avec le bébé dans la salle chaude. C’est une forme d’initiation et de célébration indiquant que l’enfant est assez grand pour sortir et affronter l’extérieur. Pour Marc Augé : "L’activité rituelle conjugue les deux notions essentielles en anthropologie : l’altérité et l’identité" (8). Ainsi, aller au bain permet certes d e s e l a v e r , d e s e p u r i f i e r (grandes ablutions pour la prière), mais aussi de s’affirmer et de s’inscrire de plain pied dans son groupe social car il permet de rencontrer des personnes, c’est un loisir pour les femmes qui ne sortent pas, il permet de vibrer avec l’ambiance, de partager des

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Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem - 42 - Revue Annales du patrimoine pratiques qui rendent compte d’une identité d’espace, de lieu, de sentiments, etc. De ce fait le rite renvoie ainsi à un aspect religieux et traditionnel. Considérer donc quelque chose comme étant un rite c’est lui donner une fonction spirituelle mais surtout sacrée. C’est ce que fait Assia Djebar dans son livre quand elle décrit le bain maure comme étant composé de rites : "Un rite présidait au bain hebdomadaire". (A. Djebar, p. 143). Néanmoins, Djebar ne décrit pas les rites liés à la jeune mariée ou au nouveau-né à titre d’exemple. A. Djebar transcende le hammam en transformant chacun des actes qu i y sont accomplis à un rituel sans que cela soit forcément relié à un événement spécifique tel qu’un mariage. Ce rite dont elle parle englobe tout ce qu’elle faisait avec sa mère en arrivant au bain par exemple, lorsqu’elles mettaient des robes de bain pour cacher leur nudité, par pudeur au moment d’entrer dans la salle chaude. Le panier en osier, dans lequel sa mère rangeait ses affaires de bain, faisait aussi partie de ce rite, un panier qui fascinait les villageoises peu habituées à ce genre de luxe contrairement aux femmes des villes qui en possédaient toutes. Un panier en osier qui n’existe plus désormais remplacé par des valises certes mais qui restent toujours une partie importante du trousseau de la jeune mariée qu’on reconnaît immédiatement gr âce à son trousseau de bain voyant rose/doré. Le hammam témoigne donc des différents statuts sociaux, les trousseaux les plus luxueux sont une preuve de richesse mais aussi de coquetterie. La description de Djebar témoigne de l’époque, du contexte sociohistorique et anthropologique. Le hammam peut être donc considéré comme un rite constitué d’un ensemble de ritu els car il rentre parfaitement dans le cadre délimité par la citation suivante : "On peut donc penser comme religieuse ou sacrée toute pratique rituelle du moment où s'y rencontrent et s'y combinent (la durée individuelle

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L’image du Hammam dans la littérature algérienne - 43 - N° 11, Septembre 2011 et le temps collectif, l'histoire individuelle et l'histoire des autres). La question du rite perm et donc de mettre en scène les propriétés générales du social en plaçant au cœur de la réflexion les relations qui président à la production du sens : (le rapport de soi à soi et le rapport de soi à autrui)(9) M. Augé"(10). Le hammam en Algérie est ainsi un lieu d’échange et d’affirmation sociale. C’est un lieu qui permet de marquer les changements des statuts sociaux (les rites pratiqués pour les jeunes mariées et grâce auxquels, entre autres, on voit l’évolution de la jeune femme du statut de célibataire à celui de jeune mariée). C’est aussi un lieu dans lequel l’individu s’inscrit, pauvre ou riche, jeune maman ou jeune mariée, bébé, au sein de son milieu social. 3 - Le corps et l’esprit objets de tous les soins : Le hammam est un lieu d’échange humain impliquant ce rapport à soi et à autrui dont parle M. Augé. Les codes sociaux sont reproduits au sein de ce lieu clos, on parle des mariages, des naissances, des décès, de ses problèmes personnels… La chaleur bienfaisante du bain devient cathartique et permet à l’âme d’évacuer les maux qui la rongent comme le fait le corps avec la crasse qui le couvre. Les femmes en sortent presque épurées car débarrassées du poids de leurs pensées ne serait-ce qu’un court instant. Leurs corps et leurs esprits se détendent : "Nfissa se sentait (maintenant elle trouve le mot et s’étonne elle-même comme si la pruderie bourgeoise de Lalla Aicha s’était transformée chez elle en effarouchement intellectuel) se sentait voluptueuse". (A. Djebar, p. 145). A la lecture de cet extrait, le corps féminin n’est pas tabou chez Assia Djebar car dans le hammam la femme se libère de cet interdit qu’elle doit supporter à l’extérieur et ce à cause du regard que porte l’homme sur elle. Dans le hammam l’homme est exclu, les femmes peuvent se libérer jusqu’à un certain point car une certaine pudeur reste ("jusqu’à cette vieille laveuse qui, un

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Dr Leila Dounia Mimouni-Meslem - 44 - Revue Annales du patrimoine mince chiffon entre les jambes" A. Djebar, p. 146). Les femmes au bain se sentent ainsi libres de se détendre et de s’exposer à une chaleur bienfaisante, purifiante et surtout protectrice car elle les protège du regard ma sculin représenté comme une menace à l’extérieur par une culture trop protectrice par crainte du déshonneur. Cela explique donc la gêne ressentie par Nfissa lorsqu’elle évoque le terme "voluptueuse" car les plaisirs du corps pour la femme sont très souvent tabous : On ne peut omettre l’existe nce d’une éducation sexuelle, dispensée par les femmes de la famille ; elle est transmise sous forme de recommandations et d’interdits : on apprend à la fille à se retenir, à étouffer ses pulsions, à les considérer comme honteuses, anormales et source de péché. On lui apprend à préserver son corps, à "protéger ses parties génitales plus que ses yeux", et on la met en garde contre l’homme (11). Le bain maure est pour Djebar un lieu sacré où le corps n’est plus tabou mais commun en quelque sorte incluant une série de rituels que les femmes, en majorité, suivent presque religieusement, sans vraiment penser à y déroger. Cela renvoie très bien à la définition qu’en donne le Robert : "Ensemble d’habitudes, de règles immuables... Pratique réglée, invariable" (12). Mais le rituel est aussi autre chose dans le sens où il est très fortement ancré dans la culture qui l’a vu naître et qui le nourrit, le transforme pour le plier à ses besoins : le rituel est donc "ce dont on hérite culturellement et que l’on veut transmettre identique... Il est répétitif, analogique, théâtral, émotif, infantile" (13). Cet aspect théâtral, répé titif Assia Djebar l’a aussi traduit dans son livre car tout dans le bain décrit par Nfissa devenait un rituel répétitif et immuable auquel elle était confrontée lors de chaque bain : Ainsi l’aspect théâtral apparait lorsque Nfissa enfant fait semblant d’être gênée (Extrait 1) ou quand la caissière faisait semblant de se vexer (Extrait 2) : 1 - "Nfissa prenait l’air faussement gêné quand l’une des laveuses

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L’image du Hammam dans la littérature algérienne - 45 - N° 11, Septembre 2011 se penchait pour l’embrasser en disant : - Comment va notre petite fille ? " (A. Djebar, p. 144). 2 - "La caissière nous offrait une orange, une mandarine, et quand mère refusait, celle-ci prenait un air scandalisé, jurait par Dieu, ce qui était grave et définitif, puisque, disait-elle, ces fruits venaient du jardin que so n époux avait laissé à sa mort" (A. Djebar, p. 145). Assia Djebar dans cet extrait montre clairement que le bain reproduit ces échanges faits en société, cette habitude de jurer par Dieu pour obliger les gens à accepter les mandarines, jurer pour quelqu e chose d’aussi simple rend la scène assez touchante et accentue c e c ô t é n o s t a l g i q u e . N o u s retrouvons dès lors toutes les caractéristiques du langage algérien ancré dans le religieux et dans le s règles de politesse qui veulent qu’on ne refuse pas un cadeau surtout s’il vient du jardin d’un époux décédé. - L’aspect répétitif est présent tout le long du passage où Djebar décrit le bain mais il y a un extrait qui le souligne très bien : Un rite présidait au bain hebdomadaire. Encore à présent, il demeure puisque Nfissa a accepté de se voiler pour y accompagner sa mère : "après une heure de salle chaude... Nfissa et Nadjia sortaient se reposer avec Lalla Aicha dans une chambre à la température plus douce... comme autrefois elle tient dans sa main le même bol de cuivre, elle s’asperge d’eau glacée les pieds et les mains... comme autrefois menus potins, chaînes monotones des récents mariages, ou circonci sions, ou enterrement..." (A. Djebar, p. 143). 4 - Le Hammam espace de liberté : Ali Ghalem quant à lui ne décrit pas le bain avec autant de soin et ne le compare pas à un en semble de rituels. Cela est peut être dû au fait qu’il soit un homme qui, de par son ignorance de ces rituels, n’ose pas vraiment s’approfondir dans un sujet qu’il ne connaît pas vraiment. Un autre élément peut expliquer ce manque de description : la pudeur masculine. Le hammam pour

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