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Med Alg

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Dr Hadj Dahmane - 14 - Revue Annales du patrimoine païennes et détruit la coupole. Une fois son geste accompli, il exhorte les villageois au travail, se uls susceptibles de fertiliser le terroir et de ramener l'opulence au village. Il va, même, jusqu'à qualifier cette coupole de supercherie. "Cet acte "révolutionnaire" constitue une réponse à la propagation du charlatanisme et du dervichisme, ainsi qu'aux pèlerinages effectués vers ces coupoles devenues un lieu saint pour les gens des villages" (13). Détruire la coupole prend donc une valeur symbolique, le but principal de Kaki étant la lutte contre le maraboutisme et l'insistance sur la valeur créative du travail, sachant que l'Algérie de son époque était à reconstruire et que sa prospérité reposait, principalement, sur le travail des citoyens. Mais allons plus loin, l'auteur cherche à souligner l'idée selon laquelle l'Islam authentique est une religion de tr avail et ne repose, donc, ni sur la dévotion absurde, ni sur la superstition. Par cette pièce, Kaki, le dramaturge, remet en cause une réalité séculaire, des croyances profondément incrus tées et un état de choses incompatibles avec les idéaux du modernisme. "Remarquons au passage que... cette pièce jouée sur un mode satirique, constituerait une critique virulente de la société" (14). 3 - Analyse comparative des deux pièces : A partir des deux pièces, d’un point de vue comparatif, on peut distinguer les éléments suivants : 1. Personnages principaux : Chez Brecht, il s’agit de trois dieux, un porteur d’eau et une fille de joie. Chez Kaki, il s’agit de trois saints, un porteur d’eau et une vieille dame aveugle. Si le statut du porteur d’eau reste inchangé, les autres statuts ont été modifiés pour être conformes aux exigences de la société algérienne. 2. Représentation de Dieu : En effet, il est difficile dans une société musulmane, où la

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Brecht dans le théâtre algérien - 15 - N° 11, Septembre 2011 religion monothéiste occupe une place centrale, de représenter Dieu, et de surcroît plusieurs dieu x, sinon ceci s’apparenterait au blasphème. La pièce ne serait acceptée ni par le public, ni par les critiques. 3. La fille de joie : Bien que ce statut existe bel et bien au sein des sociétés arabes, et est considéré parfois comme profession (maisons closes), il reste néanmoins un sujet tabou, aucun ne l’admet et personne n’en parle d’ailleurs. Si Brecht a évoqué une fille de joie pour montrer l’exploitation matérielle et corporelle à cause de la pauvreté, Kaki a mis en scène une personne âgée infirme puisque aveugle. Dans les deux pièces le personnage est caractérisé, cependant, par la bonté. 4. Principaux thèmes : Dans les deux pièces, il est question de visites, d’indifférence des habitants vis-à-vis des demandeurs de l’hospitalité et de générosi té (accueil) exercée par des personnages ayant plus ou moins un statut social peu enviable : Chez Brecht : Une fille de joie, pauvre mais généreuse. Suite à son geste de bonté, elle est récompensée, reçoit de l’argent, crée un commerce (bur eau tabac) et continue à propager la bonté. Cependant, elle est rapidement confrontée au comportement malsain des citoyens profiteurs. Chez Kaki : Une femme aveugle, pauvre et accueillante. Suite à son geste d’hospitalité, elle est récompensée et reçoit la baraka des saints. 5. L'espace : Dans la pièce de Brecht, la scène se déroule en Chine. Dans la pièce de Kaki, la scène a lieu en Algérie. 6. La portée : La visée didactique caractérise les deux pièces mais différemment. Alors quel lien avec la pièce de Brecht ? Beaucoup de similitudes certes mais beaucoup de différences aussi. Il apparaît

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Dr Hadj Dahmane - 16 - Revue Annales du patrimoine clairement que lors de l’adaptati on l’auteur manipule le texte original selon les attentes de la société d’accueil. Bien entendu la pièce de Brecht questionne la relation du faible au fort, du dominant au dominé. La place de la morale dans la société, le rapport à l’autre. Avec cette pièce les interrogations concernent aussi le rapport de pouvoir, de combat dans la contradiction du féminin et du masculin, non seulement dans la construction de nos sociétés mais aussi plus intimement dans la construction de chaque être (la part du féminin/masculin). Ces questions sont reprises dans la pièce de Kaki. Le rapport à l’autre, le rapport au pouvoir, même s’il s’agit du pouvoir de la superstition, la générosité, l’indifférence des individus, etc. Le théâtre de Brecht, et notamment la Bonne âme, aspire à la sensibilisation sociale et politique du spectateur, en cherchant à le doter de clefs et d’outils de prise de conscience en lui exposant le fonctionnement de la société. Ce n’est pas le plaisir esthétique qui compte mais celui de la prise de conscience et la volonté de changement escomptée. "La Bonne âme de Se-Tchou an" permet à son auteur d’exposer deux notions : d’un côté, l’éthique chrétienne et la conception moraliste et métaphys ique du monde, et de l’autre côté, le système capitaliste et l’exploitation de l’homme. Le comportement de l’héroïne brechtienne, à travers la générosité qu’elle offre aux dieu x ou encore à son prochain qui sollicite son aide, prouve qu’elle est vraiment une "bonne âme", au sens moraliste et religieux. L’adaptation de Kaki combin e en fait deux éléments essentiels : la thématique brechtienne et la littérature populaire si chère au cœur de l’auteur. Kaki, comme on l’a signalé, est un connaisseur de l’art dramatique et donc du théâtre de Brecht et, avec sa maîtrise des traditions populaires, il réussit à faire cohabiter deux univers théâtraux. On voit que Kaki a transformé les noms des lieux et des

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Brecht dans le théâtre algérien - 17 - N° 11, Septembre 2011 personnages. Pour les personnages il a pensé aux illustres saints fort connus de tout algérien : Sidi Abdelkader est une légende à qui la ville de Mostaganem a bapt isé un quartier au nom de sa mère Lalla Kheira oum el Djilali, Sidi Abderrahmane - Saint patron d’Alger, et enfin Sidi Bo umediene - le mystique disciple d’Ibn Arabi. Quant à Halima, c’est l’homonyme de la nourrice du prophète Mohamed prière et paix sur lui. L’espace, quant à lui se trouve transformé à son tour. L’évènement dramatique est pr ésenté dans un contexte spatiotemporel mythique. Le thème cependant, est quasiment le même : la bonté et la générosité. Par contre la vis ée semble différente. Si Brecht s’interroge sur le rapport du conflit intime, Kaki s’attaque comme on l’a signalé à la superstition populaire. Kaki a réussi, à partir d’un texte original, à créer une nouvelle œuvre compatible avec les exigences culturelles de son contexte, conforme aux attentes de son public. D’autres écrivains algériens se sont inspirés de Brecht, cependant nous avons limité notre article à l’expérience de Kaki. Mais il faut savoir que le grand dramaturge Kateb Yacine a montré de l’intérêt à l’expérien ce de Brecht, surtout que les deux auteurs ont voulu que leurs théâtres soient un théâtre de combat. Abdelkader Alloula aussi à travers sa recherche d’un théâtre spécifiquement algérien, celui qui réserve une place au conteur, à la création collective et à la distanciation, a subi incontestablement l’influence de Brecht. Les troupes du théâtre amateur aussi, n’ont pas caché leur émerveillement devant l’expérience brechtienne. Notes : 1 - Pièce de Allalou, de so n vrai nom Selali Ali, né en 1902 dans la Casbah d’Alger où son père était boutiquier. C’est en amateur qu’il s’initie à la musique andalouse, sous la direction d’Edmond Yafil, et participe aux concerts

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Dr Hadj Dahmane - 18 - Revue Annales du patrimoine organisés par la société musicale El-Moutribia. Cette formation musicale marquera profondément le théâtre de Allalou, qui consiste, au début des années vingt, en petites saynètes largement improvisées écrit Rachid Bencheneb. Le personnage de Djeha est à rapprocher de celui de Figaro, car, comme ce dernier, il représente une so rte de Tiers Etat, comprenant le petit peuple déshérité et opprimé. Djeha incarne la subtilité du peuple et son art d’utiliser la circonlocution dans la contestation. 2 - Dramaturge libano-égyptien et militant panarabe, il effectua, en 1921, une tournée dans toute l'Afrique du Nord. 3 - Echifa baad el mana (La guérison après l’épreuve) montée en 1921 et écrite p a r A l i C h e r i f T a h a r , e t d u m ê m e a u t e u r K h a d i â t e l g h a r a m ( l a D u p e r i e d e l’amour), 1923. 4 - Théâtre de Mahieddine Bachetarzi, Rachid Ksentini. 5 - Cf. Landau Jacob : Etudes sur le th éâtre et le cinéma arabes, Maisonneuve et Larose, Paris 1965. 6 - Voir notre article : Molière dans le théâtre algérien. 7 - Né en 1939 à Ghazaouat, il a commencé sa carrière théâtrale en 1955, avec la troupe des jeunes amateurs, alors qu’il était élève à l’école El Falah, à Oran. Il a participé au théâtre profess ionnel dès ses débuts , en 1963. Auteur, comédien, metteur en scène, il mena un travail sur la théâtralité, la langue théâtrale, la création collective et la représentation du type el halqa. Assassiné en 1994. 8 - Cf. notre thèse : Les thèmes de l’ engagement dans le théâtre algérien 1926-1977, Strasbourg 1988. 9 - Cf. notre article : Tradition populaire et culture ancestrales dans le théâtre algérien : le cas de Kaki et de Alloula. 10 - Pour l’ensemble des pièces de Kaki, cf. notre thèse : Engagement et contestation dans le théâtre algérien, Mulhouse 2009. 11 - Littéralement l'homme à l'outre d'eau ; guirba ou guerba signifie : outre d'eau. 12 - Il semble, a priori, que la pièce ait un rapport avec "La Bonne Ame du Se- Tchouan", de B. Brecht écrite en 19 38, commencée au Danemark et achevée en 1940 en Suède, mais l'auteur nous a déclaré, lors d'une entrevue, que sa pièce est purement algérienne, inspirée de la vie de tous les jours, et sans rapport aucun avec celle de Brecht. 13 - Nasreddine Sebiane : Ittijahat el Ma srah al-Arabi fi-l-Djazair (1945-1980) : Les tendances du théâtre arabe en Algé rie, thèse de magister, Faculté des Lettres, Université de Damas 1985, p. 325. 14 - Baffet Roselyne : Tradition théâtrale et contestation en Algérie, Ed. L’Harmattan, Paris 1986, p. 85.

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Brecht dans le théâtre algérien - 19 - N° 11, Septembre 2011 Références : 1 - Dahmane, Hadj : Engagement et co ntestation dans le théâtre algérien, Mulhouse 2009. 2 - Jacob, Landau : Etudes sur le théâtr e et le cinéma arab es, Maisonneuve et Larose, Paris 1965. 3 - Roselyne, Baffet : Tradition théâtrale et contestation en Algérie, Ed. L’Harmattan, Paris 1986. 4 - Sebiane, Nasreddine : Ittijahat el Ma srah al-Arabi fi-l-Djazair (1945-1980) : Les tendances du théâtre arabe en Algé rie, thèse de magister, Faculté des Lettres, Université de Damas 1985. 5 - Dahmane, Hadj : Les thèmes de l’engagement dans le théâtre algérien 1926-1977, Strasbourg 1988. 6 - Dahmane, Hadj : Tradition populaire et culture ancestrales dans le théâtre algérien : le cas de Kaki et de Alloula. o

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Revue Annales du patrimoine

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Revue Annales du patrimoine, N° 11, 2011, pp. 21 - 34 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2011 payvand10g@yahoo.com © Université de Mostaganem, Algérie 2011 La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide Peyvand Goharpey Université de Téhéran, Iran Résumé : Dans son œuvre "La porte étroite" André Gide aborde l’immortalité à l’aide des aspects mystiques et spirituels. "Le langage des oiseaux" d’Attar, un des meilleurs exemples du mysticisme oriental, mettant en scène le même sujet, à savoir comment arriver à l’immortalité et à la perfection. Pourtant, il ne faut pas penser que ces deux écrivains, issus des mondes différents et séparés par un grand décalage de temps ont procédé de la même manière. Certes, ils ont choisi, chacun à sa manière une histoire symbolique faisant allusion à l’immortalité, mais l’histoire de chacune de ces œuvres est passée dans un univers littéraire différent. Mots-clés : immortalité, Gide, Attar, littérature persane, mysticisme. o The conception of immortality between Attar and André Gide Peyvand Goharpey University of Tehran, Iran Abstract: In his work "The narrow door" Andr é Gide addresses immortality using mystical and spiritual aspects. Attar's "L anguage of the Birds" one of the best examples of Eastern mysticism, featuring the same subject of how to achieve immortality and perfection. However, we must not think that these two writers, from different worlds and separated by a great time lag, proceeded in the same way. Of course, they have chosen, each in their own way, a symbolic story alluding to immortality, but the story of each of these works is set in a different literary universe. Keywords: immortality, Gide, Attar, Persian literature, mysticism. o La littérature est depuis toujours le reflet des idées idéologiques et pensées diverses et c’est ce côté même de la

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Peyvand Goharpey - 22 - Revue Annales du patrimoine littérature qui la met en relation avec beaucoup d’autres notions telles que politique, sociologie, ar t, psychologie, mysticisme etc. Toutes ces notions ont, certes, influencé la littérature comme la littérature les a toutes influencées. Pour en donner un exemple, nous pouvons parler des relati ons fortes qui rapprochent la littérature au mysticisme. Des rapports qui peuvent même créer des points de convergence assez visibles ; nombreux sont des écrivains, poètes et romanciers qui se sont inspirés du mysticisme et il est bien présent dans de nombreuses œuvres littéraires. La liste des écrivains inspirés du mysticisme semble être assez grande, nous nous contenterons donc de quelques noms, peut-être ceux qui sont plus connus que d’autres : Hafez, Sohrab Sepehri, Louis Aragon, René Guénon, André Gide et Attar. Alors, cette présence du mysticisme dans la littérature persane et française fait sortir des noms importants qui occupent tous une place primordiale dans la littérature mondiale ; parmi ces écrivains et poètes, nous pouvons citer Farid al-Din Attar Neichabouri, poète du XII e Siècle et André Gide, écrivain français du XXe Siècle. Ça serait juste de dire que da ns quelques cas, les cultures iranienne et française sont très pr oches. Gide écrit : "j’ai choisi ce pays pour pouvoir m’inspirer parce que j’aime beaucoup cette inspiration"(1). Dans ce rapprochement entre le mysticisme et la littérature, la question essentielle qui se pose est la suivante : de quelle manière le mysticisme fait surface dans le monde l i t t é r a i r e . I l f a u t d i r e q u e l e c ô t é " n a r r a t i f " d e l a p l u p a r t d e s œuvres littéraires, romans ou poèmes, permet aux écrivains et aux poètes de mettre en scène l’itinéraire ou le chemin parcouru pour arriver au mysticisme ou à un but mystique. C’est ce dont nous sommes témoins dans "La porte étroite" d’André Gide et dans "Le langage des oiseaux" d’Attar. Ces deux œuvres, l’une en prose, l’autre en vers, content des histoires : d’un côté une femme qui oublie l’amour terrestre

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 23 - N° 11, Septembre 2011 pour atteindre l’amour céleste et de l’autre, des oiseaux qui se décident à faire un long et difficile voyage vers le mont symbolique Ghâaf pour voir de près la beauté divine de Sîmorgh. Ainsi, nous pouvons remarquer les tendances mystiques dans les deux œuvres : une volonté d’atteindre cette existence Suprême. En choisissant cette converge nce comme axe de travail, nous aurons pour but d’étudier les aspects mystiques existants dans ces deux œuvres pour être ensuite capables de faire une étude comparée : analyser les oppositions et les ressemblances qui nous permettront non seulement de faire une comparaison entre les aspects du mysticisme or iental/occidental mais en plus de voir comment chaque écrivain , Gide et Attar, propose son itinéraire pour arriver à la perfection et à l’éternité. Nous évoquerons le souhait de chaque personnage pour arriver à la perfection. Nous allons décrire l’itinéraire très dur et des obstacles qu’il faut surmonter pour arriver à l’éternité. Nous allons également savoir s’il y a un désir chez les personnages pour traverser cet itinéraire et si cela est possible sans amour ? Est-ce que les oiseaux d’Attar et Al issa de Gide ont une âme impatiente ? Les âmes que Platon considère comme sacrées, car, elles veulent arriver à l’éternité et à la perfection. Nous étudierons les personnages de chaque écrivain pour voir s’ils sont préparés pour voir Dieu et oublier le "Moi". Si oui quel itinéraire leur sera-t-il proposé ? Ainsi, dans la première partie, nous allons faire une étude comparative entre "La porte étroite" et "Le langage des oiseaux". Nous allons essayer de montrer comment la notion de l’immortalité existe dans ces deux œuvres et comment même dès le début, les écrivains montrent cette notion mystique. En effet, nous sommes témoins des symboles qui illustrent l’immortalité : les oiseaux, la Huppe (Hodhod), l’Alcyon (Simorgh) et le mont Ghâaf dans le "Langage des Oiseaux", puis la porte dans "La porte étroite". Dans les deux œuvres, l’amour a un rôle remarquable.

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Peyvand Goharpey - 24 - Revue Annales du patrimoine Chez Gide, l’amour relie Jérôme à Alissa. Chez Attar, l’amour est présent dans l’histoire de "Sheikh Sanan et Dokhtar Tarsa". Ce qui rapproche ces deux œuvres, mis à part l’amour terrestre, c’est la transformation de cet amour en un amour plus grand. En effet, nous voyons que l’amour terrestre est la première étape pour arriver à l’amour éternel de Dieu, c’est ce que nous allons étudier tout au long de la deuxième partie. Comme nous l’avons déjà dit, sentir l’amour terrestre est essentiel pour arriver à l’amour éternel, mais cela est un long et difficile chemin à parcourir. Pour atteindre cet amour, il faut commencer un voyage pour se purifier et abandonner les attachements afin de pouvoir arriver au but c’est-à-dire la mort. Ces deux œuvres nous montrent très bien que pour devenir immortel, il faut passer par la mort. Ainsi, la mort c’est le début de l’amour éternel, c’est ce que nous allons évoquer dans la troisième partie de notre modeste mémoire. 1 - Porte étroite "Langage des oiseaux" : Le thème du voyage est un des points qui rapproche "La porte étroite" de Gide au "Langage des oiseaux" d’Attar. Chez Attar, les oiseaux sont le symbole de l’âme humaine. Ces oiseaux commencent leur voyage spirituel grâce à la Huppe. "Lorsque tous les oiseaux eurent entendu le discours de la Huppe, ils se décidèrent à se mettre en route" (2). Et chez Gide, Alissa en se prés entant à l’église, se décide à faire ce voyage Spirituel. "Essayez d’entrer par la porte étroite"(3). Dans les deux œuvres, ce voyage n’est pas considéré comme chose facile; quand la Huppe parle des difficultés de ce voyage jusqu’à leur arrivée au Simorgh, les oiseaux deviennent un peu incertains: "Ils comprirent tous que cet arc difficile à tendre ne convenait pas à un poignet impuissa nt. Ils furent donc en grand émoi à cause du discours de la Huppe" (4). Le Pasteur Vautier a aussi parlé de la difficulté de traverser la porte étroite.

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 25 - N° 11, Septembre 2011 "L’étroite est porte... il en est peu qui la trouvent"(5). En effet, le message de la Huppe et les mots du Pasteur se convergent ; le chemin est diffi cile et ses obstacles nombreux, mais pour atteindre l’éternité, ce la en vaut la peine. Il n’y a qu’un petit nombre qui arrive à la destination et cela signifie que ce chemin n’est pas ouvert à tous. "30 oiseaux partant à la recherche de leur roi" (6). "Ma pensée se fait voyageuse"(7). A côté du symbole du voyage, la notion de "vol" et de "voler" est également un point crucial du rapprochement que l’on peut faire entre ces deux œuvres. Chez Attar les oiseaux volent vers le mont Ghaf et chez Gide, le regard que porte Alissa vers le monde céleste rapproche ses mouvements à l’action de voler. Le but dans "Le Langage des oiseaux" est l’Alcyon qui est le symbole de la perfection; pour le rencontrer, les oiseaux doivent traverser sept vallées (Recherche, Amour, Connaissance, Indépendance, Panthéisme, Stupeur et Annihilation) (8). Dans la "Porte Etroite", le but d’Alissa est "La porte étroite" qui est l’éternité et pour y entrer, Alissa cherche sa foi en abandonnant les attachements terrestres. Les efforts d’Alissa rappellent "les milles places" du Khaje Abdollahe Ansari (9) par lesquelles on arrive à Dieu dans le mysticisme oriental. (Expérience, Guerre, Austérité, Certitude, Demande, Croix, Sacrifice...)(10). Les âmes de tous les protagonistes de ces deux œuvres cherchent leur pays natal. L’amour chez eux les préparent et les fortifient pour ce voyage. Ils trouveront la valeur de leur amour chez Dieu. "C’est où toutes les choses sont renoncés et unifiés"(11). "Je songe à d’autres pays plus vastes et radieux"(12). Dans les deux œuvres, on comprend bien que les voyageurs sont impatients de voir leur Dieu, donc, ils traversent tous les obstacles présentés sur leur chemin. En quittant leur maison, ils choisissent l’éternité et la perfection. "Nous sommes venus ici, rencon trer le Simorgh, l’amour que

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Peyvand Goharpey - 26 - Revue Annales du patrimoine nous ressentons pour lui a troublé notre raison. Pour lui, nous avons perdu notre esprit et notre repos. Nous sommes venus de bien loin, espérant pénétrer auprès de cette majesté Suprême" (13). "Entrez dans mon âme pour y porter mes souffrances et pour continuer d’endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de votre passion. Seigneur ! Entrouvrez un instant devant moi les larges vantaux du Bonheur. Je ne veux plus vous marchander mon cœur" (14). Ainsi, les oiseaux et Alissa se mettent à voyager; ils sont passionnés de ce voyage; ils se préparent à affronter tout obstacle et finalement ils atteignent l’éternité dans la mort. 2 - Amour : Le but essentiel chez les myst iques c’est de s’approcher de Dieu grâce à l’amour (15). C’est pourquoi l’amour semble être un des piliers du mysticisme en général et du mysticisme chrétien en particulier. L’âme qui joue le rôle d’oiseaux du jardin céleste, sent la nostalgie de retourner au pays natal. Ce qui est clair est que, ce retour n’est possible que par l’amour; et la perfection ne sera acquise que par cet amour : l’attirance de cet amour a fait que chaque subordonné se relie à son origine, et obtient ainsi sa perfection (16). Pourtant, le soleil de l’amour ne brille pas dans le ciel mais dans l’esprit de l’amant, avec beaucoup de chaleur. En d’autres termes, l’amant ne se trouve pas sur la terre mais dans l’esprit(17). En ce qui concerne Attar, ces symboles sont bien évidents et étudiés dans les chapitres. Les oi seaux et Alissa sont décidés à voler pour arriver à la perfection; pour cela, ils ont besoin des efforts sérieux et de la persév érance. En même temps, c’est nécessaire de quitter les attachements terrestres. Chez Attar cette attitude cause l’unité ; c’est-à-dire les trente oiseaux deviennent Simorgh (les trente oiseaux) et après ils peuvent atteindre Dieu après être morts.

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 27 - N° 11, Septembre 2011 Alissa a la même situation. D’abord, en écoutant le Pasteur, elle a soif du monde céleste et après avoir changé son amour terrestre en amour divin, elle devient sacrée : à l’aide de la mort elle peut rejoindre Dieu. En ce qui concerne les similitudes entre l’amour dans "La porte étroite" et "Le langage des oiseaux", il faut dire que dans les deux œuvres, l’amour est représenté comme une dérivation : le Sheikh oublie sa place importante dans les rangs religieux par amour pour une femme chrétienne et Alissa se débarrasse de son amour pour Jérôme. D’ailleurs, dans les deux histoires l’amour vrai n’est possible que par l’abandon du corps : la mort, et c’est cette mort qui est le début de l’éternité. "Si une chose pure tombe dans cet océan, elle perdra son existence particulière, elle participera à l’agitation des flots de cet océan cosmique, en cessant d’exister isolément, elle sera belle désormais. L’Etre disparaît au sein de l’océan qui est de pure divinité" (18). "De lui seul on peut impunément se rapprocher"(19). En plus, l’amour ici est très fort parce qu’il fortifie "Alissa" pour abandonner les attachements terrestres et aussi fortifie "Dokhtar Tarsa" pour se convertir à l’Islam. Cependant, pour cette dernière c’était difficile de tolérer ce changement radical, alors, elle meurt très tôt et elle rejoint la vérité (20). "Oui, n’est-ce pas, ce qu’il faut chercher c’est une exaltation et non point une émancipation de la pensée. Mettre son ambition non à se révolter, mais à servir."(21). On voit que dans les deux livres ce qui touche, peut-être même le plus les lecteurs c’est le fait que Dokhtar Tarsa et Alissa ne commettent pas de fautes exagérées ; et cela met en scène le rôle majeur de l’amour dans le parcours mystique des soufis. Le choix d’Alissa est dû à l’expérience amoureuse de sa mère, donc, elle ne l’aime pas et elle essaie de ne pas répéter la même erreur alors que dans "Le langage des oiseaux" on ne peut jamais imaginer que le personnage principal fasse une erreur et qu’il abandonne ses cinquante ans de prière à cause d’une chrétienne. A côté de ces convergences claires, il faut aussi parler d’un

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Peyvand Goharpey - 28 - Revue Annales du patrimoine point de divergence, et cela montre un impact particulier de l’amour sur des personnages. Ch ez Gide, Jérôme est toujours soumis à Alissa quoiqu’il n’obtienne jamais aucun changement divin et céleste et qu’il n’arrive au ciel. "Travail, efforts, actions pies, mystiquement j’offrais tout à Alissa, inventant un raffinement de vertu à lui laisser souvent ignorer ce que je n’avais fait que pour elle. Je m’enivrais ainsi d’une sorte de modestie capiteuse et m’habituais, hélas! Consultant peu ma plaisance, à ne me satisfaire à rien qui ne m’eût coûté quelque effort" (22). Voici la réponse de Jérôme à la question d’Alissa qui lui demande : "Est-ce que tu ne comp rends pas ce que peut être la communion en Dieu ? " "Je la comprends de tout mon cœ ur: c’est se trouver éperdument dans une même chose adorée. Il me semble que c’est précisément pour te retrouver mais si je ne devais pas t’y retrouver je ferais fi du ciel" (23). Cependant chez Attar, le bouleversement de la femme chrétienne pour le Sheikh cause un changement divin et céleste pour les deux personnages et les deux voyagent au ciel. "Le parcours du Sheikh Sanân, dont l’une des étapes le conduit à la déchéance matérielle et spirituelle, est paradoxalement ce qui lui permettra d’atteindre la vraie perfection mystique : à la fin du récit, lorsque le prophète Mohammad lui-même vient annoncer en songe au disciple le plus dévoué du Sheikh que ce dernier a été sauvé, il ajoute : Entre le Cheikh et Dieu (Haqq : la vérité) il y avait depuis longtemps un grain de poussière noire . J’ai enlevé aujourd’hui cette poussière de sa route, et je ne l’ai pas laissée plus longtemps au milieu des ténèbres. Cette épreuve ultime permet ainsi au Cheikh d’abandonner toute égoïsme et d’accéder à un degré de perfection et d’union au Principe que des années d’ascèse ne lui avaient pas permis d’atteindre" (24). "La jeune fille chrétienne vit alors un grand soleil lui

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La conception de l'immortalité entre Attar et André Gide - 29 - N° 11, Septembre 2011 apparaître en songe l’invitant à rejoindre le Cheikh. Lors de son réveil, le cœur enflammé, elle se lança à la poursuite de son amant, et tomba en syncope en l’apercevant. Enfin, renonçant à la vie, "sa douce âme fut séparée, elle était une goutte d’eau dans cet océan illusoire, et elle retourna dans l’océan véritable"(25). 3 - L’Itinéraire : Chez les mystiques, l’action est la base comme la connaissance est le résultat. Pour arriver à cette connaissance c’est-à-dire au résultat, on doit franchir quelques étapes et on doit pratiquer la théosophie (26). En d’autres termes, le mysticisme consiste à passer différents niveaux pour arriver à la dignité, c’est ce que l’on appellera l’itinéraire mystique (27). Passer par les sept vallées et les obstacles durs est nécessaire pour arriver à l’immortalité et à la perfection. Le trajet à parcourir commence par la terre et va jusqu’au ciel. Pour être en mesure de faire un tel chemin, la mortification et la découverte de la connaissance semblent être irréfutables (28). Le voyage des oiseaux vers le Simorgh est un voyage intérieur. Ce voyage, appelé l’itinéraire (29) par les mystiques dispose d’une clé qui permet d’ y accéder. Cette clé est la vérité(30). Dans "La porte étroite" le but d’Alissa est "La porte étroite" qui est l’éternité et pour y accéde r, Alissa cherche sa foi en se libérant des attachements terrestres. Les efforts d’Alissa rappellent, à coup sûr, ce voyage des oiseaux. Alissa aussi, tout comme les oiseaux d’Attar traverse les mêmes étapes. Ainsi, l’ardeur de l’Homme pour arriver à la perfection est virtuelle dans l’âme. L’enthousiasme d’Alissa pour arriver à la porte étroite rappelle le même enthousiasme que chez les oiseaux d’Attar. 4 - La Mort : Pour arriver à la perfection le disciple passe par différentes étapes ; la dernière est celle de la mort où selon les mystiques

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