Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 33 - N° 9, Septembre 2009 de l’enseignement universitaire égyptien dont il souhaitait la réforme rapide. Son ex-professeur en ayant pris ombrage, l’affaire eut des suites disproportionnées qui faillirent le priver de la reprise de sa formation en France, mais des hommes de bonne volonté, comme Aloui Pacha, surent intercéder en sa faveur, aussi put-il bénéficier à nouveau d’une bourse égyptienne lui permettant d’étudier cette fo is-ci à Paris où il prépara un doctorat sous la direction d’Emile Durkheim (6) e t o ù s o n d e s t i n prit un tournant décisif. En effet, c’est dans cette ca pitale qu’il découvrit, aima, puis maîtrisa, les langues, littératures et civilisations française, romaine et grecque auxquelles il re sta fidèle tout au long de son existence, les considérant même comme d’indispensables éléments de la civilisation méditerranéenne à laquelle il rattachait la civilisation égyptienne. C’est aussi dans cette ville qu’il connut son épouse, Suzanne, qui était la camarade puis l’amie dévouée dont la sollicitu de lui fut d’un immense secours depuis leur première rencontre à l’Université jusqu’à la fin de sa vie. Cette Française au grand cœur lui inspira des pages immortelles où l’expression de sa tendresse n’a d’égal que celle de sa reconnaissance et de son respect. En outre, elle le gagna définitivement à la France, où il passait toujours ses vacances d’été et où il avait de solides relations amicales avec de célèbres écrivains et penseurs comme Paul Valéry, André Gide, Louis Massignon, Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre... et des artistes comme la peintre Marguerite Bordet, par exemple. C’est donc tout à fait normal que sa disposition si favorable à la France motive l’accueil enthousiaste qu’il réservait à ses intellectuels visitant l’Egypte et marque du sceau de francophilie l’ensemble de son œuvre dont il consacra une partie importante à la diffusion de la culture fran çaise. Ainsi, il entreprit de résumer, commenter, et parfois critiquer d’une manière constructive les œuvres françaises, notamment littéraires, dès leur parution, afin que ses lecteu rs arabophones soient informés
عدد الصفحات ٢٢٥Kania Chettouh - 34 - Revue Annales du patrimoine de l’évolution culturelle en France, pays selon lui indispensable à l’humanité tout entière(7), qu’il soit vainqueur ou vaincu. D’autre part, il s’attela, de 1920 à 1959, à la traduction vers l’arabe d’œuvres littéraires françaises dont il fut particulièrement impressionné(8) et qu’il présenta à ses lecteurs arabophones comme modèles à suivre, après avoir relevé leurs qualités sur le plan du fond et celui de la forme. Notons que plusieurs particularités distinguent ces traductions. Elles concernent le but qu’il vise à travers elles et la méthode qu’il invente pour le réaliser. Généralement, il sélectionne les livres à traduire en fonction de l’équilibre qu’il y trouve entre la satisfaction de la raison du lecteur et celle de ses sentiments ou "entre la philosophie et l’art", comme il le dit en traduisant les œuvres de Paul Hervieu, par exemple. De plus, grâce à son ouverture sur les littératures méditerranéennes, notamment gréco- latine et française, il avait découvert la nécessité de combler les lacunes de la littérature arabe en matière de production théâtrale et parfois même romanesque. En outre, son désir permanent de réformer la société égyptienne, et arabe en général, l’incitait à intégrer dans le choix des œuvres à traduire le s critères d’émancipation sociale et/ou politique qu’on pourrait en escompter comme, par exemple, celui de l’égalité en tre l’homme et la femme, qu’il avait pris en considération en traduisant "La Loi de l’homme" de Paul Hervieu, celui de la justice sociale, etc. On peut même dire que ses traductions ont une triple finalité : - L’enrichissement de la littérature arabe sur le plan technique et esthétique. - L’engagement pour le progrès social et politique. - Et enfin l’apport idéel, philosophique ou idéologique. Ces buts sont parfois explicitement formulés dans les commentaires ou les notes accompagnant les textes qu’il traduit en arabe comme c’est le cas, par exemple, des "Pièces de
عدد الصفحات ٢٢٦Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 35 - N° 9, Septembre 2009 théâtre écrites par des dramaturges français" qu’il avait traduites en arabe et dont il avait commenté et justifié la traduction. Mais parfois, ces objectifs sont tellement manifestes que le lecteur les comprend spontanément ou les dédu it par analogie, s’il avait lu auparavant d’autres traductions commentées de Taha Hussein. Quant aux autres traits particuliers qui caractérisent la manière dont il présente ses traductions, ils concernent tantôt une, tantôt plusieurs démarche (s) intellectuelle (s) comme, par exemple : l’analyse minutieuse qu’il fait du sujet principal de l’œuvre traduite, l’avis personnel circonstancié et motivé qu’il donne à son propos, l’étude des personnages les plus importants, la recherche puis la désignation de leurs origines grecques ou latines... car en fait c’est surtout à la littérature et la civilisation françaises qu’il avait consacré le plus gros de ses efforts de traduction. Cette fidélité à la culture française, qu’il tenait constamment à faire connaître dans le Monde arabe et la représentation très élogieuse qu’il donnait de la France, eurent de favorables échos chez certains de ses ressortissants célèbres, ainsi André Gide et Georges D uhamel écrivirent sur lui, les universités de Lyon et de Montpellier lui décernèrent chacune le titre de docteur honoris causa (9) et le Gouvernement français la Grand Croix de la Légion d’Honneur. Ces distinctions françaises, largement méritées, compensèrent ses premiers déboires en Egypte où il provoqua un tollé dès qu’il tenta d’y bousculer quelques valeurs bien établies en y publiant son livre "De la littérature préislamique". Cette œuvre où il appliqua le doute méthodique de Descartes à l’examen du patrimoine littéraire arabe dit antéislamique fut jugée trop subversive, saisie et interdite de vente. Le fait est que les conservateurs furent particulièrement offusqués par la phrase où il dit : "Pour prouver scientifiquement l’existence dans l’histoire d’Abraham et de son fils, il ne suffit pas que leurs noms soient cités dans la Bible et le Coran". L’accusant d’hérésie, ils
عدد الصفحات ٢٢٧Kania Chettouh - 36 - Revue Annales du patrimoine publièrent une multitude d’ouvrages pour réfuter ses dires ; d’ailleurs, l’affaire fut même débattue à l’Assemblée nationale qui le condamna. Beaucoup plus tard, quand la tempête se calma, qu’il supprima ladite phrase trouvée provocante, en rééditant son livre sous un no uveau titre, "De la poésie préislamique", ses compatriotes surent découvrir et apprécier à leur juste valeur l’innovation et la réforme qu’il visait en respectant le doute méthodique dans l’étude du corpus dit préislamique et en diffusa nt, d’autre part, les idées révolutionnaires des représentants des Lumières, ce qui constituait alors une importante contribution à l’œuvre de la Renaissance arabe (Nahdha). Avec le recul, certains intellectuels ont trouvé que le défi caractér isant ses réformes était un peu trop prononcé. André Miquel exprima cette idée sans en relever les retombées négatives (10); Rabia Mimoune déplora l’échec qui en avait résulté dans la réception du "Discours de la méthode" dans le Monde arabe, ce dernier n’ayant réellement apprécié cette œuvre de Descartes que grâce à la traduction de Mahmoud al-Khodeiri (11). Quant aux Lumières, Abdelwahab Meddeb dit (12) que les Arabo-musulmans n’avaient pas su en tirer profit ; comme il avait cité le travail de médiation accompli par Taha Hussein sans en évoquer les fruits, on peut en déduire qu’il ne trouve pas significatifs les résultats de l’effort consenti par ce dernier pour les présenter au lectorat arabophone. Mais puisque ces critiques ont été faites plusieurs années après la mort de Taha Hussei n, et qu’elles intègrent par conséquent les facteurs temps, évolution et résultats qui lui échappaient totalement au moment où il rédigeait et publiait ses écrits rénovateurs, il ne serait pas exagéré de dire que dans les conjonctures particulières de l’époque, il avait su tirer parti de la pensée française en en sélectionna nt les théories et méthodes qu’il jugeait aptes à servir d’une part sa volonté de libérer la littérature arabe de l’emprise de la religion et celle de la politique et d’autre part son dé sir d’encourager ses lecteurs à
عدد الصفحات ٢٢٨Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 37 - N° 9, Septembre 2009 l’ouverture sur les civilisations étrangères, parmi lesquelles il préférait la française. En réalité, cette préférence, due à une connaissance approfondie, se manifeste à tr avers ses différentes activités intellectuelles et s’exprime de diverses manières. Ainsi sa production littéraire, riche et variée, recèle des déclarations clairement laudatives mettant en valeur des aspects de la culture française dignes d’admiration et de respect. A ce sujet, trois exemples nous semblent ici très probants, l’exhaustivité n’étant point notre propos : 1 - Son livre "De loin" (Min Baîd) où il multiplie les arguments de tous ordres pour prouver que l’Hexagone (ou Paris) représente la quintessence des mérites civilisationnels réalisés par l’humanité tout au long de son histoire. 2 - Son "Voyage du printemps" (Rihlat Arrabîe) où il plaide en faveur du pouvoir qu’à la France d’épanouir ses visiteurs sur tous les plans. 3 - Ses "Chapitres de littérature et de critique" (Foussoul Fil Adabi Wannaqd) où il fait l’apologie des droits civiques obtenus par les Français et leur ambition permanente de les améliorer, parallèlement aux éloges qu’il fait de certaines œuvres françaises comme celles de Jean Giraudoux, Jules Romain, Marcel Thibault, Robert Cami, etc. En outre, plusieurs autres écri ts de Taha Hussein montrent, d’autre part, sa contribution active à l’échange constructif et fructueux entre les deux cultures : arabe et française. A cet égard, il serait très intéressant et très instructif d’étudier, par exemple, sa correspondance avec André Gide à qui il avait exprimé au départ son intention de traduire en arabe "La porte étroite". L’étonnement de Gide au sujet d’un possible intérêt que son œuvre pourrait susciter chez le lectorat arabe et les poncifs dévoilant son incompréhension de l’Islam appelèrent une réponse magistrale où Taha Hussein avait détruit les stéréotypes et désigné les affinités profondes en tre les Arabo-musulmans et les
عدد الصفحات ٢٢٩Kania Chettouh - 38 - Revue Annales du patrimoine Français(13). La franchise et la sincérité de ses paroles avaient le mérite de consolider les sentimen ts amicaux qu’il inspirait à son interlocuteur français qui dit, par exemple, de son voyage en Egypte que sa "rencontre avec Ta ha Hussein reste le souvenir de beaucoup le plus important, le plus beau", ajoutant, entre autres : "quel charme et quelle sagesse dans ses propos !". Les témoignages de considération que Taha Hussein avait inspirés à de célèbres écrivains et penseurs français comme Jean Cocteau, André Miquel, Jacques Berque..., et le succès remporté par ses œuvres traduites en français comme, par exemple, "Le livre des Jours" (préfacé par André Gide) et "La Traversée Intérieure" (préfacée par René Et iemble), sont d’une importance telle qu’ils devraient être décrits dans une étude exhaustive ou du moins des articles détaillés dépassant largement le cadre de la présente esquisse. Ils expliqueraient, ne serait-ce qu’en partie, la tendance des Français frappés par la notoriété de ses réformes, à l’appeler "le Voltaire arabe" ou "le Martin Luther de l’Islam". D’autre part, le bénéfice qu’il obtint de la pensée française est aussi considérable, ce qui explique son engagement, tout au long de sa vie, à en montrer les affinités avec la pensée arabe puis, en cas de besoin, la nécessité d’en tirer avantage pour redynamiser cette dernière. Taha Hussein était convaincu que la fidélité à la tradition musulmane signifie que l’on regarde vers les autres, qu’on les comprenne. Il n’épargnait donc aucun effort pour promouvoir le dialogue des cultures et illustrait savamment et avec lucidité la parenté culturelle arabo-française à laquelle il croyait fermement et dont il cherchait à convaincre ses pairs dans le Monde arabe et en France. Ainsi, il consacra plusieurs articles à relever la fraternité d’esprit due aux ressemblances, et parfois même aux similitudes particulièrement frappantes, qu’il avait constatées entre des auteurs arabes et des auteurs français comme Omar Ben Abi Rabiâ et Pierre Loti (14), Ibn Hazm el Andaloussi et Stendhal(15), Ibn
عدد الصفحات ٢٣٠Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 39 - N° 9, Septembre 2009 Khaldoun et Montesquieu (16), Mansour Fahmi et Ernest Renan...(17). Maîtrisant les lettres arabes, françaises et grecques, il dévoilait souvent avec brio la concordance ou les ressemblances entre certains de leurs textes comme il le fit, par exemple, en étudiant la littérature engagée en France, dans le Monde arabe et dans la Grèce antique (18). Parallèlement à cela, il avait présenté à ses lecteurs arabophones l’histoire de la littérature française, les bibliographies des penseurs et écrivains français qu’il préférait, comme, par exemple, Auguste Comte (19), Charles Baudelaire (20), Madame Du Deffand(21), André Gide(22), Paul Valéry...(23), ces deux derniers lui ayant inspiré de très admirables pages dictées par l’amitié indéfectible qui le liait à eux, par les relations très riches qu’ils avaient su établir grâce à leurs affinités réelles et aux sentiments d’admiration et de respect mutuels qui les unissaient les uns aux autres. Aussi n’est-il pas étonnant de voir son dévouement à la France reja illir sur l’hommage qu’il rend à ses gens célèbres dans toutes les circonstances. Il arrive même que la disparition de certains d’ entre eux suscite en lui une vive douleur, qu’il la considère comme une perte pour toute l’humanité, comme il le fit, par exemple avec Sarah Bernard et Paul Valéry (24), la tombe de ce dernier ayant fait l’objet de sa visite et de son recueillement, ce qui prouve son affection et sa fidélité, même par-delà la mort. En réalité, Taha Hussein espérait inciter ses compatriotes à lire les célébrités qu’il leur présentait ou même à les étudier pour s’enrichir de leurs idées, s’instruire de leurs expériences ou méditer sur leur parcours. Toutefois, les convictions qu’il avait du cousinage spirituel et intellect uel entre les auteurs arabes et français l’autorisait à les traiter sur le même pied d’égalité, aussi ne trouvait-il aucune gêne, en cas de nécessité, à critiquer ces derniers ou à émettre des réserves sur certaines caractéristiques de leur pensée ou de leurs œuvres dont il parlait à son lectorat arabophone, comme il le fit, par exemple, avec Albert Camus en
عدد الصفحات ٢٣١Kania Chettouh - 40 - Revue Annales du patrimoine critiquant, d’une part, "La peste" pour son aspect littéraire, et d’autre part, "Le mythe de Sisyphe" pour son aspect philosophique(25). Le fait est qu’il tenait à greffer la littérature et la pensée arabes des aspects les plus positifs de la culture française. Pour cela, il n’avait pas hésité à donner lui-même un exemple très probant. Dans sa production, l’influence de la pensée française, quand elle existe, s’apparente plutôt aux réminiscences d’idées ou de méthodes novatrices et constructives qu’il avait bien digérées, assimilées et acclimatées pour les mettre au service de la culture arabe. Aussi est-il particulièrement laborieux de déceler les échos d’une quelconque source française dans sa création littéraire, sa critique, ses plaidoyers ou ses commentaires. Ses déclarations au sujet des œuvres françaises qu’il avait lues constituent parfois le point de départ à partir duquel peut démarrer la recherche de ressemblances plus ou moins importantes entre son écrit et celui de tel auteur français ou tel autre comme c’est le cas, par exemple, entre ses "Causeries du mercredi" et les "Causeries du lundi" de Sainte- Beuve ou entre sa croyance (26) e t c e l l e d e T a i n e(27) au déterminisme historique ou entre ses idées philosophiques (28) et celles de Voltaire (29) et d’Auguste Comte ou enfin entre ses créations littéraires d’inspiration religieuse (30) et celles de François-René de Chateaubriand(31). Des études détaillées de littérature comparée peuvent être consacrées aux sources françaises de la culture de Taha Hussein qui, loin d’être un récepteur passif, a fondu dans le creuset de sa pensée ses sélections intellectuelles arabes et françaises, les a enrichies de ses idées personnelles et en a obtenu une synthèse originale prouvant à quel point le métissage intellectuel franco- arabe peut être intéressant et constructif pour les deux parties. Notre écrivain était tellement convaincu de l’intérêt d’un tel métissage qu’il argumenta en faveur d’une unité civilisationnelle méditerranéenne, indépendamment de toute
عدد الصفحات ٢٣٢Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 41 - N° 9, Septembre 2009 unité politique. Ce projet lui paraissait réalisable grâce aux efforts des intellectuels des deux rives de la Méditerranée, aussi souhaitait-il la création en Egypte d’un Centre d’Etudes et de Recherches Méditerranéennes, à l’instar du Centre Méditerranéen de Nice dont l’administrateur était, dès 1933, son ami Paul Valéry. Taha Hussein publia donc en 1938 son livre "L’avenir de la culture en Egypte" où il encouragea ses compatriotes à l’ouverture sur les pays de la rive occidentale de la Méditerranée, leur rappelant le rattachement de la civilisation de l’Egypte à cette aire géographique tout au long de l’histoire et en concluant que l’avenir de sa culture serait bien prospère si elle se tournait vers l’Europe méditerranéenne, non vers l’Orient (ou du moins beaucoup plus que vers celui-ci), dans ses choix de coopération culturelle. Cette thèse - d’où dé coule "le pharaonisme" reproché aux articles qu’il publiait dans sa revue "L’Ecrivain égyptien" - provoqua une levée de boucliers parmi les tenants de l’arabisme comme Satee al-Houssary (32), les nationalistes comme Ahmed Lotfi Essayyed (33) et les intellectuels appartenant à d’autres courants existant alors en Egyp te comme Zaki Moubarak, Ahmed Amin, etc. Le "méditerranisme" de Taha Hussein est en fait l’aboutissement d’un long parcours durant lequel il concilia avec bonheur les qualités des deux civili sations, arabe et française, et reçut une solide formation en langues et cultures latine et hellénique. S’adressant le plus souvent à un public arabophone, avec le souci de servir en priorité ses compatriotes, il sut s’inspirer de la culture et la civilisation françaises dans la démarche de réforme intellectuelle qu’il entreprit de réaliser dans son pays et fut ainsi un modèle de réussite dans la rencontre entre l’Orient et l’Occident. Notes : 1 - Citons, par exemple, classés par ordre alphabétique : Aubaude, Camille : Le voyage en Egypte de Gérard de Nerval ; Carré, Jean-Marie : Voyageurs et
عدد الصفحات ٢٣٣Kania Chettouh - 42 - Revue Annales du patrimoine écrivains français en Egypte ; Prisse d’Avennes, Emile : Petits mémoires secrets sur la cour d’Egypte suivis d’une Etude sur les almées ; Siméon, Jean- Claude : Le voyage en Egypte : les grands voyageurs du XIX e siècle. 2 - On ne cite en général que celle de Louca, Anouar : Voyageurs et écrivains égyptiens, Didier, Paris 1970. 3 - Il avait soutenu sa première thèse, consacrée au poète syrien aveugle Abou al-Ala' al-Ma'arri, en 1914 à l’Universi té du Caire et sa deuxième thèse, consacrée à Ibn Khaldoun en 1918, à la Sorbonne. Il avait intitulé la première : "Le ressouvenir d’Abil Ala" (Tajdid Dhik ra Abil Ala) et la seconde : "Etude analytique et critique de la philosophie sociale d’Ibn Khaldoun". 4 - Dès son retour de France, il était jo urnaliste de presse politico-littéraire, professeur d’histoire gréco-romaine puis de littérature arabe à la faculté de lettres du Caire dont il devint doyen. Il était le premier président de l’université d’Alexandrie (qu’il avait créée en 1942), contrôleur général de la culture, représentant de l’Egypte à l’UNESCO, conseiller technique et sous- secrétaire d’Etat au Ministère de l’Instruction Publique, Ministre de l’Education (nommé en 1950) et le premier à avoir aboli les frais d’inscription et instauré la gratuité de l’enseignement dans son pays. 5 - "A Taha Hussein à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire", sous la direction d’Abderrahmane Badawi, Le Caire, Dar al-Maârif, 1968. 6 - Mort de chagrin en 1917, quand son fils fut tué à la guerre. Taha Hussein acheva donc sa thèse sous la direction d’un autre professeur, formé, lui aussi par Durkheim. 7 - Taha Hussein : "Chapitres de littérature et de critique", (Foussoul Fil Adab wan Naqd). Ed. Dar al-Ma'arif, Le Caire, p. 305. 8 - Les plus importantes parmi ces tr aductions sont énumérées dans les intéressantes études intitulées : "A Taha Hussein à l’occasion de son soixante- dixième anniversaire". Nous pouvons en citer, à titre d’exemple, pour le théâtre : Andromaque de Racine (1935), Zaïre de Voltaire (1947), Pièces de théâtre écrites par un groupe de célèbres dramaturges français (1924) ; et en poésie : des poèmes de Baudelaire et de Sully Prudhomme. Notons, toutefois, qu’il s’était abstenu de traduire "Le cimetière marin" de Paul Valéry et avait justifié son refus par le fait que d’une part, il n’avait pas très bien compris ce poème (comme ce fut d’ailleurs le cas des critiques français) et que d’autre part, Paul Valéry lui-même désapprouvai t la traduction de la poésie en général, de crainte qu’elle ne soit ains i enlaidie. (Chapitres de littérature et de critique, p. 199). 9 - Comme le firent, par ailleurs, les universités de Madrid, de Rome, d’Oxford et d’autres encore... Le charisme qu’il acquit et la notoriété mondiale dont il bénéficia de son vivant et même après sa mort ne se sont jamais démentis, ce
عدد الصفحات ٢٣٤Taha Hussein ou l'exemple d'une rencontre culturelle - 43 - N° 9, Septembre 2009 qui incita l’UNESCO et d’autres orga nisations culturelles internationales à célébrer son centenaire. 10 - André Miquel : Taha Hussein rénova teur de la littérature arabe, Canal Académie, émission proposée par Hélène Renard, référence PAG 214, mise en ligne le 16/11/2006. 11 - Rabia Mimoune : "Le discours de la méthode dans le Monde Arabe". Actes du Colloque "Problématique et réception du Discours de la méthode et des Essais". Textes réunis par Henry Mechoulan, p. 179. 12 - Abdelwahab Meddeb : Islam et Lumi ères : le rendez-vous manqué, Le Nouvel Observateur, 2/3/06 (Les débats de l’Obs.). 13 - Les lettres sont éditées par le bulletin des amis d’André Gide, vol 114/115, avril-juillet 1997. On les tr ouve en arabe dans "Al-Bab Edhayyaq" (La porte étroite), Editions Al-Hilal, N° 229, janvier 1968, pp. 7-8 sqq., sous le titre : "La lettre et la réponse". 14 - Taha Hussein : Causeries du mercre di, (Hadith al-Arbi' a). Editions Dar al- Maârif, Le Caire, pp. 311-313. 15 - Voir, Taha Hussein : Mélanges (Alw an), Ed. Dar al-Maârif, Le Caire 1958, p. 102. 16 - Taha Hussein : Etude analytique et critique de la philosophie sociale d’Ibn Khaldoun, Faculté des lettres, Paris, Ed. A. Pedone, 1918. (Thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1918), pp. 35-44. 17 - Taha Hussein : De loin (Min Ba îd), Ed. Al-Matbaâ Arrahmania, 1935, p. 275. 18 - Taha Hussein : Mélanges, p. 189. 19 - Ibid., pp. 149-153. 20 - Taha Hussein : Hafez et Chaouqi, (Hafez Wa Chawqi), Matbaât al-Itimad, Le Caire 1933, pp. 50-62. 21 - Taha Hussein : Mélanges, pp. 144-157. 22 - Taha Hussein : Chapitres de littérature et de critique, pp. 140-150. 23 - Ibid., p. 197-198. Mélanges, pp. 51-75. 24 - Taha Hussein : Mélanges, p. 51. 25 - Ibid., p. 365. 26 - Taha Hussein : Le ressouvenir d’Abil Ala, (Tajdid Dhikra Abil Ala), Ed. Dar al-Maârif, Le Caire 1937. (Thèse de doctorat soutenue à l’Université égyptienne en 1914), p. 282-283. 27 - Taine : Les origines de la France contemporaine. - De l’intelligence. 28 - Taha Hussein : Mélanges, pp. 148 et 365 ; De loin, pp. 17 et 232. 29 - Lettres philosophiques. 30 - En marge de la prophétie (Ala Hamech as-Sira). La promesse tenue (Al- Wâd al-Haq).
عدد الصفحات ٢٣٥Kania Chettouh - 44 - Revue Annales du patrimoine 31 - Le génie du Christianisme. 32 - Mohamed Afifi et Edouard al-Kharrat : La Méditerranée égyptienne, Ed. Maisonneuve et Larose, Collection : représentations méditerranée, 24 mai 2000, p. 39. 33 - Ibid., p. 36. Références : 1 - Afifi, Mohamed et Edouard al-Kharr at : La Méditerranée égyptienne, Ed. Maisonneuve et Larose, Coll. représentations méditerranée, 24 mai 2000. 2 - Hussein, Taha : Causeries du mercredi , (Hadith al-Arbi'a), Editions Dar al- Maârif, Le Caire. 3 - Hussein, Taha : Chapitres de littératu re et de critique, (Foussoul Fil Adab wan Naqd), Ed. Dar al-Ma‘ārif, Le Caire. 4 - Hussein, Taha : De loin (Min Baîd), Ed. Al-Matbaâ Arrahmania, 1935. 5 - Hussein, Taha : Etude analytique et critique de la philosophie sociale d’Ibn Khaldoun, Ed. A. Pedone, Paris 1918. 6 - Hussein, Taha : Hafez et Chaouqi, (Hafez Wa Chawqi), Matbaât al-Itimad, Le Caire 1933. 7 - Hussein, Taha : Le ressouvenir d’Abil Ala’, (Tajdid Dhikra Abil Ala), Ed. Dar al-Maârif, Le Caire 1937. 8 - Hussein, Taha : Mélanges (Alwan), Ed. Dar al- Maârif, Le Caire 1958. 9 - Louca, Anouar : Voyageurs et écrivains égyptiens, Didier, Paris 1970. 10 - Mimoune, Rabia : Le discours de la méthode dans le Monde Arabe, Actes du Colloque "Problématique et réception du Discours de la méthode et des Essais", Textes réunis par Henry Mechoulan. 11 - Taine : Les origines de la France contemporaine, De l’intelligence. o
عدد الصفحات ٢٣٦Revue Annales du patrimoine, N° 9, 2009, pp. 45 - 63 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2009 cissedlm@yahoo.fr © Université de Mostaganem, Algérie 2009 La justice divine selon Al Ghazali Dr Alphousseyni Cissé Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal Résumé : La justice divine se traduit chez Al-Ghazali par l'unicité de Dieu à travers Sa toute puissance et Sa sagesse qui se manifestent par l'ordre parfait de l'univers ensuite par la souveraineté de Dieu le Très-Haut qui a déterminé toute chose dans l'éternité à savoir les causes et les causés en va-t-il de même concernant le destin de l'homme, il est également déterminé sans induire pour autant celui-ci à la paresse et à la fa inéantise, bien mieux il est appelé à choisir la voie qu'il veut pour atteindre la félicité ici-bas et dans l'au-delà en s'appuyant sur la raison et la Loi divine. Mots-clés : justice divine, al Ghazali, unicité, Islam, loi. o The divine justice according to Al Ghazali Dr Alphousseyni Cissé Cheikh Anta Diop University of Dakar, Senegal Abstract: Divine justice is reflected in Al-Ghazali by the oneness of God through His omnipotence and His wisdom which is manifested by the perfect order of the universe then by the sovereignty of God the Most High who determined everything in eternity, namely the causes and the caused, does the same apply to the fate of man, it is also determined without inducing him to laziness, much better he is called to choose the path that he wants to achieve bliss here below and in the Hereafter by relying on reason and divine Law. Keywords: divine justice, al Ghazali, uniqueness, Islam, law. o Al-Ghazali dit : "On peut penser que l’injustice c’est faire mal (à quelqu’un) tandis que la justice c’est procurer un bienfait aux gens. Or il n’en est pas ainsi. Au contraire si un roi ouvre (les portes) des armureries, des bibliothèques et des trésors et qu’il distribue ces derniers aux riches, donne les armes aux savants et met à leur disposition les citadelles donne les livres aux soldats
عدد الصفحات ٢٣٧Dr Alphousseyni Cissé - 46 - Revue Annales du patrimoine et met à leur disposition les mosquées et les écoles, sans doute il a fait preuve de bonté toutefois il a mal fait et a dévié de (la voie) de l’équité dans la mesure où il a mis chaque chose à la place qui ne lui convenait pas. Tandis que s’il fait mal aux malades en leur donnant à boire des médicaments (amers) en leur appliquant des ventouses ainsi par force et qu’il punit les criminels par la peine capitale ou leur coupe la main ou bien les frappe du coup il s’est montré ju ste car il a mis les choses à la place qui leur convenait" (1). Par conséquent le juste dit-il c’est celui qui est équitable (al-'adil). Autrement dit c’est ce lui qui agit conformément à la raison et à la Loi divine selon lui. Car on ne peut connaître un homme juste que par son acte dit-il. Ainsi quiconque veut connaître Dieu en tant qu’Etre juste qu’il observe le royaume des cieux et de la terre dans leur ordre parfait ou plutôt qu’il considère son propre corps tout au moins pour se rendre compte de ses merveilles (ajaib badanih) qui sont dérisoires par rapport à celles des cieux et de la terre dit l’auteur (2). En effet l’équité divine se traduit ainsi par le fait que Dieu a rangé chaque chose dans le macrocosme comme dans le microcosme tel que le corps humain dans l’ordre qui lui convenait dit Al-Ghazali sans quoi il y aurait imperfection et une exposition aux défauts. Ainsi a-t-Il rangé la terre, dans le macrocosme au plus bas (asfala s-safilin) l’eau par-dessus l’air au-dessus de l’eau ensuite les cieux au-dessus de l’air à défaut de quoi leur ordonnancement serait vain selon lui. Par conséquent la justice divine ne signifie pas seulement chez Al-Ghazali un règlement de différends entre les hommes tel que cela a été ordonné à David (que la paix soit sur lui) pour ainsi dire en ces termes : "O David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion : sinon elle t’égarera du sentier d’Allah". (Coran, 38/26). Mais c’est surtout cette merveilleuse présence seigneuriale dans son équilibre (itidaliha) et son ordre parfait
عدد الصفحات ٢٣٨La justice divine selon Al Ghazali - 47 - N° 9, Septembre 2009 (intizamiha) qui permet de comprendre la justice de Dieu (le Très-Haut) pour quiconque réfléchit sur le royaume céleste et terrestre à l’instar d’Abraham (que la paix soit sur lui) d’après le Coran (cf. Coran, 6/75). Du coup on se rend compte que Dieu est généreux (jawad). Et si l’on a du mal à comprendre cela dit l’auteur que l’on réfléchisse do nc sur son propre corps comme nous l’avons déjà souligné. Mais cela est impossible pour quiconque est submergé par le désir de ce bas monde et soumis à la cupidité (al-hars) ou asservi par la passion (al-hawa) dit Al- Ghazali. Selon lui les noms divins qui dérivent des actes ne sauraient être compris que si l’on se fonde au préalable sur la connaissance ou la compréhension de ces actes eux-mêmes (3). Par ailleurs la balance ne symbolise pas par hasard la justice si on se réfère à ce qu’en dit Al-Ghazali. En effet selon lui la balance est d’origine coranique donc spirituelle et rationnelle. Voici ce qu’il en dit : "Quiconq ue reçoit son enseignement du Messager d’Allah juge selon la ba lance divine, et quiconque s’en écarte et suit l’opinion (ar-ray) et l’analogie (al-qiyas) est égaré et perdu (tarda)" (4). Certes Dieu dit à ce propos : premièrement : "et pesez avec la balance exacte" (Coran, 17/35) ; deuxièmement : "Et Il a établi la balance afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée donnez (toujours) le poids exact et ne faussez pas la pesée" (Coran, 55/1-9) ; troisièmement : "Nous avons effectivement envoyé Nos messagers avec des preuves évidentes et fait descendre avec eux le Livre et la balance afin que les gens établissent la justice". (Coran, 57/25). Cette balance sert à connaître Dieu (le Très-Haut), Ses anges, Ses livres, Ses messagers, Son royaume apparent et caché ( m a l a k u t i h ) a f i n q u e d u c o u p o n c o n n a i s s e l a m o d a l i t é d e l a pesée par l’intermédiaire des prophètes de même que ces derniers le savent par l’intermédiaire des anges. Tandis que Dieu est le Premier Maître, le deuxième étant Gabriel et le Messager (que Dieu le bénisse et le salue) étant le troisième maître. Toutes
عدد الصفحات ٢٣٩Dr Alphousseyni Cissé - 48 - Revue Annales du patrimoine les créatures apprennent par l’intermédiaire des Messagers, elles n’ont pas d’autre voie en dehors de ces derniers(5). Certes selon Al-Ghazali la balance divine fait découvrir les merveilles de l’univers et met fin aux propos du contradicteur ainsi que l’a fait Abraham (que la paix soit su r lui) face à Némrod(6). Autrement dit la balance est un critère de jugement rationnel et spirituel selon l’auteur ainsi que nous l’avons noté et un mode de connaissance des réalités divines. Elle nous fait comprendre l’unicité de Dieu (le Très-Haut) (7) à qui tout dans l’univers est soumis et gouverné par Sa puissance et Sa sagesse, par conséquent dit Al-Ghazali on ne doit injurier ni le temps (ad- dahr) ni rapporter les choses au x astres concernant sans doute leurs probables influences sur no s destins, ni nous opposer au décret divin comme on a l’habitude de le faire souligne t-il (8). Toutefois les planètes et les astres tels que le soleil et la lune influent sur les évènements qui sont adventés sur la terre selon Al-Ghazali. En effet l’alternance des quatre saisons est due aux mouvements du soleil qui évolue selon un calcul connaissable dit- il, à la base du Coran. Certes Dieu (le Très-Haut) a instauré les causes dans l’éternité de manière immuable de sorte que si on les connaît on peut prévoir leurs effets. C’est par exemple le cas de la prévision de l’éclipse du soleil dont la négation est rejetée par Al-Ghazali (9). Or on peut dire que ces changements climatiques sur la terre qui sont ainsi dus à l’évolution du soleil ont des conséquences sur la vie de l’homme de manière évidente. Cependant ils n’influent pas sur son destin qui est déterminé dans l’éternité selon Al-Ghazali (10). En effet l’homme n’agit qu’en fonction de ce qui est déterminé pour lui dans l’éternité : s’il est destiné à être heureux il sais ira les causes établies dans l’éternité concernant l’acquisition de la félicité, s’il est destiné à être malheureux il sera satisfait d’être paresseux et fainéant ce qui est une cause de son châtiment éternel ainsi que la piété et le libertinage sont des causes de la félicité et du châtiment
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