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ISSN 1112-5020 *** AAnnnnaalleess dduu PPaattrriimmooiinnee Revue académique annuelle en libre accès dédiée aux domaines du patrimoine et de l'interculturalité 1212 20122012  Publication de l'Université de Mostaganem, Algérie

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© Annales du patrimoine, Université de Mostaganem (Algérie) AAnnnnaalleess dduu PPaattrriimmooiinnee Revue académique annuelle dédiée aux domaines du patrimoine Editée par l'Université de Mostaganem NN°° 1122,, SSeepptteemmbbrree 20122012

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Annales du patrimoine, University of Mostaganem, Algeria N° 12, September 2012 Comité éditorial *** Directeur de la revue Mohammed Abbassa (Responsable de la rédaction) Comité consultatif Larbi Djeradi (Algérie) Slimane Achrati (Algérie) Abdelkader Henni (Algérie) Edgard Weber (France) Zacharias Siaflékis (Grèce) Mohamed Kada (Algérie) Mohamed Tehrichi (Algérie) Abdelkader Fidouh (Bahreïn) Hadj Dahmane (France) Amal Tahar Nusair (Jordanie) Correspondance Revue Annales du Patrimoine Faculté des Lettres et des Arts Université de Mostaganem Algérie Email annales@mail.com Site web http://annales.univ-mosta.dz Dépôt légal 1975-2004 ISSN 1112-5020 La revue paraît deux fois par an en papier et en ligne

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- 4 - Normes de publication Les auteurs doivent suivre les recommandations suivantes : 1) Titre de l'article. 2) Nom de l'auteur (prénom et nom). 3) Présentation de l'au teur (son titre, son af filiation et l'université de provenance). 4) Résumé de l'article (15 lignes maximum). 5) Article (15 pages maximum, format A4). 6) Notes de fin de document (Nom de l'auteur : Titre, édition, lieu et date, tome, page). 7) Adresse de l'auteur (l'adresse devra comprendre les coordonnées postales et l'adresse électronique). 8) Le corps du texte doit être en Times 12, justifié et à simple interligne et des marges de 2.5 cm, document (doc ou rtf). 9) Les paragraphes doivent débuter par un alinéa de 1 cm. 10) Le texte ne doit comporter aucun caractère souligné, en gras ou en italique à l'exception des titres qui peuvent être en gras. Ces conditions peuvent faire l'objet d'amendements sans préavis de la part de la rédaction. Pour acheminer votre article, envoyez un message par email, avec le document en pièce jointe, au courriel de la revue. La rédaction se réserve le droit de supprimer ou de reformuler des expressions ou des phrases qui ne conviennent pas au style de publication de la revue. Il est à noter, que les articles sont classés simplement par ordre alphabétique des noms d'auteurs. La revue paraît au mois de septembre de chaque année. Les opinions exprimées n’engagent que leurs auteurs. o

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Revue Annales du patrimoine, N° 12, 2012 ISSN 1112-5020 - 5 - Sommaire Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Soumya Ammar-Khodja Dr Naziha Benbachir 7 Le mausolée support de pratiques rituelles dans la ville contemporaine Monia Bousnina 19 Molière dans le théâtre algérien Dr Hadj Dahmane 33 Influence de l’enseignement des langues étrangères sur la transmission de la culture Dr Mahboubeh Fahimkalam 47 Méditation sur les mystères de la création Paul Valéry et Omar al Khayyâm Dr Mohammad Reza Mohseni 61

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Revue Annales du patrimoine

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Revue Annales du patrimoine, N° 12, 2012, pp. 7 - 18 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2012 nazihabenbachir@yahoo.fr © Université de Mostaganem, Algérie 2012 Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Soumya Ammar-Khodja Dr Naziha Benbachir Université de Mostaganem, Algérie Résumé : L'article présenté porte sur l'analyse d'un récit autobiographique de l'écrivain Soumya Ammar- Khodja. L'auteure revient dans son texte sur sa trajectoire linguistique, elle évoque les différentes périodes de sa vie au contact des langues. Ainsi, nous allons te nter dans ce travail de confronter le cheminement linguistique de Soumya Am mar-Khodja à la structure narrative du récit de Vladimir Propp qui a été d' ailleurs reprise de manière intéressante dans le champ de la sociolinguistique. Mots-clés : langues, narration, bilinguisme, sociolinguistique, récit. o Bilingualism in the autobiographical narrative of Soumya Ammar-Khodja Dr Naziha Benbachir University of Mostaganem, Algeria Abstract: The article presented deals with the analysis of an autobiographical account by the writer Soumya Ammar-Khodja. The author returns in her text on her linguistic trajectory, she evokes the different periods of her life in contact with languages. Thus, in this work, we will try to compare Soumya Ammar-Khodja's linguistic developmen t with the narrative structure of Vladimir Propp's story, which has also been taken up in an interesting way in the field of sociolinguistics. Keywords: languages, narration, bilingualism, sociolinguistics, narrative. o Notre article s'intéresse à ce que peut nous révéler un récit autobiographique, où l'auteure va s'interroger sur la façon dont elle fait émerger sa relation avec ses langues. Une des spécificités de l'autobiographie langagière est d'opter pour une perspective mettant en évidence le rapport à la

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Dr Naziha Benbachir - 8 - Revue Annales du patrimoine langue ou aux langues des autobiographes et biographés (Perrégaux, p. 31). Notons que le récit autobiogra phique montre un sujet en travail, en mouvement qui cherche à donner du sens à son expérience. Ainsi, il ne se cantonne pas à une narration chronologique des évènements, il rend compte des liens affectifs et symboliques entre l'auteur et ses langues. Et plus particulièrement, le récit de l’écrivain migrant est partie prenante avec ses repères, ses lectures des évènements et ses témoignages. Ainsi, le récit n’est pas que narration, il devient également construction et dans ce processus de construction personnelle de l’histoire, la mémoire sociale et collective est constamment sollicitée. Pour Deprez derrière les récits divers, se donne à voir, un certain nombre de "séquences ac tions (certaines obligatoires, d'autres facultatives, certaines détaillées, d'autres elliptiques) dont l'enchaînement est guidé par la chronologie des évènements vécus" (Deprez, p. 42). Deprez reprend une référence intéressante hors du champ sociolinguistique et se réfère à Propp et à sa description de la structure du conte (1). Christine Deprez reprend la structure narrative qu’elle modifie légèrement pour en faire une trame narrative : 1 - Trame narrative "Deprez" : 1. Avant : Motivations de la migration (+/- raisons invoquées, causes tues, connivences ou connaissances partagées avec l'auditeur), Décision (+/- hésitations, conseils, exemples). L'évènement : Départ effectif (+/- préparatifs, émotions), Le voyage (+/- détails), (+/- l'arrivée : premières impressions).

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Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Ammar-Khodja - 9 - N° 12, Septembre 2012 2. Après : Apparition des premières difficultés. C’est cette approche que nous avons choisie ici, qui prend en compte l'ensemble du récit po ur y chercher des régularités, qui seront, étant donné le caractère singulier des autobiographies, essentiellement des régularités structurelles. L’autobiographie qui nous intéresse ici est celle de Soumya Ammar Khodja, une écrivaine algérienne, née au Maroc. Elle a vécu à Fez, à Rabat puis en Algérie où elle s’est installée avec sa famille. Elle a également enseigné la littérature au département de français de l’université d’Alger. En 1994, l'auteure quitte l’Algérie et s’installe en France où elle anime des ateliers d’écriture dans le milieu associatif. Aussi, elle est l’auteure de critiques littéraires et de recueils de poésie. Le récit sur lequel nous allons nous pencher est le texte d'une conférence présentée par Soumya Ammar-Khodja à Prague en 2004 (2). Le texte s’intitule "L’ori ent tressé à l’occident" (3), une métaphore qui met en jeu deux univers différents à savoir l’Orient et l’Occident et qui fait allusion à deux univers linguistiques différents mais liés et entrelacés. Ce qui va nous occuper d'abord est la structure narrative qui prend forme dans ce récit. La description de "l’avant" de Soumya Ammar Khodja se situe au Maroc, où elle est née, et où elle a passé une partie de son enfance et de sa scolarité maternelle et primaire. Par contre, "l’après" du récit est en Algérie, un retour définitif et une migration qui a marqué l’enfance de l’auteure, son adolescence et même sa vie d’adulte ; ce départ a surtout marqué son itinéraire linguistique, bouleversé sa vie avec les langues et a modifié son bilinguisme. M’inscrivant dans une perspective plutôt sociolinguistique, j’ai choisi d’étudier ces fragments illustratifs de la réalité sociolinguistique de l’auteure avant son départ du Maroc et après

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Dr Naziha Benbachir - 10 - Revue Annales du patrimoine son arrivée en Algérie. 2 - L’avant "une enfance au Maroc" : 1. Un bilinguisme harmonieux : "L’avant" de l’auteure correspond selon ses premiers propos à "une ambiance linguistique". Le mot ambiance renvoie à un état d’équilibre et d’harmonie. L'auteure vivait au sein d'une famille mixte "d'un père algérien et d'une mère marocaine, elle-même fille d'un Suisse et d'une Allemande". 2. Le répertoire verbal (4) individuel/familial : Ses deux parents parlaient et écrivaient le français, ils parlaient également l'arabe dialectal et écrivaient l’arabe classique que l'auteur désigne de "fusha". En l'occurrence, l'arabe est la langue de la majorité des Algériens et des Marocains. Nous pouvons à l'instar de Taleb- Ibrahimi (1997) distinguer trois variétés : l'arabe classique (5), l'arabe moderne(6) et l'arabe dialectal(7). L'auteure évoque les deux variétés de l'arabe (AD) et (AC) qui renvoient selon ses propos à une situation diglossique(8) : "Mes deux parents étaient bilingues, plus précisément trilingues en tenant compte de la diglossie de l'arabe". D'ores et déjà, nous pouvons qualifier l'ambiance linguistique familiale de l'auteure de plurilingue (9), dans la mesure où plusieurs langues cohabitent dans son espace familial à savoir l'arabe dialectal, l'arabe cl assique et le français et où la place de choix revient à l'arabe dialectal. 3. Les langues premières : Dans son récit autobiographique, l'auteure ne manque pas d'évoquer "sa première langue", celle que les parents utilisent avec elle ainsi "La première langue qu'ont utilisé mon père et ma mère pour me parler a été l'arabe dialectal avec ses deux accents différents, algérien et marocain". Le français fait également partie de ce paysage linguistique d'ailleurs notre auteur s'est familiarisé très tôt avec cette langue. Le français "était conjointement utilisé au même titre que l'arabe

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Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Ammar-Khodja - 11 - N° 12, Septembre 2012 dialectal". 4. Pratique littéraciée précoce : L'enfance de Soumia Ammar Khodja était également marquée par une pratique littéraciée précoce ainsi elle disait : "J'ai été très tôt lectrice". Les livres étaient un objet familier, c'étaient "des viatiques(10) dans tous les sens du terme". Effectivement "L'écrit (notamment dans d'autres langues que celle de l'école) joue un rôle important dans les stratégies sociales de rattachement aux langues, dans leurs délimitations verbalisées, dans l'identification et l'imposition de normes valides pour le groupe". (Moore, 2006) 5. Scolarité précoce en français et en arabe : En fait, la première scolarisat ion de l'auteur s'est réalisée dans une école maternelle dans la ville de Rabat. Un parcours qui s'est prolongé après dans une école publique où on dispensait des cours bilingues : "la matinée l'arabe et l'après-midi en langue française". Ce sont essentiellement ces deux langues qui ont bercé l'enfance de l'auteure et qui attestent d'une dynamique plurilingue dominée par l'utilisation de l'arabe et du français. 3 - Premier déplacement à Fès "première épreuve" : Par ailleurs, le déplacement de la famille de Rabat à Fès va marquer un changement dans sa trajectoire scolaire. Faute de place, elle va être inscrite dans une école primaire où l'arabe n'a pas de place et où il fallait "mettre un trait", selon ses termes, sur l'enseignement bilingue. Ainsi elle disait : "Il ne fut alors plus question d'enseignement bilingue. L'administration devait, pendant l'année, introduire un vague enseignement d'arabe après les cours non obliga toires... je n'en garde aucun souvenir". Le déséquilibre évoqué au cours de cette période est relatif à l'enseignement bilingue et plus particulièrement à l'absence de la langue arabe du cursus. Un e situation qui n'a pas affecté durement l'auteure, puisqu'elle se trouvait encore en terre

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Dr Naziha Benbachir - 12 - Revue Annales du patrimoine marocaine. L'ambiance évoquée depuis le début du récit atteste d'un bilinguisme familial vécu harmonieusement par l'auteur. Un bonheur de courte durée, puisque la famille de Soumya Ammar- Khodja va rentrer définitivement en Algérie. Cette migration va-t-elle affecter sa relation avec les langues ? Comme au Maroc, en Algé rie on utilise aussi l'arabe et le français ; sauf que l'Algérie pr ésentait à l'époque un contexte sociopolitique (11) différent du Maroc. 4 - L'après "premières épreuves" : 1. Dégradation du bilinguisme : Les premières épreuves apparaissent dans les premières phrases de son récit. En effet, la première difficu lté que l'auteure rencontre se répercute sur sa scolarité ; un cursus scolaire qu'elle qualifie de "médiocre", l'adjectif rend bien compte de la réalité. Une situation qui n'est pas inhérente au système scolaire algérien, c'est bien le départ définitif qui crée le trouble, d'ailleurs, elle le résume bien dans cette phrase : "Les adultes ne s'imaginaient pas qu'une enfant qui n'avait pas tout à fait huit ans pût souffrir sans qu'elle le sût vraiment elle-même d'un départ, d'un déplacement d'un pays à un autre". Il en résulte une cassure, une "prescience et une impossibilité de retour qui s'étaient répercutées sur ma scolarité". Les propos attestent d'une rupture dont les conséquences vont être perceptibles dans sa trajectoire scolaire. Donc le départ du Maroc à l'Algérie est bien l'évènement marquant qui va influencer son cheminement linguistique. Sachant que la migration entraîne chez les sujets la perte de repères entre autre identitair es. L'identité des individus qui émigrent à l'âge adulte est déjà largement construite. Qu'en est-il des enfants ? Qui sont sujets à de s évolutions. Il est certain que ce développement va affecter largement l'auteure qui n'a que

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Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Ammar-Khodja - 13 - N° 12, Septembre 2012 huit ans. 2. première tentative de réparation : La pratique de la littéracie a visiblement aidé l'auteure à "adoucir" l'impression négative qu'elle avait eue au cours de cette période. En témoigne ce passage : "De cette première année scolaire en Algérie, je ne garde pas un bon souvenir. L'impression négative en est pourtant adoucie par le plaisir que j'ai eu à lire, forcément en français". Ce départ coïncide avec l'indépendance de l'Algérie, un autre évènement historique majeur qui va encore affecter le cursus scolaire de l'auteure. Puisqu'on va introduire l'enseignement de la langue arabe, en effet "cette année 1962-1963, alors que l'Algérie sortait d'une guerre de presque huit années, j'ai eu une enseignante de langue arabe". L'introduction de la langue arabe au cours de cette année n'a pas été d'une grande portée comme le signalait ci-dessus l'auteure. Apparemment, l'indépendance politique n'a pas été suivie par une indépendance linguistique. On continuait à enseigner l'histoire de la France : "En Algérie donc, en cette première année d'indépendance le livre d'hi stoire de France était encore là". Cette contradiction va nourri r la passion de l'auteure pour l'histoire de la France, qu'elle désigne elle-même de "basculement fertile". 3. Le collège bilingue : Le passage au collège au cours de cette période mouvementée est marqué par un enseignement bilingue, mais sans incidence majeure sur notre auteure. Bien que cette période soit marquée par l'arabisation de l'histoire cela n'empêchait pas l'enseignement en français de la géographie et des sciences. Au lycée le français est encore présent plus que la langue arabe, qui n'est même pas citée.

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Dr Naziha Benbachir - 14 - Revue Annales du patrimoine Cette domination est justifiée par la filière littéraire : "j'ai été une littéraire. Au lycée, de la classe de seconde à la première, les auteurs enseignés ont été Voltaire, Rousseau, Molière, Zola, Musset, Baudelaire, Rimbaud". Dans cette longue liste, figure un seul auteur algérien Mohamed Dib (12). L'auteure ne manque pas de si gnaler qu'à cette période la plupart des enseignants étaient po ur la plupart d'entre eux des Français dont elle : "garde un très bon souvenir de leur enseignement où la passion littéraire n'était pas absente". Nous constatons que la passion pour le français et pour la littérature, a été renforcée par une pratique littéraciée en français au centre culturel français de Constantine (CCF) qui était "son grand pourvoyeur de livres". Une pratique partagée avec sa maman ainsi : "j'empruntais pour moi et ma mère. Nous avons lu les auteurs que nous affectionnons. La série des Rougon-Macquart fit partie de ce compagnonnage et de ce partage. J'avais de la tendresse pour Zola. "La pratique de la lecture bien qu'elle soit ancienne elle a permis le rapprochement avec sa mère". Cette proximité affective avec le français n'a pas été facilité avec la langue arabe effectivement : "Il n'a pas été de même dans l'enseignement dans la langue arabe" où le prêt du livre en classe était inexistant, une pratique inconnue en Algérie qui "ne possédait peut être pas encore les moyens de son programme d'arabisation". Une distance qui a été renforcée par une pratique d'enseignement "plutôt aride où le plaisir esthétique était quasi envisageable", voire même "pragmatique et très intimidante". 4. Une terminale bilingue "la reconquête du bilinguisme" : En classe de terminale la philosophie a été arabisée, un enseignement qui a été enrichi par la lecture de textes philosophiques en français sur les conseils "de mon père, j'ai enrichi mes cours de philosophie en langue arabe de la lecture de

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Le bilinguisme dans le récit autobiographique de Ammar-Khodja - 15 - N° 12, Septembre 2012 textes en langue française des annales de baccalauréat en français". L'auteure ira jusqu'à qualifier cette année de "belle année" de "bilinguisme vivant et passionnant". Désormais, la lecture en arabe et en français des textes de philosophie a permis d'établir un équilibre longtemps freiné depuis son départ définitif du Maroc. Le départ du Maroc en Algérie avait largement déstabilisé l'auteure. Il n'a pas été sans conséquence sur sa vie et sur sa trajectoire linguistique. Il ne faut pas non plus oublier la scolarisation algérienne qui a nourri la contradiction. En dépit de son indépendance le pays continuait à enseigner le français ; l'arabe n'avait pas le "droit de cité" nous pourrons dire qu'il subissait une marginal isation due à cette période de transition et de préparation hâtive. 5. L'université : L'attachement au français va notamment se matérialiser avec une inscription en licence de français. Il est évident que le parcours sera en français, que les écrivains étudiés seront des Français mais cela n'empêchait pas d'avoir dans le programme des écrivains algériens de langue française ou d'avoir parmi les enseignants de jeunes enseignants algériens. Il y avait aussi un module de langue arabe obligatoire mais qui n'avait aucune importance. Tous ces faux-adjuvants ne vont pas aider à rapprocher l'auteure de la langue arabe et à rétablir l'équilibre du bilinguisme. Evoquant son parcours universitaire l'auteure revient sur sa relation avec la langue arabe classique. Une familiarité sonore et acoustique qui remonte à l'adolescence et à la jeunesse : "d ans l'écoute du Coran, de la façon la plus belle. La voix d'Abd as Samad, l'un des plus grands récitants du monde arabe, s'élevait dans des matins de lumière, imprégnant mon imaginaire".

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Dr Naziha Benbachir - 16 - Revue Annales du patrimoine Cette proximité a été maintenue grâce aux médias égyptiens notamment à travers les films et les chanteurs de l'époque. L'auteure n'oublie pas non plus de parler de l'arabe dialectal "langue hors du carcan scolaire", c'est la langue du savoir-être, du savoir-faire, de sa jeunesse et de sa vie à Constantine. Bien que ces deux langues (AC) et (AD) soient absentes (ponctuellement pour l'AC) du paysage scolaire, elles étaient présentes dans la vie de tous les jours. Nous constatons que le bilinguisme individuel et social de Soumya Ammar-Khodja, n'a pas été pris en charge par l'institution scolaire qui a été le principal opposant. 5 - L'écriture et le bilinguisme : On notera aussi que c'est dans l'écriture-fiction de la nouvelle "Rien ne manque" que l'auteure s'est rendue compte que quelque chose lui manquait (13). Une nouvelle écrite en terre d'exil "car, hormis une nouvelle écrite en Algérie, toutes étaient composées en France, pays où je pratique l'arabe de mon enfance et de ma jeunesse". Cette nouvelle écrite dans un contexte géographique en l'occurrence en terre occidentale a servi à rétablir l'équilibre avec l'Orient. Finalement, l'entrelacement des deux langues se réalise en terre d'exil, où l'auteur évoque "un bilinguisme végétal" présent à travers l'emprunt des paysages et des motifs maghrébins : "corail, gazelle, jasmin, ambre, calligraphie". C'est aussi en terre d'exil qu'elle insère des mots en arabe qui lui procure "un état de réflexion et de jubilation". Ce bilinguisme la place dans une situation de supériorité, ainsi en héroïne "mon plaisir est grand quand les lecteurs, n'ayant aucune connaissance de l'arabe, me désignent les phrases habitées et me disent elles sont poétiques". C'est bien l'accomplissement d'une quête longtemps désirée.

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