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مجلة حوليات التراث العدد 18 2018 مستغانم

Med Alg

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Famille chaouie et interculturalité - 45 - N° 18, Septembre 2018 chaouie est peu utilisée. Alors que l’Aurès est resté une région sous-administrée et sous-scolarisée à l’écart des grandes voies de communication et d’information ; les élites locales de formation moderne y étaient pratiquement inexistantes, contrairement à la Kabylie (27). En matière de langue, les références parues depuis 1962 se comptent sur les doigts de la main (28). D’après les statistiques entre 1913 et 1966 la population chaouie aurait diminué en proportion de plus de la moitié en un demi-siècle, ce qui est évidemme nt inconcevable, même si l’on doit tenir compte d’un important exode rural, ou bien les chiffres sont très fortement surestimés (29). Dans ce sens Salem Chaker confirme que ce n’est guère que depuis une quinzaine d’années que l’on perçoit un mouvement net de référence à l’identité berbère en milieu aurassien, il se traduit notamment dans l’émer gence de la chanson chaouie moderne dans laquelle la thém atique identitaire est très présente (30). D’autant que le bilinguisme be rbère/arabe est très général dans cette région, même en milieu féminin et que jusqu'à ces toutes dernières années, la fierté linguistique berbère était un phénomène rare chez les aurassiens, bien au contraire ils éprouvaient un grand complexe d’infériorité linguistique devant les arabophones ce complexe est chez les hommes et chez les femmes ce qui les poussent a évit er d’utiliser leur langue en dehors de leur communauté, cela est le troisième point qui explique aussi pourquoi le chaoui en tant que langue n’est pas présente fortement. Basé sur tout ce qu’on a essayé de révéler et d’analyser, la famille chaouie constitue un modèle d’une société traditionnelle en vue des pratiques culturelle s, qui se veut moderne, son quotidien prouve une ouverture certes relative qui se concrétise à travers les notions de la sociabilité et la cohabitation (les chaouis se marier avec des étrangères, des femmes qui ne sont

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Dr Leila Boutamine - 46 - Revue Annales du patrimoine pas forcément d’origine chaouie) ceci dit, l’existence d’une interaction entre la culture d’orig ine et la culture de l’autre en particulier sa langue ce qui explique, entre autres, l’interculturel et la naissance de l’être interculturel. Cette manière d’être au monde de vivre sa modernité à partir de sa tradition, entre l’ici et l’ailleurs elle caractérise la même volonté de changement chez les jeunes Chaouis qui utilisent le même type d’inter langue, qui choisissent le même type de prénoms, qui adoptent les mêmes attitudes à l’encontre des cultures qui les font. Notes : 1 - Fouad Soufi : Famille, femmes, hi stoire, notes pour une recherche, Insaniyat, N° 4, Oran 1998, pp. 109-118. 2 - Souad Khodja : A comme Algériennes, ENAL, Alger 1991, p. 80. 3 - Amine Maalouf : Les identités meurtrières, Ed. Grasset, Paris 1998. 4 - Pierre Bourdieu : A propos de la famille comme catégorie réalisée, Actes de la recherche en sciences sociales, N° 100, 1994, pp. 18-42. 5 - Pierre Bourdieu : Sociologie de l’Algérie, P.U.F., Paris 1988. 6 - Ibid., p. 76. 7 - Emile Masqueray : Traditions de l’Aourâs oriental, Bulletin de Correspondance Africaine, III, Paris 1885, pp. 72-110. 8 - Khadidja Adel : Femmes de l’Aurès et espace, Actes de l’atelier femmes et développement, Ed. CRASC, N° 18-21, Oran 1994. 9 - Mathéa Gaudry : La femme chaouia de l’Aurès, Ed. Chihab Awal, 1998, pp. 72-80. 10 - Pierre Bourdieu : op. cit., pp. 40-42. 11 - Khadidja Adel : op. cit., p. 48. 12 - Souad Khodja : op. cit., pp. 53-55. 13 - Leila Boutamine : Les femmes cadres, Cahiers de CRASC, N° 2, Oran 2000. 14 - Pierre Bourdieu : op. cit. 15 - Pierre Bourdieu : La domination Masculine, Ed. du Seuil, Paris 1998. 16 - Pierre Bourdieu : op. cit., pp. 86-102. 17 - Pierre Bourdieu : Esquisse d’une théorie de la pratique, Ed. du Seuil, Paris 1972, pp. 49-54. 18 - Fouad Soufi : op. cit., p. 77. 19 - Amine Maalouf : op. cit., p. 33. 20 - Denise Jodelet : Représentation s sociales, un domaine en expansion,

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Famille chaouie et interculturalité - 47 - N° 18, Septembre 2018 P.U.F., Paris 1989, p. 88. 21 - Madeleine Grawitz : Méthodes des sciences sociales, Ed. Dalloz, Paris 1985. 22 - Ibid., p. 201. 23 - Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad : Le Déracinement, la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, Ed. Minuit, Paris 1964, p. 26. 24 - Claude Lévi-Strauss : Introduction à l’anthropologie structurale, Ed. Plon, Paris 1958, p. 110. 25 - Mathea Gaudry : op. cit., p. 40. 26 - Henri Basset : Essai sur la littérature des Berbères, Alger 1920, p. 38. 27 - Salem Chaker : Le dialecte berbèr e des Aurès, (Le chaoui), Article paru dans l’encyclopédie berbère, Algérie, fascicule VII, 1984, pp. 1162-1169. 28 - Emile Masqueray : Documents historiques, recueillis dans l’Aurès, in Revue Africaine, N° 122, Alger 1877, pp. 72-101. 29 - Salem Chaker : op. cit. 30 - Ibid. Références : 1 - Adel, Khadidja : Femmes de l’Aurès et espace, Actes de l’atelier femmes et développement, Ed. CRASC, N° 18-21, Oran 1994. 2 - Basset, Henri : Essai sur la littérature des Berbères, Alger 1920. 3 - Bourdieu, Pierre et Abdelmalek Sa yad : Le Déracinement, la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, Ed. Minuit, Paris 1964. 4 - Bourdieu, Pierre : Esquisse d’une th éorie de la pratique, Ed. du Seuil, Paris 1972. 5 - Bourdieu, Pierre : La domination Masculine, Ed. du Seuil, Paris 1998. 6 - Bourdieu, Pierre : Sociologie de l’Algérie, P.U.F., Paris 1988. 7 - Bourdieu, Pierre : A propos de la famille comme catégorie réalisée, Actes de la recherche en sciences sociales, N° 100, 1994. 8 - Boutamine, Leila : Les femmes cadres, Cahiers de CRASC, N° 2, Oran 2000. 9 - Chaker, Salem : Le dialecte berbère des Aurès, (Le chaoui), Article paru dans l’encyclopédie berbère, Algérie, fascicule VII, 1984. 10 - Gaudry, Mathéa : La femme chaouia de l’Aurès, Ed. Chihab Awal, 1998. 11 - Grawitz, Madeleine : Méthodes des sciences sociales, Ed. Dalloz, Paris 1985. 12 - Jodelet, Denise : Représentation s sociales, un domaine en expansion, P.U.F., Paris 1989. 13 - Khodja, Souad : A comme Algériennes, ENAL, Alger 1991. 14 - Lévi-Strauss, Claude : Introduction à l’anthropologie structurale, Ed. Plon, Paris 1958.

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Dr Leila Boutamine - 48 - Revue Annales du patrimoine 15 - Maalouf, Amine : Les identités meurtrières, Ed. Grasset, Paris 1998. 16 - Masqueray, Emile : Documents histor iques, recueillis da ns l’Aurès, in Revue Africaine, N° 122, Alger 1877. 17 - Masqueray, Emile : Traditions de l’Aourâs oriental, Bulletin de Correspondance Africaine, III, Paris 1885. 18 - Soufi, Fouad : Famille, femmes, hi stoire, notes pour une recherche, Insaniyat, N° 4, Oran 1998. o

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Revue Annales du patrimoine, N° 18, 2018, pp. 49 - 67 P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945 Reçu le : 8/12/2017 - Accepté le : 19/3/2018 moussacamara70@yahoo.fr © Université de Mostaganem, Algérie 2018 De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau chez Michel Butor et Claude Simon Dr Moussa Camara Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal Résumé : Les romans de Michel Butor et de Claude Simon sont traversés par de multiples signes et symboles qui renvoie nt à l’Egypte. Cette sémiotique variée qui retrace la culture, les sciences, la religion et les arts qui ont bercé les premières civilisations du monde, trouvent leurs sources en Afrique. Ainsi ce patrimoine d’une richesse incommensura ble rend actuelle la question du berceau des civilisations. Cela est suggéré par des signes graphiques qui irriguent la fiction parfois mêlée à des références historiques débridées et phagocytées par la narration. L’analyse herméneutique des textes révèle ainsi deux auteurs qui par leurs œuvres part icipent à la réhabilitation de la mémoire universelle. Mots-clés : Afrique, berceau, civilisation, Egypte, patrimoine, sémiotique. o From Egyptian semiotics to cradle signs of Michel Butor and Claude Simon Dr Moussa Camara Cheikh Anta Diop University of Dakar, Senegal Abstract: The novels of Michel Butor and Clau de Simon are crossed by multiple signs and symbols that refer to Egypt. This varied semiotics which traces the culture, sciences, religion and the arts which cradled the first civilizations of the world, finds its sources in Africa. This immeasurably rich heritage thus makes the question of the cradle of civilizations topical. This is suggested by graphic signs that irrigate the fiction sometimes mixed with historical references unbridled and phagocytosed by the narrative. The hermeneutical analysis of the texts thus reveals two authors who through their works participate in the rehabilitation of universal memory. Keywords: Africa, cradle, civilization, Egypt, heritage, semiotics. o

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Dr Moussa Camara - 50 - Revue Annales du patrimoine Michel Butor et Claude Simon, tous profondément liés à l’Afrique coloniale, l’un pour avoir enseigné à Minieh en Egypte, l’autre pour être né de parents colons, à Antanarivo au Madagascar et qui y a vécu, traduisent leur expérience dans leurs récits. Mieux, ils ressuscitent, à travers leurs ouvrages, l’histoire d’un continent, qui à travers l’Egypte se révèle comme le berceau de l’humanité, à travers les arts, les lettres, la religion, les mathématiques et en particulier la géométrie. Ainsi, à l’image de Cheikh Anta Diop, de Théo phile Obenga et d’Aboubacry Moussa Lam, sur les traces de Hé rodote, Michel Butor et Claude Simon à travers "La Modification" (1957) et "La Route des Flandres" (1960) semblent porter le combat de la mémoire collective et de la reconnaissance du rôle de l’Afrique dans la civilisation de l’universelle. Hérodote, si l’on en croit Laurent Coulon, Pascale Giovannelli-Jouanna et Flore Kamel-Cauzet qui, à travers un travail collectif intitu lé "Hérodote et l’Egypte. Actes de la journée d’étude organisée à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée à Lyon le 10 mai 2010", montre l’apport de l’Egypte sur le plan scientifique. Leurs recherches réconfortent Cheikh Anta Diop, l’auteur de "Nations nègres et culture" (1955) et de "Civilisation ou barbarie" (1981). L’importance de ces études historiques étant avérées, il reste à voir comment Michel Butor et Claude Simon donnent forme sous l’angle littéraire à ce débat qui nourrit encore d’amples réflexions. Par l’analyse du discours et l’herméneutique de la sémiotique égyptienne, il s’agira pour nous de psychanalyser les textes de ces deux romanciers, pour révéler ce qui a été longtemps occulté, au détriment du continent africain, voire de l’humanité toute entière. La psychanalyse des textes de Michel Butor et de Claude Simon dévoile une "sémiotique" (1) féconde qui met en évidence la récurrence plus ou moins voilée de figures géométriques, de signes symboliques d’une lointaine Egypte, ainsi qu’une approche indirecte de l’Afrique comme berceau de l’humanité. Dès lors, la psychocritique des textes nécessitera l’interdisciplinarité faisant

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De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau - 51 - N° 18, Septembre 2018 intervenir littéraires et histor iens. Alors comment aborder ce compagnonnage dans cet article par lequel on interroge les signes des origines ? Quelle lecture faut-il apporter aux figures et formes du berceau ? Quel paradigme sémiotique et quel impact cela engendre-t-il sur la mémoire collective universelle ? 1 - L’Egypte une arche ou la bercegyptologie : Les vocables "arches"(2) et "bercegyptologie"(3) renvoient à un programme narratif qui met en exergue la question des origines. Une lecture fouillée des romans butorien et simonien laisse percevoir une métaphore filée de figures géométriques (4) vaguement cachées sous des plans (5), avant de se préciser peu à peu. Le couple qui partage avec Léon Delmont - le héros du roman de Butor - le même compartiment du train qui quitte Paris en direction de la capitale italienne, déplie de temps à autre le plan de Rome et celui d’une vi lle inconnue, plus adaptée aux voyages de noces. De même, les personnages de Claude Simon, piégés par la guerre, obéissent ma lgré eux, au jeu de plans : "des renseignements pour l’ennemi, des plans, des cartes" qui détiennent les clefs et les stratégies à mettre en œuvre. Progressivement, tout au long de s deux récits transparaît une géométrie variable qui consolide l’hypothèse de Théophile Obenga à la suite de Cheikh Anta Diop : "Euclide trouva en Egypte le berceau de la géométrie" (6). Aussi, Thalès de Millet, le mathématicien Grec, lors de son séjour en Egypte, découvrit le théorème dont il porte le nom, à partir de l’immense pyramide de "Khéops" (7) qui suscita sa curiosité par sa perfection et par les méthodes à base desquelles elle est conçue. Cette nouvelle science qu’il acquit lui aurait permis de dévier le cours d’une rivière afin de faire passer l’armée d’un souverain de son pays. La structure profonde des œuvres de Michel Butor et de Claude Simon génère une géométrisation du récit, laquelle, par de courbes variables, définit une orientation narrative et un ordre de lecture aux relents poétiques. Bérénice Bonhomme semble saisir cette configuration de la création simonienne et soutient :

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Dr Moussa Camara - 52 - Revue Annales du patrimoine "La langue de Claude Simon es t... suggestion, évocation, dévoilement peu à peu d’un autre réel qui se devine, sans jamais se laisser saisir totalement, elle est mystère et énigme, dessaisissement du réel au profit d’un autre réel. Cette évocation passe par l’image, image qui doit chasser le langage, car l’art est le silence du monde, le point où "ici" coïncide avec "nulle part". Le style simonien repose sur le rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées et c’est de ce rapprochement que jaillit une lumière particulière" (8). Ceci étant, la création simoni enne entrepose, à l’instar de l’univers romanesque butorien, un sens littéral à une toile de fond ; une vérité suggérée avec art, sans pour autant tomber dans un pédantisme orienté. Dè s lors, la forme apparente des figures, des images et des tableaux dévoile quasi, instantanément, à l’œil exercé, le motif même de l’écrit, lequel, par accointance avec les figures géométriques, finit par imposer une argumentation qui repose sur le tracé des lignes. En fait, Claude Simon tout comme Michel Butor, à travers leurs romans, évoquent avec dextérité, des thématiques aussi sensibles que pertinentes, qui surnagent, cepe ndant, dans un océan d’énigmes d’autant plus que ces thèmes nécessitent une "interprétation sémantique et esthétique" (9) qui interpellent l’humanité. 2 - L’Egypte berceau de la civilisation : Le jeu des triangles, par exemple, loin de se vouloir innocent, ressuscite l’image du monde tel qu’il s’est esquissé dans ses mœurs originales, avant de s’universaliser. A cet égard, "la parabole, caractérisée par la pluralité des isotopies figuratives possibles"(10) éclaire la démarche adoptée par Michel Butor et Claude Simon. A bien analyser, le triangle s’élargit à la triangulation, au sens topolo gique du mot, pour dégager littérairement des récits butorien et simonien une axiologie artistique. A ce titre, de "L a Modification à La Route des Flandres", reflue par le biais de formes graphiques l’équivalence trouvée par Aboubacry Moussa Lam (11) entre le "mr" - outil

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De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau - 53 - N° 18, Septembre 2018 agricole semblable à la "houe" (12) - égyptien et le verbe rem qui signifie cultiver en langue puular . Or l’outil traditionnel utilisé par les "hal puular"(13) pour cultiver est bien le "djalo", l’équivalent du "mr" égyptien ou houe en français. Du point de vue de la forme graphique, cet instrument de culture arable dessine les contours d’un triangle. Une allégorie des débats contemporains des deux auteurs. Par leur génie, les deux écrivains affichent le philanthropisme et l’humanisme des temps modernes afin d’asseoir une "nouve lle approche de l’histoire de l’humanité" (14) .Chacun des deux, lié de près ou de loin à une famille coloniale, ne s’empêche, implicitement, d’effleurer sans la nommer, la lancinante question de l’origine de l’humanité, le berceau de la civilisation, ainsi que le métissage universel déjà posés dans "Nations nègres et culture" par Cheikh Anta Diop : "Berceau de la civilisation pendant 10000 ans au moment où le reste du monde est plongé dans la barbarie, l’Egypte détruite… ne jouera plus aucun rôle sur le plan politique, mais n’en continuera pas moins pendant longtemps encore à initier les jeunes peuples méditerranéens (Gre cs et Romains, entre autres) aux lumières de la civilisation" (15). La réalité est que l’Egypte piétinée par des monarques et des penseurs occidentaux de mauvaise foi (16), dont le bras raffermi est constitué de conquérants et de mercenaires guidés par le profit, dédaigneux de toute éthique et donc tous se souciant nullement de la probit é intellectuelle, retrouve avec Cheikh Anta Diop toute sa splend eur historique. En outre, dans "Nations nègres et culture" , l’intellectuel Sénégalais, par des preuves scientifiques quasi irréfutables, montre l’originalité de la civilisation africaine dont l’Egypte noire a fécondé l’origine. Dans la même foulée, l’historien Grec, Hérodote considéré comme le père de l’histoire a-t-il voulu "prouver l’origine égyptienne des dieux grecs et de leur cultes" (17). Le dieu Osiris adoré partout en Egypte durant la période pharaonique a comme épouse Isis dont on trouve la survivance en Europe et plus particulièrement en

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Dr Moussa Camara - 54 - Revue Annales du patrimoine France, sous le nom de la Vierge noire dont les statues peintes en noir se voyaient encore à Notre-Dame jusqu’en 1794 où elles furent détruites dans la ferveur de la révolution, non sans laisser des traces dans la nouvelle croyance qui continue de s’en inspirer. 3 - Négrologie universelle et berceau des sciences : Michel Butor et Claude Simon se font l’écho d’un Cheikh Anta Diop, se positionnent en négriers de bonne volonté, accréditent Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, en fécondant à leur façon, par le culte graphique des formes, la Négrologie (18) universelle, via l’omniprésence symbolique de l’impact pyramidal égyptien. "Aussi l'Egypte a-t-elle été le berceau des arts mathématiques"(19) d’après Aristote. Pour l’auteur de "Civilisation ou Barbarie", il n’y a pas d’équivoque : "L’Egypte, même vaincue ; demeurerait la patrie vénérable des sciences qu'elle avait gardées secrètes pendant des millénaires. Maintenant le barbare a forcé la porte de ses sanctuaires, elle est vaincue et va devenir l'institutrice forcée des jeunes nations, des Grecs en particuliers : "le miracle grec" va commencer, comme une conséquence de l'occupation de l' Egypte par l'étranger, grec en particulier, et partant de l'accès forcé aux trésors scientifiques de l'Egypte, du pillage des bibliothèques des temples et de la soumission des prêtres" (20). Si l’égyptologie nous intéresse tant, c’est eu égard à l’intérêt porté par Michel Butor et Claude Simon au pays des pharaons. Pour le premier, nous faut-il recourir, avant tout, à la dimension tripartite, issue de part et d’autre de son roman. Car, au-delà de l’itinéraire manifeste du héros qui va de Paris à Rome, un second itinéraire, cette fois, latent, dépasse les murs de Rome, pour une lointaine Egypte. C’est visiblement, parce que dans la quête de Léon Delmont, une sève spatiale confondue à la "production sémiotique" (21), nécessaire à ses investigations, se trouve ailleurs. Et la ville inconnue, appropriée aux voyages de noces, à laquelle fait allusion le héros ne serait-elle pas en

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De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau - 55 - N° 18, Septembre 2018 Egypte ? Tout porte à le croire, si par ailleurs, l’attention reste axée sur les multiples allusions liées à la Méditerranée : "sur la carte schématique... seules les côtes méditerranéennes et les frontières sont indiquées d’un trait léger pour aider à la recherche des villes" (22). Sous une autre forme, la nostalgie de l’Egypte s’accentue par des notations telles que : "la rue des pyramides"/"Salles égyptiennes" (23), "le hiéroglyphe" (24), "la pyramide de Cestius"(25) qui "s’inspire des modèles égyptiens, très à la mode à Rome après la conquête de l’Egypte en 30 avant notre ère" (26). Le tout se trouve renfor cé par une sorte d’aveu du narrateur. Ce dernier dévoile pa rtiellement la structuration interne du récit entretenu par une toile adjacente, maintenue au cœur de la narration (27) par sa teneur spatiale, actualisée dans le roman : "Les gestes des deux personnages se développent dans la toile comme ceux des moissonneurs dans un bas-relief égyptien" (28). Ceci demeure d’autant plus vrai qu’à la même page, on interpelle Cléopâtre, lorsqu’ailleurs le Nil est évoqué. Au demeurant, ces multiples occurrences de l’espace pharaonique, dans le récit de Michel Butor, ne sont guère gratuites car elles renvoient à des sèmes symboliques. 4 - Atlas et axis : Ces deux notions paraissent participer aux fonctions psychologiques, voire mentales, jouées par l’espace, afin de faciliter la remémoration des pe rsonnages et du lecteur même, invité à davantage creuser le paradigme établi par les mots. Voilà ce que semble justifier le passage suivant : "entre vos deux vertèbres cervicales supérieures, atlas et axis (notions qui remontent, telles les saveurs d’un repas copieux, depuis quelques cours d’histoires naturelles il y a très longtemps)" (29). La logique d’aveu et de dévoilement du narrateur persiste à l’image du ton à la fois didactique, mémorial et "géographique"(30) entretenu par le couple atlas et axis. Au surplus, ces deux vertèbres équivalent à deux os de forme conique, articulés l’un

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Dr Moussa Camara - 56 - Revue Annales du patrimoine dans l’autre, et jouant un rôle essentiel dans la fonction crânienne. Ainsi, leur présence dans le récit, revêt un quadruple intérêt. Au-delà de l’orientation mémorielle (31) évidente, à laquelle le récit nous invite, leur configuration de jumeaux organiques, ajoutée à leur forme annulaire, sous-tendent l’idée de rapprochement, de mariage entre Rome et Egypte du point de vue du brassage culturel justifiée par l’invasion césarienne et la politique ptolémaïque. Le symbolisme du cône évacuant l’aspect géométrique, demeure la connotation géographique, pleinement remplie par le mot atlas. Lequel, malgré son renvoi métonymique aux cartes et manuels des géographes, correspond à la région des chaînes de montagnes du Maghreb localisées au Maroc. Mireille Calle-Gruber remarque à ce propos : "Il est intéressant de noter que c’est en Egypte que Butor commence la rédaction de son premier roman, "Passage de Milan" L’Egypte, premier pays que visite Butor en dehors de l’Europe, ressentie "comme une seconde patrie, presque une seconde nai ssance se présente à la fois comme un lieu de dérive géographique, spatiale, historique, culturelle qui confortera indubitablement Butor dans sa mue subversive" (32). Parler de patrie tout court serait plus tangible et, au lieu de dérive culturelle et historique, le mot dérivation serait plus juste, pour qualifier Michel Bu tor et son œuvre, vis-à-vis de l’Egypte. Autant de paramètres contribuent ainsi à dresser la triade spatiale de l’auteur, laquelle, en réalité trace le triangle Egypte-Rome-Paris comme lieux de prédilection, sinon d’intellection du héros, Léon Delmont. Ce dans la mesure où deux itinéraires du voyageur entretiennent l’organisation du récit. Au premier mouvement manifeste du pèlerin, effectué de Paris à Rome, se superpose une seconde aventure, cette fois interne, peut-être inconsciente, mais réelle. Car elle s’avère intrinsèquement subordonnée à l’histoire empirique de Léon Delmont. De Paris, ce déplacement spirituel le mène à Rome d’abord puis, dans la jouissance et la plénitude intérieure, vers

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De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau - 57 - N° 18, Septembre 2018 L’Egypte. En partie, cette entreprise du héros ne s’écarte pas de la logique romanesque de Michel Butor. Surtout, faut-il le rappeler, l’auteur de "Géographie parallèle" (1998) revivifie des pays et des réalités souvent occultés à volonté par la marche de l’histoire des peuples soumis à ce que Jean Paul Sartre qualifie de systématique "lavage de cerveau" (33). Il réussit cet exercice en s’appuyant sur des cartes anciennes, fondues dans la fiction. Donc, c’est en géographe non institutionnel, puisque Michel Butor même le souligne, qu’il entend redonner un second souffle par l’art, à la poétique des lieux, ou simplement à la réalité des lieux. En ce sens, à ses yeux, certains points du globe sont infiniment rendus insignifiants, contrairement à leur poids réel, moteur, pour la marche du mo nde. Ainsi, dans un entretien accordé à Gobenceaux, il souligne : "La projection de Mercator , et la déformation considérable de la réalité qui est provoquée par son utilisation encore aujourd’hui de beaucoup la plus fréquente, cette déformation fait que les pays de l’hémisphère Nord, surtout à partir d’une certaine latitude évidemment, sont considérablement agrandis par rapport aux pays de la zone équatoriale. On a beaucoup de mal à se sortir de cette représentation-là. Nous avons beaucoup de mal à sentir à quel point l’Afrique est grande. L’Afrique est incomparablement plus grande que ce que nous en sa vons, ceci parce que dans la projection de Mercator, elle est complètement réduite. C’est aussi parce qu’il y a en nous quelque chose qui désire que l’Afrique soit petite. Ou que l’Inde soit plus petite que ce qu’elle est en réalité" (34). Gérard de Kremer, connu sous son nom latinisé, Gérardus Mercator, et sous son nom francisé sous celui de Gérard Mercator est né le 5 mars 1512 à Rupelmonde et mort le 2 décembre 1594 à Duisbourg. Il est un mathématicien et géographe des Pays-Bas espagnols - actuelle Belgique - et inventeur de la projection qui porte son nom. Celle-ci projette la surface terrestre sur un cylindre tangent à l’équateur. On parle aussi de représentation

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Dr Moussa Camara - 58 - Revue Annales du patrimoine cylindrique tangente, où les méridiens sont espacés régulièrement tandis que la distance entre les parallèles augmente avec la latitude. Mais le problème est que cela exagère de trop les surfaces au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur à tel point que l’Europe est agrandie de manière surdimensionnée dans la représentation et dans les mentalités au moment où l’Afrique est sous-r eprésentée ; et donc vue de manière plus réduite. Par conséquent, ce diagramme de Mercator paralyse l’Afrique en réduisan t son envergure géographique laquelle déteint sur les rapports de force du point de vue géopolitique, sociopolitique et socioéconomique. Ces considérations auraient indirectement accéléré - en les facilitant - et légitimé l’esclavage et la conquête coloniale tout autant que le mobile susvisé est la mission civilisatrice avec ses chevaux de Troie : déracinement, acculturat ion, domination. Il convient aujourd’hui de rétablir la vérité. 5 - La restauration de la mémoire collective : L’heure de la restitution de la mémoire collective universelle serait-elle enfin reconnue avec Michel Butor ? Les lieux de Michel Butor seraient-ils, un jour, salvateurs pour tous, à l’image de Léon Delmont, éperdument épanoui dans la quête de sa terre, de son sol, de sa patrie, de son patrimoine ? Sans doute, la réussite de Michel Butor dépend de la compréhension du sens spatial du ventre allongé, associ é à l’Egypte du Nil, dont les racines reposent au cœur de la Méditerranée, assez récurrente dans les romans de Michel Butor et du natif d’Antanarivo. Léopold Sédar Senghor semble avoir nourri le même rêve. Omar Sankharé et Alioune Diané restituent sa mémoire, en réinterprétant ses écrits, car, à leurs yeux, dans le s poèmes de l’homme de lettres, doublé d’homme politique, transparaît : "L’Afrique, toutes les rives de la Méditerranée, le Moyen-Orient et le sud de l’Asie ayant joué un rôle exceptionnel dans les premières grandes civilisations qui sont apparues en Egypte, à Sumer et en Inde" (35). Claude Simon, de son côté, aborde, à une différence près,

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De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau - 59 - N° 18, Septembre 2018 la question. Néanmoins, de nombreuses références renvoient à l’Egypte ; souvent avec un sens humoristique qui n’enlève rien aux convictions du signataire du "Manifeste des 121" (1960), contre la guerre d’Algérie, injustement menée par le pays colon. D e c e f a i t , l ’ A l g é r i e , d e l o i n é v o q u é e d a n s " L a R o u t e des Flandres", demeure une expansion de la question égyptienne, de la Méditerranée, voire de l’Afrique entière. Amadou Falilou Ndiaye, abordant le thème du mythe de l’empire dans l’œuvre camusienne, en rapport avec la patrie méditerranéenne, omniprésente dans le corpus, et de l’Algérie française, note d’un ton critique, à ce propos : "il est indéniable que le référentiel idéologique de cette fiction est immergé dans le projet de la France impériale. Le projet de conquête de possession et de domination de la terre, de toutes les terres, qui est au centre du conflit colonial et impérial et qui revêtira ces formes tragiques avec la guerre d’Algérie" (36). Conformément à cette analyse d’Amadou Falilou Ndiaye, Claude Simon, à travers son œuvr e, part d’un ton pamphlétaire, en fustigeant sous forme d’ironie , les exactions exercées sur le continent noir. Même si la deuxième guerre mondiale lui sert de prétexte, en réalité, l’auteur instaure un soupçon total et dénigre âprement le colonialisme, le détournement de l’histoire, et la violence aux allures païenn es des conquérants : "les troupes espagnoles proprement dites (c’e st-à-dire régulières, royales, c’est-à-dire très probablement composées non pas d’espagnols mais des mercenaires, de soudards irlandais ou suisses et commandées par quelque prince enfant ou quelque vieux général à tête de pharaon momifié, aux mains parcheminées, constellées de taches de son, également (l’enfant ou la momie) couverts d’or, de plaques d’ordres de diamants" (37). L’hypothèse de départ semble se vérifier ici ; car, malgré le ton railleur adopté par l’auteur, une constante se dégage : la pratique de la momie demeur e, avant tout, une propriété égyptienne vu l’évidence de la présence du prince pharaon. C’est

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Dr Moussa Camara - 60 - Revue Annales du patrimoine donc, sous l’angle de l’imitation des mœurs égyptiennes, que l’auteur clame la précocité de sa civilisation. Cheikh Anta Diop voit dans cette démarche une "condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire "(38). Dès lors, on comprend peut-être pourquoi l’Egypte (39) est perçue par Michel Butor comme une seconde patrie, en réalité la première, surtout si on sait que l’Afrique demeure le berceau de l’humanité, donc de la civi lisation et des sciences mathématiques, des croyances religieuses, des pratiques cultuelles, souvent symbolisées par les images pyramidales, aujourd’hui, partout présentes dans les grandes cités, comme pour actualiser le rite originel, à l’image de la pierre d’Osey, forme pyramidale, triangulaire, et concentrée des écritures hiéroglyphiques, ayant été l’objet d’âpres disputes entre anglais et français, pour le contrôle du destin universel. Car, le détenteur de la pierre dispose du coup, semble-t-il, du graal et des clés de l’univers. C’est dans cette optique que l’auteur de "La Modification" trouve apparemment le prétexte des machines à écrire pour retranscrire l’archéologie fondatrice de la matière, et des abstractions, qui planent sur les grandes civilisations modernes en constante déréliction. Revient alors le signe de la quête presque omniprésente dans "La Route des Flandres" où Georges épie inlassablement, dans la douleur, son ascendance, où Blum réoriente les esprits pointilleux vers le "Pentateuque", replonge les curieux dans la "Genèse" et dans "l’Exode", nous menant à l’exil du peuple de Moïse ; les hébreux dans le gîte égyptien (40). Par l’entrecroisement du mythe de la captivité du peuple de Moïse, de son errance et de la concentration nazie, antisémite, de la deuxième guerre mondiale , Claude Simon unifie tout en universalisant la cause de tous les opprimés. N’est-ce pas dans ce sens qu’il faudrait lire les références aux "nègres" (41), au "gorillus sapiens", à l’histoire de "pedigree" (42) et au "Sénégalais de la Coloniale"(43)? Sans doute, l’auteur de "La Route des Flandres"

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