Revue Annales du patrimoine, N° 9, 2009, pp. 65 - 75 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2009 hadj.dahmane@gmail.com © Université de Mostaganem, Algérie 2009 L’aventure de la langue française en Algérie Dr Hadj Dahmane Université de Haute Alsace, France Résumé : Dès le début de l'invasion, les autorités coloniales œuvraient à l'effacement de la langue arabe en Algé rie au profit de la langue française. Lors de son passage à Alger, en 18 95, le poète égyptien Ahmed Shawqi, s'étonnait de l'usage très étendu de la langue française ; "je me suis aperçu que même le cireur de chaussure dédaignait de parler arabe. Quand je lui adressais la parole dans ce tte langue il ne me répondait qu'en français". C'est dire que quelques années après l'occupa tion la langue française a réussi à s'implanter en Algérie. Nous verrons dans cet article quelle attitude, les algériens ont opté vis-à-vis de la langue de Molière et dans quel but ils ont décidé de la maîtriser. Mots-clés : langue, francophonie, enseignement, Français, Arabe. o The adventure of the French language in Algeria Dr Hadj Dahmane University of Haute Alsace, France Abstract: From the start of the invasion, the colonial authorities were working to erase the Arabic language in Algeria in favor of the French language. During his stay in Algiers in 1895, the Egyptian poet Ahmed Shawqi was astonished at the very extensive use of the French language; "I noticed that even the shoe-shiner scorned to speak Arabic. When I spoke to him in that language, he only answered me in French". This means that a few years after the occupation, the French language has succeeded in establis hing itself in Algeria. We will see in this article what attitude, the Algerian s opted for the language of Molière and for what purpose they decided to master it. Keywords: language, Francophonie, teaching, French, Arabic. o 1 - Les débuts de la langue française en Algérie : Les autorités coloniales œuvraient, depuis le début de l’invasion, à l’effacement de la langue arabe au profit de la
عدد الصفحات ٢٥٧Dr Hadj Dahmane - 66 - Revue Annales du patrimoine langue française conformément à l’adage "telle est la langue du roi, telle est celle du pays". Lors de son passage à Alger, en 1895, le poète égyptien Ahmed Chawqi , s’étonnait de l’usage très étendu de la langue française ; "j e me suis aperçu que (même) le cireur de chaussures... dédaignait de parler arabe. Quand je lui adressais la parole dans cette langue il ne me répondait qu’en français" (1). C’est dire que quelques années après l’occupation la langue française a réussi à s’implanter en Algérie. Nous verrons plus tard quelle attitude, les algériens ont opté vis-à-vis de la langue française et dans quel but ils ont décidé de la maîtriser. A présent, essayons de comprendre comment le français a été instauré et enseigné par les autorités coloniales en Algérie. Bien entendu, il ne s’agit pas de retracer l’histoire de l’école coloniale, pas plus que l’histoire de la mise en place de cette école. Il s’agit plutôt d’examiner les rapports entre les objectifs politiques de la colonisation et les principes pédagogiques. L’objectif est d’étudier l’impact de l’idéologie dominante sur l’enseignement et de voir si cet impact n’est pas également discernable au niveau du choix des outils pédagogiques. L’enseignement d’une langue implique en effet un certain nombre d’exigences. 2 - Pourquoi fallait-il imposer le français aux algériens ? L’année 1893 est la date de la première parution du BEIA (2) qui constitue un lien entre tous le s enseignants. Il est à signaler que l’enseignement pour les indigènes a suscité un grand et long débat entre partisans de l’instruction de l’indigène et ceux qui ne l’étaient pas, comme en témoignent les archives et les textes publiés dans le BEIA. Ainsi, par exemple, on peut y lire : "Nous ne voulons faire ni des fonctionnaires, ni des ouvriers d’arts, mais nous croyons que l’indigène sans instruction est un instrument déplorable de production" (3) Ajoutons que la colonisation a tout intérêt à voir le fellah devenir me illeur cultivateur. "N’est-ce pas l’indigène qui fournit abondamment au colon une main d’œuvre à
عدد الصفحات ٢٥٨L'aventure de la langue française en Algérie - 67 - N° 9, Septembre 2009 bon marché et indispensable, mais malheureusement inhabile"(4). Les partisans de cet enseignement insistent sur le fait que la langue française est aussi "civilisatrice". C’est par elle, selon eux, que les populations indigènes accèdent peu à peu à la "civilisation". Cependant, d’autres refusaient l’enseignement du français aux indigènes car, selon eux, la langue française est la langue de la liberté et de l’égalité : "Supposer les populations de nos colonies ayant enfin appris le fr ançais et par le canal de notre langue,... toutes les idées françaises. Qu’est-ce donc que ces idées ? N’est-ce pas que l’homme doit être libre, que les individus sont égaux entre eux, qu’il n’y a pas de gouvernement légitime en dehors de la volonté de la majorité, que les nationalités ont un droit imprescriptible à l’existence ? N’est-ce pas là ce qu’est l’originalité et l’honneur des idées dont notre langue est le véhicule ?... La langue française, en la leur révélant, bien loin de nous en faire aimer, comme on l’imagine un peu candidement, leur fournira les plus fortes raisons de nous haïr... Notre langue n’est pas un instrument à mettre entre les mains de populations que l’on veut gouverner sans leur consentement" (5). 3 - Quel français enseigner ? On peut remarquer, sans exagération aucune, que les deux tendances sont issues de préjugés. Quoiqu’il en soit, le véritable problème était de savoir quel français enseigner aux indigènes. On devine que le problème qui s’est posait alors était celui du niveau de la langue à enseig ner. Le débat semblait concerner le niveau de français qu’il convenait d’enseigner aux indigènes ? On constate que les débats privilégiaient ce qu’on appelle en matière de pédagogie et de didactique une "langue simple". Mais que faut-il entendre par langue si mple ? Une langue qui n’est pas définie en termes de degrés de complexité syntaxique mais plutôt en termes de registre ? Par langue simple fallait-il entendre la langue de la conversation couran te, par opposition à la langue
عدد الصفحات ٢٥٩Dr Hadj Dahmane - 68 - Revue Annales du patrimoine littéraire ou scientifique ? Aussi la formule suivante do nnée par le programme spécial de 1890 résume-t-elle parfaitement l’objectif de cet enseignement : "rien d’abstrait, rien de compliqué, rien de savant" (6). L’accent est mis sans conteste sur la priorité de l’oral Il s’agit donc d’une pédagogie ac tive : l’enseignant doit faire parler les élèves et évite de trop parler. La grammaire, à son tour, ne semblait pas occuper une place importante : "le français ne doit pas être enseigné par la grammaire mais plutôt par les exercices. La mise en question de la dictée est jugée peu efficace pédagogiquement" (7). Quelque soit la méthode qui fut retenue, la langue française a pu reléguer la langue arabe au second plan pour faire de cette dernière une langue étrangère. Nous verrons plus loin comment les écrivains algériens de langue française, ont su contourner ce problème et utiliser la langue française, non pas comme une langue dominante, mais comme une langue qui domine "tout en restant langue étrangère". Malgré cette volonté intéressée d’instruire les indigènes, les inégalités restaient flagrantes et la règle de dominant/dominé était de rigueur. Ainsi, on peut lire : "les Français sont aujourd’hui en Algérie dans des conditions semblables à celles où se trouvèrent les Francs de Gaulle : une race victorieuse impose son joug à une race vaincue. Il y a donc des maîtres et des sujets, des privilégiés et des non privilégiés, il ne peut y avoir d’égalité" (8). Nous constatons que l’opposition systématique est toujours présente : supérieur/inférieur, dominant/dominé. Et l’agression culturelle contre le colonisé se fait à partir de cette attitude. "Que la France bénéficie d’une civilisation supérieure et qu’elle rend service aux peuples qu’elle juge moins évolués en la leur faisant partager. D’où la conception assimilatrice de la colonisation qui aboutit en fa it à réserver les avantages métropolitains aux colons et à détruire la civilisation des
عدد الصفحات ٢٦٠L'aventure de la langue française en Algérie - 69 - N° 9, Septembre 2009 colonisés. Le phénomène d’acculturation me paraît fondamental. Les coups portés à la civilisa tion musulmane qui constitue un bloc, ont été sans doute ressentis plus profondément que l’exploitation économique" (9). En effet, si l’économie est la cause déterminante de l’occupation coloniale, la colonisation culturelle tout aussi spoliatrice marque durablement le s actes quotidiens du colonisé. L’atteinte linguistique, en Algérie, semble fondamentale d’autant plus que la politique linguistique de l’administration coloniale était intimement liée à la politique coloniale générale qui visait l’acculturation et l’expulsion de la langue arabe et des dialectes algériens. C’est ainsi qu’on peut parler d’une pénétration profonde de la langue française en Algérie. Combien même les Algériens n’avaient pas tous, pour une rais on ou autre, fréquenté l’école coloniale, il n’empêche que la pénétration de la langue française par l’école a été déterminante. Sans doute peut-on dire que l’école a été à la base de l’entreprise d’acculturation, comme le confirme Charles André Julien : "civiliser c’est instruire. On instruit, j’en conviens, de plusieurs manières par les chemins de fer et par les routes qui facilitent les échanges ; par les monuments, les édifices, les maisons d’habitation qui parlent aux yeux le langage du progrès, par les défrichements et les méthodes perfectionnées de cult ure qui accroissent le bien-être et qui font bénir la destinée nouvelle. Mais, Messieurs, on instruit surtout par l’école. C’est l’éc ole qui complète les moyens matériels d’instruction en les réunissant dans une synthèse féconde" (10). D’ailleurs, dans le plan d’études et programmes de l’enseignement primaire des in digènes en Algérie (1898), on trouve affirmé que la langue est le point de départ fondamental. "A l’école tous les autres enseignements sont subordonnés à celui là, après l’école ce sera la langue française qui facilitera les relations entre français et indigènes, et qui seule rendra possible entre eux le rapprochement que tous désirent" (11).
عدد الصفحات ٢٦١Dr Hadj Dahmane - 70 - Revue Annales du patrimoine 4 - L’arabe et le français durant la période coloniale : Conscients de l’enjeu, les Algériens ont, durant toute la durée de l’occupation, résisté à la colonisation culturelle et ainsi ont su jalousement sauvegarder par différentes méthodes leurs us et coutumes et par extension la langue arabe. Ainsi on peut lire dans le magazine "El Nadjah" (L a Réussite) du 5 décembre 1930 "l’abandon de sa langue par un peuple équivaut au suicide"(12). Le regain de l’arabité de l’Algérie est en grande partie l’œuvre de l’association des ulémas, fondée en 1931 par Ben Badis(13). Certes le discours politique du mouvement nationaliste algérien a toujours revendiqué l’ appartenance de l’Algérie à la nation arabe, mais le mérite de s’être consacré entièrement à cette fin, revient indiscutablement à l’Association des Ulémas "en une année, la fédération des ulémas avait construit soixante- treize écoles primaires" (14). La presse arabe était principalement la leur et mis à part les mosquées où ils étaient directement au contact des fidèles, ils recouvraient également à des structures comme le "Nadi Et-taraqi cercle du progrès" d’Alger où des conférences étaient animées sur de nombreux sujets. Naturellement il n’est pas difficile de deviner la réaction de l’administration coloniale. Ainsi le gouvernement entra en contact avec Ben Badis, et lui de manda la cession de la medrassa "at-tarbia oua taâlim" (l’éducati on et l’enseignement) afin d’y enseigner la langue française... La réponse de Ben Badis fut "il n’est pas possible de laisser le champ libre à la langue française et de chasser la langue arabe d’une médersa créée par les moyens financiers du peuple dans le but d’y enseigner sa langue" (15). Dans ce contexte d’affr ontement et de combat, certains écrivains algériens, dans une démarche pragmatique avaient opté définitivement pour la langue française comme outil d e c o m b a t e t o n t s u e t p u p r o d u i r e d e s œ u v r e s l i t t é r a i r e s qu’aucun ne peut contester l’universalité. Il faut signaler au passage qu’à côté de l’officialisation de la langue française afin de l’imposer à l’indigène en Algérie, il y a
عدد الصفحات ٢٦٢L'aventure de la langue française en Algérie - 71 - N° 9, Septembre 2009 eu un grand nombre d’écrivains d’origine européenne, à l’instar d’Albert Camus, pour ne le citer que lui, qui ont marqué, d’une manière ou d’une autre, la vie littéraire en Algérie tout en exerçant, sans doute, une influence sur les futurs écrivains algériens. 5 - L’attitude des algériens vis-à-vis de la langue française ? Nous avons vu que le système scolaire et la langue française ont été imposés dès les premières années de l’occupation (1830- 1920). Quoique l’enseignement du français ait été boudé pendant des années, il n’en demeure pas moins qu’à un moment précis de son histoire, l’Algérie ressentit le besoin de s’exprimer en français. C’est comme si on voulait porter la lutte aux "portes" même de la France. L’assertion suivante de Kateb Yacine explique cette tactique utilisée dans la stratégie de la guerre entre deux langues "j’écris en français, dit-il, parce que la France a envahi mon pays et qu’elle s’y est taillé une position de force... par conséquent, tous les jugements que l’on portera sur moi, en ce qui concerne la langue français e, risquent d’être faux si on oublie que j’exprime en français quelque chose qui n’est pas français" (16). Les Algériens firent vite à prendre conscience d’une réalité incontournable, car si la langue française était une réalité, le plus logique était de la contenir "à longue échéance, cette langue française deviendrait une arme de combat, pour une littérature nationale" (17). Justement c’est dans cette perspective qu’un dramaturge comme Kateb Yacine a évolué "Mon père, dit- il, prit soudain la décision irré vocable de me fourrer dans la "gueule du loup" c'est-à-dire l’école française. Il le faisait le cœur serré : Laisse l’arabe pour l’instant. Je ne veux pas que comme moi, tu sois assis entre deux chaises... la langue française domine. Il te faudra la dominer et laisser en arrière tout ce que nous t’avons inculqué dans ta plus tendre enfance, mais une fois passé maître dans la langue française, tu pourras sans danger revenir avec nous à ton point de départ"(18). La réaction de Kateb Yacine permet de dire que les
عدد الصفحات ٢٦٣Dr Hadj Dahmane - 72 - Revue Annales du patrimoine écrivains algériens de langue française ne sont pas nés en dehors de l’histoire de leur pays. Utilisant le français, chacun a une réponse personnelle à apporter quant à la question de la langue. Pour Bachir Hadj Ali le peuple algérien a adopté une attitude lucide et révolutionnaire, il prit au sérieux l’instruction dans cette langue (19). Pour Abdellah Mazouni le domaine français en Algérie n’est sûrement pas celui de l’aliénation (20). Il faut signaler que la plupart des écrivains de langue française ont fréquenté l’école coloniale, car ils n’avaient nullement le choix, comme le précise si bien Bachir Hadj Ali : "si beaucoup d’algériens parlent français, ce n’est pas en vertu d’un choix délibéré, mais par une nécessité implacable. Cela ne sera jamais répété suffisamment parce que la langue, c’est toute ma vie, l’expression du fond de soi-même parce qu’une langue parvenue à maturité dans l’esprit de l’individu, c’est l’épanouissement de l’être, la sensation d’une possession de soi dans sa plénitude. On ne peut "dicter" cette reconversion brutale du jour au lendemain. Ne serait-ce pas là une aliénation encore plus grave ? Car un être qui manque d’instrument linguist ique pour s’exprimer est un individu muet, inutile aux autres et à lui-même, un individu enfin au seuil de la folie, la pire des aliénations" (21). Alors qu’un écrivain comme Mohamed Dib s’exprime clairement sur ce sujet "je suis quelqu’un qui n’a pas eu le choix et tout est parti de là. La seule vraie alternative, la seule possible à l’époque se présentait plutôt en ces termes : écrire ou se taire" (22). Mais Mohamed Dib ne voit aucun problème à utiliser la langue française comme outil de communication, mieux encore, c’est une chance d’en richement "ce n’est qu’à partir de l’école communale que j’ai été initié au français. J’ai donc eu à quelques années de distance de ux langues maternelles : l’arabe algérien et le français. Très vite, j’ai eu une intimité avec la langue française, à tel point que j’écrivais dans cette langue mes premiers sonnets vers douze ou treize ans. Je suis donc le parfait produit d’une formation française et d’une culture maghrébine.
عدد الصفحات ٢٦٤L'aventure de la langue française en Algérie - 73 - N° 9, Septembre 2009 Je n’ai pas éprouvé de déchirement entre les deux cultures, mais des possibilités multipliées"(23). Malek Hadad, autre poète écrivait : "la langue française m’a donné mes premières émotions littéraires, a permis la réalisation de ma vocation professionnelle. Il m’est un devoir agréable de la saluer. A sa manière, elle est devenue un instrument redoutable de libération. C’est en français que j’ai prononcé la première fois le mot "indépendance". Normalement, on ressent sa langue, on la pense, on la vit. L’écrivain est "domicilié" dans sa langue" (24). Pour Malek Hadad, tout comme pour Kateb Yacine, le français lui a été imposé, mais la pensée et la création ne sont pas françaises. Nombreux sont les écrivains algériens de langue française qui considèrent le français comme une deuxième langue essentielle notamment la génération des années vingt. Ainsi pour Abdellah Mazouni, "la langue française n’est pas du tout la langue d’un ennemi... mais un incomparable instrument de libération, de communion avec le reste du monde... je considère qu’elle nous traduit infiniment plus qu’elle nous trahit" (25). Nourreddine Abba, dramaturge politique, quant à lui, s’est longuement interrogé sur la question de la langue en Algérie "pour un temps encore, la littérature en langue française continuera d’avoir de écrivains et des lecteurs. Il y a une génération qu’on ne peut pas faire taire, qu’on ne peut pas empêcher de créer et de contribuer à la naissance et à la maturité de la nation" (26). Toutefois, pour Mourad Bourboune , le problème de la langue n’est pas aussi épineux qu’il en a l’air "l’écrivain (algérien) n’est ni divisé, ni déchiré"(27). Par ailleurs, après cent tren te deux ans de présence coloniale, la langue française est toujours d’usage très répandu, bien qu’aucun texte ne la consacre et malgré la politique d’arabisation. Il y a en Algérie, des romanciers, des dramaturges, des poètes et des journalistes qu i s’expriment encore en langue française. La vérité c’est que cette langue a su prendre partie pour l’Algérie indépendante dans une période où il était vital,
عدد الصفحات ٢٦٥Dr Hadj Dahmane - 74 - Revue Annales du patrimoine pour cette même Algérie, de bé néficier de tous les concours quels qu’ils fussent. Il en résulte que l’Algérie d’aujourd’hui assume un véritable bilinguisme. Et la littérature algérienne de langue française continue à enrichir le patrimoine littéraire algérien et universel. Notes : 1 - Henri Pérès : Ahmed Chawqi Ann ées de jeunesse et de formation intellectuelle en Egypte et en France, in Annales de l’institut des Etudes Orientales 2, Alger, 1936, p. 339. 2 - Bulletin de l’Enseignement des Indigènes de l’Académie d’Alger. 3 - Ibid., 1898, Alger. 4 - Ibid., 1906, Alger. 5 - Emile Tollier, in BEIA, 1893. 6 - BEIA 1890. 7 - BEIA 1901. 8 - E. Larcher : Traité de législ ation algérienne, in l’Algérie des anthropologues, Alger 1903, p. 42. 9 - Charles André Julien : Algérie : une histoire au passé, in Jeune Afrique, N° 700, 08/06/1974. 10 - Discours de Combes, in BEIA, Avril 1894. 11 - Ibid. 12 - Magazine 5 décembre 1930. 13 - Pour l’action de Ben Badis, cf. notre thèse. 14 - Baraket Derar : Littérature de lutte en Algérie de 1945 à l’indépendance, Alger ENAL, 1984, p. 53. 15 - Ahmed Taleb Ibrahimi : Culture et personnalité algérienne, in Révolution Africaine, 19/06/1970, pp. 68-80. 16 - Interview, in Jeune Afrique, N° 324 du 26 mars 1967. 17 - Jean Dejeux : op. cit., p. 55. 18 - Kateb Yacine : Le polygone étoilé, Seuil, Paris 1966, p. 180. 1 9 - C o n f é r e n c e d e B a c h i r H a d j A l i à A l g e r , l e 3 0 m a r s 1 9 6 3 , i n R é v o l u t i o n Africaine du 19/06/1970. 20 - Abdellah Mazouni : Culture et enseignement en Algérie, Paris, Maspéro, 1969, p. 187. 21 - Abdelatif Senoui : interview, in La République, 5 avril 1974. 22 - Cité dans Jean Dejeux : La littéra ture algérienne d’expression populaire, SNED, Alger 1983, p. 81. 23 - Cf. Les nouvelles littéraires, N° 2518 du 5 février 1976.
عدد الصفحات ٢٦٦L'aventure de la langue française en Algérie - 75 - N° 9, Septembre 2009 24 - Interview le jour, Beyrouth 27 mai 1966, N° 114. 25 - Abdellah Mazouni : Grandeur et misère de la littérature algérienne, in An- Nasr, février 1966. 26 - Interview, in Algérie Actualité, N° 117, 12 juillet 1979. 27 - Cité dans Jean Déjeux : op. cit., p. 94. Références : 1 - Bulletin de l’Enseignement des Indigènes de l’Académie d’Alger. 2 - Dejeux, Jean : La littérature algé rienne d’expression populaire, SNED, Alger 1983. 3 - Derar, Baraket : Littérature de lutte en Algérie de 1945 à l’indépendance, Alger ENAL, 1984. 4 - Discours de Combes, in BEIA, Avril 1894. 5 - Ibrahimi, Ahmed Taleb : Culture et personnalité algérienne, in Révolution Africaine, 19/06/1970. 6 - Julien, Charles André : Algérie : une histoire au passé, in Jeune Afrique, N° 700, 08/06/1974. 7 - Larcher, E.: Traité de législ ation algérienne, in l’Algérie des anthropologues, Alger 1903. 8 - Mazouni, Abdellah : Culture et enseignement en Algérie, Paris, Maspéro, 1969. 9 - Mazouni, Abdellah : Grandeur et misère de la littérature algérienne, in An- Nasr, février 1966. 10 - Pérès, Henri : Ahmed Chawqi A nnées de jeunesse et de formation intellectuelle en Egypte et en France, in Annales de l’institut des Etudes Orientales 2, Alger, 1936. 11 - Tollier, Emile, in BEIA, 1893. 12 - Yacine, Kateb : Le polygone étoilé, Seuil, Paris 1966. o
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عدد الصفحات ٢٦٨Revue Annales du patrimoine, N° 9, 2009, pp. 77 - 91 ISSN 1112-5020 Publié le : 15/9/2009 layalmerhy@hotmail.com © Université de Mostaganem, Algérie 2009 La langue scientifique arabe hier et aujourd’hui Layal Merhy Université Stendhal Grenoble 3, France Résumé : Cet article propose un exposé co ncis des statuts de la langue scientifique arabe entre hier et aujour d'hui. Après avoir rapidement décrit le rôle des médias dans l'évolution de la langue, l'étude cherche à observer - dans le cadre de la diffusion sociale du savoir - le développement de la communication scientifique dans le Monde Arabe. Aussitôt, cette tentative d'analyse tâche de repérer les contrainte s qui freinent l'évolution scientifique et linguistique dans les pa ys arabes et d'ouvrir la voie à des perspectives d'amélioration futures. Mots-clés : langue scientifique, Arabe, arabisation, culture, discours. o The Arabic scientific language yesterday and today Layal Merhy Stendhal University Grenoble 3, France Abstract: This article offers a concise account of the status of the Arabic scientific language between yesterday and today. After having quickly described the role of the media in the evolution of the language, the study seeks to observe - within the framework of the social di ffusion of knowledg e - the development of scientific communication in the Arab world. Immediately, this attempt at analysis attempts to identify the cons traints which slow down scientific and linguistic development in the Arab countries and to open the way to prospects for future improvement. Keywords: scientific language, Arabic, Arabization, culture, speech. o Quel avenir pour la langue scientifique arabe ? Une question qui occupe les centres de recherches et les institutions arabes à visées scientifiques et linguistiques. De leur côté, les médias commencent à s’intéresser aux sciences et à accorder une attention particulière à l’arabisat ion et à la vulgarisation. La
عدد الصفحات ٢٦٩Layal Merhy - 78 - Revue Annales du patrimoine déchéance de la langue arabe, comme vecteur de transmission des informations scientifiques, revêt une importance majeure, surtout que ce facteur est intimement lié aux équilibres culturels et civilisationnels dans le Monde Arabe. Dans notre article, nous nous tournons vers le passé de la langue scientifique arabe, pour exposer ensuite son statut actuel. Nous partons du fait que "plus une civilisation gagne en prospérité, plus la langue qui s’y développe s’épanouit et gagne du terrain et de la vigueur" (1), pour dire que le sort de la langue arabe a toujours été dépendant de l’état de ses usagers. Mais, ceci explique-t-il la détérioration de la langue scientifique et son retard face à l’évolution de la communauté internationale ? Pour répondre à cette question nous commencerons par comprendre l’évolution de la langue arabe usuelle, ce qui nous garantira une vision globale des fa cteurs qui entraînent le retard de la langue scientifique. Selon A. O. Altwaijri (2), l’évolution d’une langue subit des influences endogènes et exogènes. Elle se manifeste d’abord par l’interact ion de la langue avec le développement social, "notamment en termes de procédés de dérivation, de création néol ogique et d’arabisation" (3). Cette interaction peut se faire nature llement et lentement et peut même passer inaperçue pour le s locuteurs de la langue en évolution. D’autre part, l’évolution peut altérer la langue suite aux "pressions étrangères qui prennent l’allure d’une véritable invasion culturelle". Cette même référence affirme que, de nos jours, la langue arabe vit, pour la première fois, une évolution extrêmement rapide et mouvementée. Certains auteurs pensent que l’évolution de la langue arabe n’obéit à aucun critère : les schèmes, normes et règles qui assurent le bon fonctionnement de la langue sont négligés, la langue répond arbitrairement aux attentes de la société et de la modernité, l’arabe classique s’écrase et s’oublie face au développement de nouvelles variantes linguistiques.
عدد الصفحات ٢٧٠La langue scientifique arabe hier et aujourd'hui - 79 - N° 9, Septembre 2009 1 - La communication scientifique : De nos jours, la communication scientifique est devenue le produit de l’interaction entre sciences et sociétés. Elle se base sur des stratégies de persuasi on, sur la vulgarisation, sur l’argumentation, sur la transf ormation des messages, sur les échanges excessifs et intensifs, et c. Le discours scientifique, en général, est une entité complexe qui réserve une importance capitale aux unités terminologiques à fonction sémantique, car, le sens des énoncés et donc des faits, dépend souvent de ces outils de communication. Comme nous le savons déjà, la différence entre langue scientifique et langue usuelle se limite aux spécificités de chaque genre. Le discours scientifique se caractérise par les dénominations, l’univocité du discours, la précision, l’objectivité, etc. En revanche, la langue usue lle est bourrée d’ambiguïté, de polysémies, de figures de style, etc. Les discours scientifiques - un système complexe où les la ngages naturel, formel et graphique se complètent - étai ent considérés ésotériques, gardant tout savoir scientifique hors de portée des profanes. Aujourd’hui, les spécialistes partagent leur savoir avec le grand public ; Ce partage implique un aller-retour entre les besoins sociaux et la persuasion des publics-cibles. Toutefois, les savants restructurent et reformulent, impérativement, l’information scientifique pour garantir l’acquisition des connaissances par le public. Ils s’adaptent à un nouveau contexte de communication et adoptent des procédés discursifs d’exposition différents de ceux utilisés dans les écrits destinés à leurs pairs. Ils comprenne nt assez vite qu’il faut qu’ils gèrent leurs idées, les imposer et le s populariser. Il leur apparaît donc bénéfique d’utiliser tous les moyens possibles afin de présenter, d’une manière continue, leurs découvertes et les exposer à différentes catégories de destinataires. Ceci s’applique, notamment, lorsque les domaines scientifiques touchent directement aux besoins et problèmes de la société et
عدد الصفحات ٢٧١Layal Merhy - 80 - Revue Annales du patrimoine attirent les médias. Leur degré d’implication sociale "n’est donc pas en rapport direct avec la pertinence intrinsèque des avancées de la connaissance qu’ils produisent" (4). D’autre part, les médias sont mobilisés lorsque la production scientifique résulte d’événements particuliers : les catastrophes naturelles entraînent la vulgarisation et la diffusion de discours explicatifs, les découvertes qui marquent l’avancée de la connaissance sont aussi suivies de près, etc. 2 - Le discours scientifique arabe d’Antan : A partir du 15 e siècle, "dans un vaste espace sujet au morcellement interne, aux rivalités politiques, aux ravages de telle ou telle invasion, la langue arabe assure la continuité et le renouvellement de la science" (5). Avant cette époque, la langue arabe a vécu une période d’enrich issement qui lui a permis de devenir scientifique par excellence grâce à de nouvelles structures stylistiques simples et scientifiques. Ceci fut le fruit de sept siècles de recherches continues rendues possibles par la diffusion de la langue arabe dans le vaste espace conquis. Des savoirs scientifiques de haut niveau furent conçus et développés par des savants arabes, indiens, perses... Ce progrès remarquable n’aurait pas pu être réalisable sans l’adaptation de la langue arabe, d’origine Bédouine, aux concepts scientifiques. Sa capacité de communiquer les sciences a été acquise, d’une part, grâce aux efforts déployés par les grammairiens, linguistes et lexicographes (Sibawayh) ; et d’autre part, par la création terminologique scientifique, les néologismes et les emprunts à d’autres langues étrangères (grec, syriaque, pehlvi...). La science arabe a toujours ét é "nomade" dépendante de la politique et de la religion ; Elle fut continuatrice des sciences grecques, traduites, analysées et critiquées par les savants arabophones. La créativité scie ntifique était liée aux besoins sociaux relevant de la santé (médecine) ou de la religion (astronomie). L’élaboration de nouvelles expériences, l’exploitation de nouvelles méthodes et la mise au point de
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