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مجلة حوليات التراث العدد 15 2015 مستغانم

Med Alg

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L'ascension et l'ivresse dans la poésie soufie de Cheikh Moussa Kâ - 53 - N° 15, Septembre 2015 excellente. S'il choisit d'exalter les vertus de son maître exclusivement en Wolof, c'est, en partie, parce qu'il situe l'Essentiel dans le message et l'Universel dans la pluralité des expressions. A travers cette étude, nous avons vu qu'il a su s'affranchir du mimétisme en appréciant plus ou moins différemment les supports symboliques utilisés par les poètes soufis pendant des siècles. Ainsi, il exclut de son expression poétique la rhétorique bachique et l'érotisme qui, dans son contexte local, pourraient ne pas être chargés de la même valeur symbolique issue du passé littéraire arabo-islamique. Il préfère, pour des raisons historiques et socioculturelles locales, mettre l'accent sur certaines autres images comme l'eau, l'hivernage, la mer et l'océan. Alors, l'authenticité de l'expérience racontée par son chant est mieux perçue chez ses auditeurs, son esthétique poétique en est plus valorisée et la portée du message s'en révèle éminemment spirituelle et universelle. Notes : 1 - La Reconnaissance (Ash-Shukr) es t un état spirituel (hâl) du soufi caractérisé par une prise de conscience profonde des bienfaits de Dieu à son égard. Elle se prolonge dans la pr atique à travers une étape (maqâma) marquée par l'accentuation de la dévoti on et des actions de grâce telles que l'invocation. Nous avons consacré notre thèse de troisième cycle à la définition et à l'étude des étapes qui marquent l'As cension du soufi. Cf. Saliou Ndiaye : L'âme dans le Tasawwuf, analyse de la vie des premiers soufis, Thèse de doctorat de 3 e cycle, Lettres arabes, UCAD, 2007/2008, p. 97. 2 - Selon plusieurs théoriciens soufis, la station de l'Amour de Dieu est au sommet de l'Ascension intérieure du dé vot. Elle se particularise par un état dans lequel le cœur est exclusivement rempli de l'Amour du Créateur à cause de Sa présence et de Son envahissement absolus. C'est une gratification et non une acquisition. Cf. Saliou Ndiaye : op. cit., p. 194. Cet Amour est fondamentalement lié à l'amour du maître spirituel, voir infra. 3 - Mousa Kâ, fils d'Ousmane est né près de Mbacké Baol au Sénégal vers 1889. A l'issue de sa formation spirituelle auprès de son maître Cheikh Ahmadou Bamba, il fut consacré shaykh. Inspiré essentiellement par son maître et certains disciples qui l'ont précédé sur cette voie, il s'adonna à la poésie et

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Dr Saliou Ndiaye - 54 - Revue Annales du patrimoine finit par devenir le plus célèbre chantr e de Serigne Bamba. Cf. Amar Samb : Jaaraama, un poème wolof de Moussa Kâ, in Bulletin de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire, Dakar, juillet 1974, T.XXXVI, Numéro 3, pp. 592-593. 4 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké ou Serigne Bamba est né entre 1852 et 1853 (1270H) à Mbacké Baol, au Sénégal. Grand maître soufi surnommé Khadimou Rassoul (le Serviteur du Prophète), il pratiqua successivement les wirds qâdirite, shâdhilite puis tijânite. Par la suite, il éduqua ses disciples sur sa propre voie, sur injonction du Prophète qu'il aurait vu à l'état de veille. Il eut des démêlés avec l'autorité coloniale française de l'époque. Ainsi, il connut des exils et des privations qu'il considérait comme des épreuves sur la voie de la perfection spirituelle. Il mourut en 1927, en résidence surveillée à Diourbel. Ses disciples sont désignés sous le no m de mourides. Cf. Muhammad al-Bachir Mbacké : Minan al-Bâqil-Qadîm fî sîrat Shaykh al-Khadîm, Al-Matbâa al- Malikiyya, Casablanca, (s.d.), pp. 31-104. 5 - Les soufis ont conceptualisé et systématisé la voie de l'éducation spirituelle que le dévot doit suivre afin de purifier son âme, d'atteindre la perfection de la pratique sincère et d'être gratifié de la Certitude. Ainsi, ils en font une représentation assimilable à une Ascens ion de l'intérieur avec différentes étapes. Cf. Saliou Ndiaye : op. cit. 6 - Eric Geoffroy : Un éblouissement sans fin, la poésie dans le soufisme, Ed. du Seuil, Paris 2014, p. 21. 7 - Saliou Ndiaye : Le Tasawwuf et ses formes d'organisation, analyse de son évolution, des prémices aux confréries, Thèse de doctorat d'Etat, Lettres, UCAD, Dakar 2014, p. 137. 8 - Al-Qushayrî Abdul Karîm : Ar-Risâla, Dâr al-maârifa, Le Caire 1981, p. 23. 9 - La Maârifa est avant tout un niveau de connaissance de Dieu tel que le dévot qui en est gratifié a une certitude de l'Existence, de la Présence et des manifestations (théophanie) du Créa teur. Il est parfois employé comme synonyme de Lumière divine ou même de la dimension intérieure de l'initié. Jâfar b. Muhammad as-Sâdi q (m. 148H) en fut l'un des premiers théoriciens. Cf. Saliou Ndiaye : op. cit., Thèse de doctorat d'Etat, p. 124. Ce concept est également à la base de la doctrine du célèbre soufi de Baghdad Abul-Qâsim Junayd b. Muhammad (m. 297H). Nous l'avons largement étudié dans la troisième partie de notre Thèse. Cf. Saliou Ndiaye : op. cit., Thèse de doctorat de 3 e cycle, pp. 166-222. 10 - Râbiâ al-Adawiyya (m. 801), elle fit signe d'une première déviation de l'orthodoxie avec sa tendance extrêm e de l'Amour divin. Dhun-Nûn al-Misrî (Abul-fayd) (m. 861), est un soufi orthodoxe qui se fixa en Egypte. Abul-Hassan an-Nûrî est mort en 907. Abû Saîd b. Ab il-Khayr est un soufi du Khorasan, il évolua durant la période des couv ents, un peu avant la naissance des

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L'ascension et l'ivresse dans la poésie soufie de Cheikh Moussa Kâ - 55 - N° 15, Septembre 2015 premières confréries. Il mourut en 1049. 11 - Abû Yazîd Tayfûr al-Bistâmi (261H) est un adepte de l'isolement. Il est très connu pour son apologie de l'Ivresse. No us avons consacré une section dans notre thèse au langage mystique de ce so ufi. Cf. Saliou Ndiaye : op.cit., Thèse de doctorat d'Etat, pp. 138-144. Son Dîwân (recueil de poèmes) est par ailleurs étudié et édité par un spécialiste, cf . Qâsim Muhammad Abbâs : Abû yazîd al- Bistâmî, al-majmûa as-sûfiyya alkâmila, Al-Mada, 1ere éd., Damas 2004, p. 187. 12 - Abû Mansûr al-Hallaj (309H) est inco ntestablement le soufi le plus célèbre de cette tendance de l'Ivresse. Il connut une mort tragique, après avoir été accusé d'hérésie. L'orientaliste Lo uis Massignon lui a accordé une étude pointue. Sa vie et son œuvre sont égal ement présentées par Qâsim Abbâs. Cf. Qâsim Muhammad Abbâs : Al-Hallâj al-a'mâl al-kâmila, Riyad ar-Ra'îs Books, Beyrouth 2002, p. 347. 13 - Eric Geoffroy : op. cit., pp. 27-37. 14 - Ibid, p. 36. 15 - La Perplexité (al-Hayra) appelé e encore Désorientation est un état spiritual dans lequel le soufi perd l'usag e de la parole ou même de la lucidité, face à l'éclat de la Vérité essentielle qui efface les illusions du monde réel. 16 - Saliou Ndiaye : op. cit., Thèse de doctorat d'Etat, p. 284. 17 - Ibid, p. 293. 18 - Abdul Wahhâb al-Shaârânî: Al-Anwâr al-qudsiyya, T.I, Maktabat al-ilmiyya, Le Caire 1966, p. 70. 19 - Eric Geoffroy : op. cit., p. 109. 20 - Dans un hadîth rapporté dans les de ux recueils les plus authentiques, le Prophète disait : "Un serviteur ne croit effectivement que lorsqu'il m'aime plus que sa famille, ses biens et tout le mon de". Cf. Muslim : As-Sahîh, H : 44. Cf. Al-Bukharî : As-Sahîh, H : 15. 21 - Nous avons consacré un article à cet aspect de l'Invocation chez Cheikh A. Bamba. Cf. Saliou Ndiaye : Adh-Dhikr Inda as-Sûfî Shaykh Ahmad Bamba (La pratique de l'invocation chez le soufi Cheikh Ahmadou Bamba, article en arabe), Hawliyyât at-Turâth, N° 14, Université de Mostaghanem, Algérie, 2014, p. 123-130. http://annales.univ-mosta.dz 22 - Cheikh Moussa Kâ est l'auteur de plus d'une centaine de poèmes dédiés principalement à son maître spirituel. Le ur thématique varie de la biographie à l'élégie en passant par les récits, la théologie, le détachement… Parmi toutes ces catégories, les élégies sont incontes tablement les plus poignants dans le témoignage de sa propre expérience spirituelle et celle de son maître. Aussi, avons-nous choisi de limiter notre prés ente étude à ce genre poétique. A ce niveau, Cheikh Moussa a adressé de s poèmes, au-delà de son maître, à différentes autres grandes figures de sa communauté. Parmi ceux qui sont

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Dr Saliou Ndiaye - 56 - Revue Annales du patrimoine destinés à son maître, nous avons choisi d'analyser dans l'article les trois poèmes les plus représenta tifs, les plus connus et les plus chantés par ses condisciples mourides : Bo roomam (Son Seigneur), Qa rnu bi (L'Epoque ou le Siècle) et Taxmiis. 23 - En Wolof, la langue du poète, le même mot "woy" désigne invariablement le poème ou le chant. Ceci est en partie lié au passé très récent de tradition orale de cette communauté linguistique. Par ailleurs, les poèmes de ce soufi sont fréquemment chantés dans des séances d'audition spirituelle, c'est cela qui donne à ce mot une autre potée spirituelle. Il faut également noter que les précurseurs de cette littérature wolof ont été des lettrés arabophones qui ont réinvesti leur potentialité et leur savoir dans la réhabilitation de la langue locale, en utilisant l'alphabet et les normes de la langue arabe. 24 - En suivant l'échelle des étapes proposée par Abû Tâlib al-Makkî, l'Amour divin est la neuvième et la plus haut e étape. Chez Al-Ghazalî, il est la dixième, juste avant l'Agrément qui est au sommet de son classement. Cf. Saliou Ndiaye : op. cit., Thèse de doctorat d'Etat, pp. 1150-1151. 25 - La Jonction (al-ittisâl) marque l'at teinte de l'extinction de l'âme charnelle (al-fanâ) et le début du deuxième voyage de l'initié qui s'effectue en Dieu. La tendance de l'Ivresse considère que c'est ce voyage en Dieu qui est le but ultime du soufi, tandis que l'école orthodoxe de Junayd trouve qu'il y a un troisième voyage vers la Pérennisation à effectuer, afin de réaliser la perfection. 26 - Qâsim Muhammad Abbâs : Al-Hallâj al-a 'mâl al-kâmila, p. 289. Il s'agit ici de notre propre traduction. Il en sera de même, dans la suit e, pour toutes les autres citations d'origine arabe ou wolof. Seuls les passages tirés d'ouvrages en français font exception. 27 - Cheikh Ahmad al-Alawî (m. 1934) es t le disciple d'al-Buzidî (m. 1909), un maître d'une branche de la confrérie Shâdhiliyya. Il devint lui-même le maître- fondateur de la branche de Mostaganem (Algérie), grâce à son rayonnement. Nous l'avons pris ici comme un exemple d'expression de poète soufi des générations confrériques. 28 - Le Désir (al-Ishq) est le désir esse ntiel de Dieu qui est assimilable à une attraction que Celui-ci exerce sur l'amoureux. 29 - Eric Geoffroy : op. cit., p. 78. 30 - Idem. 31 - Qâsim Muhammad Abbâs : Abû yazîd al-Bistâmî, p. 116. 32 - Précédemment, nous avons fait allusion à cette dimension de la poésie de l'auteur. Cf. Saliou Ndiaye : Le poème "T axmiis", une clé de l'Universalisme de Moussa Kâ, in Ethiopiques, N° 92, Fondation Léopold Sédar Senghor, Dakar 2014, pp. 23-40.

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L'ascension et l'ivresse dans la poésie soufie de Cheikh Moussa Kâ - 57 - N° 15, Septembre 2015 33 - Kâ Moussa : Boroomam, Manuscrit N° 180, Fond de documentation de la région de Diourbel, Laboratoire d'Islamologie, Institut Fondamental d'Afrique Noire, Dakar, UCAD, 7 folios, v. 13. 34 - Moussa Kâ : Qarnu bi , Manuscrit N° 155, Fond de documentation de la région de Diourbel, Laboratoire d'Islamologie, Institut Fondamental d'Afrique Noire, UCAD, Dakar, 17 folios, v. 152. 35 - Eric Geoffroy : op. cit., p. 95. 36 - Mawlânâ Jalâl ad-Dîn ar-Rûmî est né en 604H/1207 à Balah, il est le fondateur de la confrérie Mawlâwiyya. Il était basé à Konya en Turquie. 37 - Eva de Vitray-Meyerovitch : Mystiq ue et poésie en Islam, Desclée de Brouwer, 1982, p. 89. 38 - Moussa Kâ : op. cit., v. 9 39 - Maguèye Ndiaye : Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : un soufi fondateur de tarîqa et un érudit poète, Thèse de doct orat d'Etat, Lettres, Université Cheikh Anta Diop, Dakar 2013, pp. 92-126. 40 - Moussa Kâ : Qarnu bi, v. 189 41 - Eric Geoffroy : op. cit., p. 123. 42 - Ibid., p. 119. 43 - Nous faisons ici allusion au concept de Pérennisation (al-baqâ), très cher à Junayd. 44 - Moussa Kâ : op. cit., v. 190-191. 45 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Muqaddimât al-Amdâh, Manuscrit N° 43, Fond de documentation de la région de Diourbel, Laboratoire d'Islamologie, Institut Fondamental d'Afrique Noire, Dakar, UCAD, 30 folios, v. 57. 46 - Moussa Kâ : Qarnu bi, v. 70. 47 - Ibid., v. 118. 4 8 - M o u s s a K â : F a s h k u r o o o u T a x m i i s , M a n u s c r i t N ° 1 4 8 , F o n d d e documentation de la région de Diourbel, Laboratoire d'Islamologie, Institut Fondamental d'Afrique Noire, Dakar, UCAD, 4 folios, v. 11. Références : 1 - Abbâs, Qâsim Muhammad: Abû yazîd al-Bistâmî, al-majmûa as-sûfiyya alkâmila, Al-Mada, 1ere éd., Damas 2004. 2 - Abbâs, Qâsim Muhammad: Al-Hallâj al-a'mâl al-kâmila, Riyad ar-Ra'îs Books, Beyrouth 2002. 3 - Abdul Karîm, al-Qushayrî: Ar-Risâla, Dâr al-maârifa, Le Caire 1981. 4 - Al-Bukharî : As-Sahîh. 5 - Al-Shaârânî, Abdul Wahhâb : Al-Anw âr al-qudsiyya, T.I, Maktabat al- ilmiyya, Le Caire 1966. 6 - Geoffroy, Eric : Un éblouissement sans fin, la poésie dans le soufisme, Ed.

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Dr Saliou Ndiaye - 58 - Revue Annales du patrimoine du Seuil, Paris 2014. 7 - Mbacké, Muhammad al-Bachir: Minan al-Bâqil-Qadîm fî sîrat Shaykh al- Khadîm, Al-Matbâa al-Malikiyya, Casablanca, (s.d.). 8 - Muslim : As-Sahîh. 9 - Ndiaye, Maguèye : Cheikh Ahmadou Ba mba Mbacké : un soufi fondateur de tarîqa et un érudit poète, Thèse de doct orat d'Etat, Lettres, Université Cheikh Anta Diop, Dakar 2013. 10 - Ndiaye, Saliou : Adh-Dhikr Inda as -Sûfî Shaykh Ahmad Bamba (La pratique de l'invocation chez le soufi Cheikh Ahmadou Bamba, article en arabe), Hawliyyât al-Turâth, N° 14, 2014, Université de Mostaghanem, Algérie. 11 - Ndiaye, Saliou : L'âme dans le Tasa wwuf, analyse de la vie des premiers soufis, Thèse de doctorat de 3 e cycle, Lettres arabes, UCAD, 2007/2008. 12 - Ndiaye, Saliou : Le poème "Taxmiis", une clé de l'Universalisme de Moussa Kâ, in Ethiopiques, N° 92, Fondation Léopold Sédar Senghor, Dakar 2014. 13 - Ndiaye, Saliou : Le Tasawwuf et ses formes d'organisation, analyse de son évolution, des prémices aux confréries, Thèse de doctorat d'Etat, Lettres, UCAD, Dakar 2014. 14 - Samb, Amar : Jaaraama, un poème wo lof de Moussa Kâ, in Bulletin de l'Institut Fondamental d'Afrique Noire, Dakar, juillet 1974, T.XXXVI, Numéro 3. 15 - Vitray-Meyerovitch Eva de : Mystiq ue et poésie en Islam, Desclée de Brouwer, 1982. o

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